PRÉFACE
Le livre que je publie, sous le titre de : Principes de la formation des Intervalles et des Accords, n'est pas entièrement de moi ; c'est un recueil d'articles , de définitions et d'appréciations puisés à différentes sources (1). La coordination des matières , la place qui leur est assignée, ainsi que leur enchaînement, telle est ma seule part dans la composition de cet ouvrage.
Comme l'indique son titre , il est l'objet d'une étude analytique des éléments de la science de l'harmonie : la définition exacte et précise des vrais principes sur lesquels est basée la formation des intervalles et des accords d'après le système de la tonalité moderne.
On a dû remarquer combien diffèrent entre eux tous les traités d'harmonie, notamment dans la nomenclature des différentes espèces d'intervalles et d'accords.
En effet, chaque auteur envisage à son point de vue, et selon son sentiment, les éléments de la théorie, cette partie purement
(1) a Un seul homme u'est pas capable d'épuiser une matière aussi iiref^nde que
celle-ei. » ( Rameau.")
spéculative de la science, d'où il résulte une multitude d'appréciations diverses (1).
Nulle démonstration n'a encore été donnée touchant les lois de la formation des intervalles et des accords. On s'est contenté simplement de présenter des faits, acceptés comme tels, sans en chercher la cause, et les éléments de la théorie harmonique n'ayant pas eu jusqu'à ce jour de principes bien arrêtés, il en est résulté cette divergence d'opinions qui se manifeste chez la plupart des auteurs.
Il faut attribuer à cette omission la diversité de tableaux d'intervalles et d'accords que nous rencontrons dans les divers traités. Aucun d'eux ne donne la définition du mode suivant lequel est établie la formation de ces différents tableaux. Ils sont tous formés d'une façon plus ou moins arbitraire.
On enseigne la science : on laisse ignorer sur quelle base elle repose.
Aussi me suis-je souvent demandé quels sont les vrais principes des intervalles et des accords , et quelles sont les lois de leurs formations?
Ces questions m'ont amené naturellement à faire les recherches nécessaires pour y répondre , et à me livrer insensiblement à l'objet de cette étude.
Convaincu alors que les vrais principes n'ont point été jusqu'à présent la base d'une seule de ces nombreuses classifications adoptées sans examen par un grand nombre d'auteurs, je n'avais (comme on doit bien le penser) aucunement la prétention de les inventer. Ces principes, selon moi, devaient exister; je voulus les découvrir.
(1) Combien de temps les hommes n'ont-ils pas erré, en musique, comme dans toutes les sciences?
Je desirais parvenir à ce but, non-seulement en m'aidant des arguments que, dans ma conviction, je pouvais invoquer, mais encore en produisant toutes les preuves que j'avais trouvées à l'appui de mes réflexions dans les œuvres des grands maîtres. De cette manière, si je parviens à établir, à fixer les principes que je crois vrais, c'est qu'assurément ces principes sont la base réelle de la science, puisque, par ma méthode, ils se trouvent en rapport avec les définitions et les règles formulées par les théoriciens eux-mêmes.
Frappé de cette vérité, je conçus l'idée de cet ouvrage, jusqu'ici sans analogue.
Il m'était impossible, toutefois, de trouver tous les matériaux dont j'avais besoin réunis dans un seul livre, car ce livre eût été celui que je concevais dans ma pensée, et que je publie aujourd'hui. Il fallait, par conséquent, lire beaucoup d'ouvrages, consulter et comparer tous les auteurs, afin d'extraire de leurs traités toutes les parties. ayant une parfaite similitude avec les principes que je me proposais d'établir.
Plus je prendrai aux autres, me disais-je, et plus je donnerai de force et d'autorité à ces principes, que je considère comme justement fondés.
Cette opinion m'a déterminé à adopter le genre de travail auquel je me suis livré. Voici mon procédé : J'ai recueilli et rassemblé des paragraphes entiers, extrait des définitions, réuni des phrases de divers auteurs, les liant entre elles de manière à en faire un ensemble indivisible; ensuite j'ai comblé, là où je ne pouvais trouver de liens convenables à mes emprunts, certaines lacunes que le mode de mon procédé devait amener indubitablement; enfin, et c'est, selon moi, le point le plus important de mon travail, j\ii disposé dans un ordre réguher et
définitif les tableaux des mesures, des intervalles, des accords, ainsi que ceux concernant la formation et la notation de la gamme chromatique. Ils sont basés, cette fois, sur les véritables principes de la formation des intervalles et des accords d'après le système de la tonalité moderne.
Il me reste, après avoir fait connaître le plan de cet ouvrage, auquel jai donné le plus d'unité possible, à citer les principaux traités d'harmonie dans lesquels j'ai puisé, sinon les principes que j'expose, du moins les préceptes qui s'y rapportent : c'est avec le concours des maîtres, et guidé par le Dictionnaire de musique de J. J. Rousseau, les Traités cf harmonie de J. P. Rameau, de J. F. Fétis, le Traité de composition de A. Barbereau, le Traité de F harmonie, etc., de A. Panseron, les Traités de Gherubini, de Catel, de Zimmermann, de Langlé, de Kuhn, de Fenaroh, etc., etc., qu'il m'a été permis d'arriver d'une manière certaine au terme de mon entreprise.