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DEFINITIONS ET PRINCIPES

Travaux de siège/

n appelle fortification toute construction destinée à mettre un petit nombre d'hommes en état de résister à un plus grand nombre pendant un temps plus ou moins long. La fortification s'emploie pour protéger les villes ou les états; dans les deux cas elle peut se composer, soit d'une enceinte continue, soit d'une série à? ouvrages détachés, disposés de manière à concourir tous au même but.

On nomme forteresse ou place une ville fortifiée ; fort ou poste, un petit ouvrage permanent destiné simplement à contenir des soldats ; retranchement, toute fortification élevée à la hâte pour les besoins du moment el composée d'ordinaire d'un simple fossé accompagné de son remblai ; tête de pont, la fortification qui protège le débouché d'un pont ; camp retranché, celle qui défend un établissement provisoire de troupes ; liynes, un ensemble

de postes, ou de retranchements destinés à interdire à l'ennemi l'accès d'une portion du territoire.

Dans un siège, les assiégeants isolent la place de l'extérieur à l'aide de lignes de circonvallalion ; ils se défendent eux-mêmes contre les entreprises d'une armée venant au secours de la place par des lignes de contrevallation.

Quelquefois ces deux lignes se réunissaient et se confondaient, comme au siège de Platée par les Péloponésiens (428 av. J.-C), en un rempart épais, servant de logement à l'assiégeant, couronné par un chemin de ronde avec un parapet crénelé de chaque côté.

La ligne de circonvallation doit être établie au delà de la portée des projectiles de la défense ; elle sert de base aux travaux <T approche que l'assaillant pousse vers la place, quand il a choisi son point d'attaque, soit pour conduire des troupes jusqu'au sommet du rempart, soit pour renverser celui-ci en l'attaquant par le pied.

Dans le premier cas, on aplanissait le sol, pour amener jusqu'à la place des tours de charpente à plusieurs étages, ou bien l'on élevait, à l'abri d'épaisses tentures qu'on déplaçait peu à peu, d'énormes remblais ou terrasses formant rampe.

Dans le second cas, on avançait à couvert, tantôt à la surface du sol, à l'aide de tortues très résistantes et en forme de coin, derrière lesquelles on amenait, au fur et à mesure de leur avancement, des portiques en charpente couverts d'un toit et protégés sur leurs côtés par des peaux flottantes; tantôt sous le sol, au moyen de galeries de mines, tantôt enfin au moyen de tranchées.

Les tranchées, qui sont aujourd'hui exclusivement en usage, n'étaient employées dans l'antiquité que lorsqu'il s'agissait d'attaquer des remparts situés au sommet d'une pente raide et unie. En voici la raison : la tranchée, — qu ? on rejette la terre (l'un seul côté ou sur les deux bords

de l'excavation, — ne couvre pas, comme les autres travaux d'approche, l'assaillant contre les coups qui arrivent sous un angle considérable ; elle ne donne du reste un abri qu'autant qu'elle se dirige obliquement vers le rempart, de manière à mettre les remblais entre la place et l'assaillant, et cet abri est d'autant moins étendu que les coups sont plus plongeants. De là ces zigzags que les ingénieurs modernes décrivent de part et d'autre de la direction qu'ils veulent suivre. Une pareille marche fait perdre beaucoup de temps, et, si nous l'avons adoptée, c'est qu'un remblai de terre suffisamment épais est le seul obstacle pratique connu pour résister au canon ; le jour où nous arriverons à posséder des galeries d'approche assez résistantes, nous reprendrons la marche directe. Les gros pétroboles avaient un tir trop irrégulier et surtout trop lent pour arrêter l'établissement des tortues et des portiques; mais ceux-ci n'étaient pas capables de résister au choc des énormes cylindres ou sphères de pierre qu'on faisait rouler sur eux du pied des remparts quand ces remparts couronnaient une hauteur, et c'est dans ce cas seulement que les anciens employaient les tranchées, en leur donnant comme nous une direction oblique.

Quant aux mines, on les coudait quelquefois à plusieurs reprises, pour tromper l'ennemi sur leur point d'arrivée.

L'assiégé s'opposait aux mines, quand il avait un fossé sec, soit en partant de la contrescarpe pour aller à leur rencontre, soit en approfondissant une partie du fossé pour les couper au passage * .

1. On trouvera dans la Poliorcètique des Grecs, que j'ai publiée en 1872 (Paris, Tanera), la traduction de presque tous les traités didactiques que les Grecs nous ont laissés sur l'attaque et la défense des places.

Détail d'un retranchement.

L'élément essentiel du retranchement, appelé aussi fortification passagère, est le fossé. Le talus intérieur du fossé s'appelle escarpe et le talus extérieur contrescarpe. Quand le retranchement est destiné surtout à communiquer à couvert d'un point à un autre, comme dans la tranchée, on rejette le déblai, nommé épaulement^dxx côté de l'ennemi, et on marche dans le fossé ; quand, au contraire, le retranchement est destiné à servir de base à la défense, on rejette les terres à l'intérieur, de manière à former, derrière le fossé, un nouvel obstacle qui prend aujourd'hui le nom de parapet, parce que les défenseurs se mettent derrière lui. Lorsque les armes de trait avaient moins de puissance, on profitait de l'avantage que donne une position élevée, et on se plaçait sur le remblai, en se protégeant à l'aide de palissades ; le remblai se nommait alors Spo^a ou agger. On trouve, dans certaines enceintes préhistoriques, le fossé situé en arrière du remblai, comme pour une tranchée de communication ; cette disposition augmentait encore les avantages du défenseur muni seulement d'une arme de main, en lui donnant successivement deux positions dominantes, l'une sur le remblai par rapport au sol extérieur, l'autre sur le sol intérieur par rapport au fond du fossé. De nos jours elle est adoptée dans la tranchée-abri et le retranchement rapide ; mais elle n'a alors d'autre but que de fournir plus vite un abri au soldat, en ajoutant la profondeur du déblai à la hauteur du remblai.

Les anciens composaient souvent leur retranchement de deux fossés, afin d'arrêter le plus longtemps possible l'ennemi par des obstacles accumulés à portée du pilum

c'est-à-dire du trait lancé simplement à la main ; ce système, qui conservait les mêmes avantages quand nous usions encore des grenades à main, est devenu inutile aujourd'hui, et on préfère au double fossé un fossé plus large.

Les abords des retranchements peuvent être défendus, par des défenses accessoires, parmi lesquelles je citerai les trous de loup, espèces de fosses disposées en quinconce de manière à ne laisser aucun passage entre elles.

Camps.

Les Grecs recherchaient avant tout pour leurs camps la force de l'assiette; les Romains, la proximité de l'eau et du bois. De là des différences essentielles dans la manière de camper des deux nations.

Les Grecs, dit Polybe (VI. 42), étaient obligés de changer à chaque fois leur installation, en se guidant sur la configuration du sol, mais ils pouvaient se contenter d'un simple palissadement pour se protéger. Quand ils campaient en plaine< ils employaient la forme la plus simple et de moindre développement, c'est-à-dire le cercle.

Les Romains, considérant l'incertitude qui résultait, pour l'emplacement que chacun devait occuper dans le camp, de cette variation continuelle dans ses dispositions, préférèrent adopter une installation unique, connue de tous et de forme invariable ; mais, négligeant ainsi les avantages que pouvait fournir le terrain, ils durent y suppléer par une ceinture plus résistante que des palissades, et ils établirent en principe que, toutes les fois qu'ils camperaient, ne fût-ce que pour une nuit, ils s'entoureraient d'un retranchement en terre.

La forme qu'ils adoptèrent fut un rectangle, qui, carré au temps de Polybe, s'allongea de plus en plus jusqu'à

présenter au temps (THyginus, ingénieur de Trajan, une longueur égale aux f de la largeur ; à cette dernière époque, un camp de trois légions avait 2,320 pieds de longueur sur 1,620 de largeur. Les camps de César tenaient de la méthode grecque; ils étaient souvent irréguliers et établis sur de fortes positions.

Dans les endroits les moins exposés, dit Hyginus [de munitionibus castrorum, 49 et suiv.), le fossé, qu'on ne creuse alors que dans l'intérêt de la discipline, peut être ou en forme de toit, ou à la mode punique. Le premier est appelé fossa fastigata, parce que les parois, inclinées à partir du niveau du sol, se réunissent en arrivant au fond. Celui qu'on nomme fossa punica a sa paroi extérieure verticale; quant à sa paroi intérieure elle est inclinée comme dans le fossé précédent. On doit donner à l'un comme h l'autre de ces fossés au moins 5 pieds de largeur et 3 de profondeur... Dans les endroits plus exposés, on doit construire un rempart fait avec des gazons, des pierres taillées, des quartiers de roc ou des pierres brutes; il suffit de lui donner 8 pieds de largeur et 6 de hauteur ; au-dessus on élève la lorica parva (parapet crénelé ou clayonnage)... Si le terrain est rocheux ou sablonneux, on se contente d'un remblai fait avec des terres rapportées... On doit arrondir les angles, parce qu'ils forment des saillants et qu'ils diminuent la sécurité en protégeant les approches de ? ennemi (?)

Hyginus indique ensuite des ouvrages circulaires destinés à couvrir les portes, mais il le fait dans un langage extrêmement obscur.

La disposition des troupes à l'intérieur du camp romain ne rentre pas dans le cadre de cette étude ; il nous suffira de dire qu'elles étaient rangées le long de rues se coupant à angle droit, et que les deux voies principales formaient une croix dont les branches aboutissaient aux

quatre portes. Entre les tentes et l'enceinte régnait, sur tout le pourtour, une sorte de rue du rempart, large de 200 pieds du temps de Polybe et de 60 seulement au temps d'Hyginus ; cet espace servait non seulement à rendre les communications faciles, mais encore à loger le butin ou les bestiaux et à mettre les tentes à l'abri du feu et des traits pendant les attaques de nuit.

. Quelquefois des tranchées partant du camp conduisaient à couvert jusqu'à de petits retranchements où se tenaient les avant-postes, ainsi qu'on peut le voir dans la ft(j, 1 ci-dessous, représentant un camp de César sur

Fig. I. — Camp de César sur l'Aisne.

l'Aisne, d'après les fouilles exécutées par ordre de Napoléon III.

Les Romains ont élevé un grand nombre de leurs places fortes sur le type de leur camp ; je citerai notamment Aoste en Italie et la plupart des forteresses byzantines de l'Algérie.

Détail de la fortification dune place.

Il importe, avant tout, de faire remarquer que, pour des ouvrages considérables comme l'enceinte d'une pince, l'économie est, une condition de premier ordre.

Par suite, les solutions adoptées par les ingénieurs de tous les temps sont toujours celles qui satisfont aux données du problème avec le moins de dépense possible.

L'enceinte la plus simple se compose d'un mur ; mais ce mur doit remplir certaines conditions.

Il doit être assez haut pour ne point être facilement escaladé. L'expérience a prouvé que 10 mètres suffisaient pour le mettre à l'abri de l'escalade à l'aide d'échelles portatives à dos d'homme. Mais souvent on lui a donné une élévation moindre chez les peuples qui avaient pour arme principale une longue lance ; on se contentait alors d'une hauteur de 3 à 4 mètres, qui permettait au défenseur d'utiliser son arme avec tous les avantages d'une position dominante.

Il doit être suffisamment épais pour résister à l'effet des machines des assiégeants. De là des épaisseurs différentes, s'il est exposé au choc des béliers, à celui des lithoboles ou des canons 1 , ou bien s'il est à l'abri de toute autre attaque que celle des outils du sapeur. Dans ce dernier cas, il lui suffit d'avoir l'épaisseur exigée par. sa stabilité.

On peut arriver à diminuer la dépense en soutenant la muraille, soit par des contreforts extérieurs, comme il paraît y en avoir eu dans les forteresses égyptiennes, soit par des contreforts intérieurs, souvent réunis entre eux, de manière à donner naissance par-dessus à un large chemin de ronde, et par dessous à des logements pour la garnison.

Un autre artifice consiste h élever, au lieu d'un seul mur compacte, deux murs minces reliés de distance en

1. C'est dans le courant du quatrième siècle avant notre ère et par les efforts de Denys de Syracuse, de Philippe de Macédoine et d'Alexandre le f.r:md, que les engins de siège furent importés de l'Orient dans la Grèce.

distance par des pierres allaul d'un parement à l'autre, l'intervalle restant vide ou étant rempli de biocaille \

L'épaisseur la plus grande qui ait été indiquée pour les murs exposés aux coups des lithoboles a été de 5 mètres.

Le mur étant suffisamment haut et épais, il est encore nécessaire que le défenseur puisse en surveiller partout le pied, afin d'empêcher l'ennemi de l'attaquer à son insu. Le moyen le plus élémentaire consiste à transformer le sommet du mur en un chemin de ronde, en le couvrant avec des dalles plates ; en temps de guerre on pouvait élever sur cette plate-forme, là où on le jugeait nécessaire, un mur mince en briques crues, pour mettre le défenseur à l'abri des vues et des traits de l'assaillant ; le plus souvent ce mur mince était construit en même temps que le mur principal, et dentelé de manière à présenter des parties hautes pour cacher l'homme tout entier, et des parties basses pour lui permettre de voir et de frapper au pied du mur. La partie inférieure et

■>*i & ri n continue de ce mur a eu gé-

Et3

| - , ' Ifl—i LJ néralement de 2 à 3 pieds

i ' r ' ■ | ' j ^ |^Up^ : de hauteur ; elle s'appelle n/l.l , JJ If^fë! parapet (a, fig. 2) ; les

ouvertures supérieures se Fig. a. nomment créneaux (ô), et

les petits murs qui les séparent merlans (c).

Dans les temps relativement modernes ou a, par différents dispositifs, ménagé au pied du parapet des ouvertures permettant de voir le parement du mur de haut

1. M. Tbxier (Descript. de F Asie-Mineure) cite, mais sans être clair, le rempart d'Assos en Troade, qui aurait une largeur totale de 3".40 et serait formé de deux murs, épais seulement de 0-.40, séparés par un intervalle vide de 1".60 et reliés de distance en distance par des parpaings disposés de manière a ce qu'on puisse circuler dans l'intérieur du rempar*

en bas. Ce mode de défense, dont on ne trouve pas de traces nettes avant les croisades, porte le nom de machicoulis.

Quand on a voulu avoir des chemins de ronde trèslarges pour y établir des machines, on les a formés avec un remblai adossé contre le mur et soutenu du côté de la place, soit par un second mur, soit par un talus ; le chemin de ronde a alors pris le nom de terre-plein. Ces remblais ont la propriété de rendre le rempart plus solide, en amortissant les vibrations dues aux chocs des machines d'attaque.

Il y a avantage, pour la commodité de la défense, à rendre l'accès du chemin de ronde ou du terre-plein facile aux assiégés ; mais il y a d'autre part intérêt à interrompre cet accès dans le cas où le sommet du mur serait tombé au pouvoir de l'ennemi ; de là les chemins de ronde mobiles posés sur des corbeaux contre le parement intérieur du mur, et les escaliers enfermés dans des tours.

On ne tarda pas à chercher à voir l'assaillant, non seulement de haut en bas, mais encore latéralement; on y arriva, soit en faisant faire au mur une série d'angles rentrants et saillants, soit en y ajoutant des ouvrages en saillie appelés d'abord tours, puis bastions. Cette défense latérale porte le nom de flanquement ; le mur qui la donne est un flanc ou un mur flanquant, et la disposition adoptée pour la produire est un tracé 1 .

Les ingénieurs de tous les temps ont admis que la longueur de la ligne flanquée ne devait pas dépasser la

1. Quelquefois, au lieu d'élever des tours a partir du sol, on se contentait de flanquer le mur à l'aide de petits ouvrages en encorbellement situés h hauteur du chemin de ronde. Ces ouvrages portèrent, au moyen âge, le nom tféchauguettes. Il semble, d'après écriâmes peintures égyptiennes et d'après un passage de lMiilun, qu'où a employé pour cet effet des guérites mobiles en cuir qu'on suspendait en dehors du mur.

bonne portée de l'arme de main, c'est-à-dire de l'arc ou du fusil, parce que le tir des machines ou du canon n'était point assez rapide et assez nourri pour donner une protection suffisante.

Ici doit se placer une distinction capitale entre la fortification ancienne et la fortification moderne. Autrefois le soldat était muni d'un bouclier qui protégeait son coté gauche : le côté droit était nu, suivant l'expression consacrée. Toutes les dispositions des ingénieurs étaient calculées en vue de ce côté nu, qu'il fallait frapper chez l'ennemi et protéger chez l'ami. Aujourd'hui le soldat est également vulnérable partout, mais il est muni d'armes précises et à longue portée, et le Génie militaire se préoccupe surtout d'utiliser ces qualités pour battre tous les points des approches de la place jusqu'à une grande distance.

Parmi les tracés je distinguerai le tracé à tenailles, le. tracé à crémaillères, le tracé à redans, le tracé à bastions. Les figures 3 à 6 ci-derrière dispensent de toutes définitions. Toutefois je ferai remarquer que dans le tracé à crémaillères, la ligne ab, qui est destinée exclusivement à jouer le rôle de flanc, devait être autrefois toujours tournée vers la droite comme dans la figure 4, afin de voir le côté nu de l'assaillant 1 ; cette.condition n'est plus utile aujourd'hui.

Le tracé bastionné, tel que nous l'entendons dans la fortification moderne, c'est-à-dire avec des relations de longueur et de relief qui permettent d'atteindre le pied de la muraille sur toute son étendue à l'aide d'armes dont le tir ne peut s'incliner à plus de 1/6 audessous de l'horizon, est une conséquence de la néces-

I. Pour plus de clarté, j'indiquerai désormais par le diagramme

~>\ le sens dans lequel marche le soldat et le côté

^~ sur lequel il est couvert.

site où nous avons été mis de ne présenter au boulet que des masses de terre. On comprend en effet que la partie

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