PLACE
Fig. 3. — Tracé]* tenailles.
Fig. A. — Tracé a crémaillères.
Fig. 5 . — Tracé à redans
Fig. f». — Tracé a bastions.
supérieure du parapet ne doit avoir qu'une inclinaison très faible ; sans cela elle ne présenterait plus l'épaisseur et, par suite, la résistance nécessaire ' . Quand on pouvait, à l'aide de créneaux ou mieux à l'aide de mâchicoulis , lancer des projectiles sous un angle quol-
\, On voit par la figure 7 que toul l'espace compris dans l'angle dièdre
île
m — cm
Fi». 7.
ABC est à l'abri des coups qui parlent de la crête A ; on appelle cet espace anglr mort. L'angle mort n'existe que par rapport a la crête A ; on le détruit, dans e tracé bastiouné, par les feux partant du flanc opposé.
conque, cette condition du flanquement par le trcaé avait une moins grande importance, et les anciens voyaient surtout dans les brisures du rempart un moyen d'obtenir des points saillants qui protégeaient les rentrants , et de présenter à l'ennemi des surfaces obliques sur lesquelles les coups des machines perdaient une partie de leur force; aussi préféraient-ils généralement les tours aux simples sinuosités du mur, pour des raisons que nous allons indiquer après avoir précisé le sens de certains jtermes.
La tour est un ouvrage fermé ; ainsi, dans le tracé à redans, si Ton ferme le côté ac par un mur, le redan abc devient une tour triangulaire. De même, dans le tracé à bastions, l'ouvrage abcde, ouvert en ae % est un bastion ; fermé, il devient une tour pentagonale ou bastion née. Dans tout tracé on appelle courtine la portion du mur comprise entre deux ouvrages formant saillie ; (c tf, fig. 5) ; face, tout côté autre que la courtine^ destiné à battre plus ou moins directement la campagne [b c, fig. 4 ; ab y bc, fig. 5 ; bc, cd, fig. 6); flanc, tout côté destiné spécialement à battre les approches des parties voisines du mur (ab> fig. 4 ; ab, de> fig. 6). Dans la^y. 3, tous les côtés peuvent être appelés indifféremment faces ou flancs.
Les tours, quand leur partie inférieure était pleine, avaient, sur les angles du mur, l'avantage de présenter des saillants plus résistants. En les disposant de manière à contenir les escaliers du chemin de ronde et à en fermer l'entrée, on empêchait l'ennemi parvenu sur le mur de descendre dans la place. En les mettant à cheval sur le mur lui-même, ou en coupant ce chemin de ronde en arrière de la tour, pour le remplacer par un pont mobile, on isolait les différentes courtines, et chaque tour devenait une petite citadelle, capable de continuer sa défense même après la chute des parties voi-
sines. En élevant les tours au-dessus des courtines, on atteignait, à bien moins de frais, le même résultat que si Ton avait surélevé toutes les courtines ; on se ménageait ainsi, non seulement des vues lointaines sur la campagne , mais plus encore des coups plongeants sur les tours de bois mobiles avec lesquelles les assiégeants, qui pouvaient si difficilement faire brèche dans les murs épais, cherchaient à jeter à leur sommet des troupes d'assaut.
Les tours rondes ont l'avantage de permettre le tir dans toutes les directions et de bien résister aux coups des béliers et des projectiles, à cause de la taille en forme de coin que l'en est obligé de donner aux pierres ; mais on leur a souvent préféré les tours carrées, uniquement parce que celles-ci sont d'une construction plus facile.
On désigne généralement sous le nom de casemate toute chambre ménagée dans l'épaisseur des maçonneries d'une fortification. Les casemates servent quelquefois simplement à l'habitation de la garnison ; mais, le plus souvent, elles sont utilisées pour abriter des tireurs qui prennent part à la lutte. Pour cela, le mur tourné du côté de l'ennemi est percé d'ouvertures, qui sont petites quand elles sont seulement destinées au tir de l'arc, et portent alors le nom à'archères ou meurtrières ; ces ouvertures sont beaucoup plus grandes quand elles sont destinées à laisser passer les projectiles des machines de jet ; elles prennent alors le nom dVmbrasures. Ces différentes ouvertures doivent être organisées i à l'intérieur de manière à donner aux tireurs un champ de tir étendu; à l'extérieur de manière à empêcher autant que possible les traits ennemis de pénétrer dans la casemate.
On appelle batterie l'emplacement de plusieurs machines de tir. Ce n'est point seulement dans les casemates, sur le terre-piein des courtines ou des bastions
et sur les plates-formes ou terrasses supérieures des tours, d'où Ton pouvait voir l'objet à battre, que s'établissaient les batteries ; grâce au tir courbe, qui était le tir normal des machines de l'antiquité, on pouvait installer celles-ci dans la rue du rempart ', à une certaine distance en arrière du mur qui les protégeait, ou même dans les casemates creusées au-dessous du sol naturel et donnant dans le fossé.
Les anciens, surtout en Orient, ont souvent construit autourde leurs places plusieurs enceintes concentriques; on cite la ville d'Ecbatane qui en avait sept ; le plus habituellement il n'y en avait que deux. Dans ce cas, l'enceinte extérieure prenait le nom ft avant-mur (*po- •wtytffjwc, antemurale ou promurale). Il est évident que la première des conditions à remplir par ces différentes enceintes est de se dominer les unes les autres, les plus hautes étant à l'intérieur.
Le fossés qui est de règle avec nos remparts en terre, ne l'était point autrefois avec des enceintes en maçonnerie dont les matériaux venaient ordinairement de carrières éloignées. Il était très fréquemment employé dans les plaines argileuses de l'Orient, où ses déblais servaient à façonner les briques crues ou cuites avec lesquelles on élevait, soit les murailles, soit le sol même de la place.
L'escarpe et la contrescarpe peuvent être simplement coupées dans la terre, ou bien être revêtues de maçonnerie. Aujourd'hui, avec le tir plongeant des canons à longue portée, on revêt de préférence la contrescarpe, qui, dans tous les cas, est à l'abri des projectiles. Il n'en était pas de même autrefois ; l'escarpe devait être revêtue, pour offrir un obstacle plus difficile à franchir, tendis que la contrescarpe était souvent maintenue avec un talus très doux , afin de permettre aux défenseurs de
s'élancer du fond du fossé en ordre de bataille pour les sorties. Une contrescarpe revêtue permettait du reste à l'assiégeant de venir déboucher en arrière par une mine, qui, se retournant le long de la muraille, formait une galerie de contrescarpe ; en perçant des meurtrières et même une porte, l'assiégeant s'assurait ainsi la possession du fossé.
Le fossé peut être plein d'eau ou sec. Le premier avait l'avantage de rendre très malaisée l'attaque par des mines souterraines, mais il était difficile d'empêcher l'assaillant de construire une chaussée pour le traverser; les fossés secs, au contraire, pouvaient communiquer avec la place au moyen de galeries souterraines, qui, non seulement servaient à défendre les parties non vues par le sommet du rempart, mais encore à retirer les matériaux de comblement, à mesure qu'on les apportait, et même à miner les chaussées quand elles étaient établies, pour tes faire effondrer sous le poids des engins de l'attaque. * /
La portée des machines de jet anciennes étant faible, on arrivait, en creusant plusieurs fossés concentriques, à rendre très difficile l'établissement des batteries capables de faire brèche. De là l'existence de deux ou même trois fossés autour des places, jusqu'au moment où les progrès de l'artillerie rendirent cette disposition inutile 1 . La levée de terre qui subsistait entre deux fossés portait au moyen âge le . nom de braie ou douve; l'espace qui s'étendait entre le pied de la muraille et l'escarpe du premier fossé se nommait fausse-braie. Ces fossés présentaient, en avant de leur escarpe, un angle mort qui avait pour principal inconvénient de fournir un abri momentané aux troupes chargées d'assaillir les braies.
1. Padotte en 1380 et Rhodes en 1180 avaient encore trois fossés concentriques.
On pouvait y remédier en construisant de petites galeries crénelées en bois ou en maçonnerie, qui, partant de l'escarpe, s'avançaient en travers du fossé et communiquaient avec les ouvrages extérieurs à l'aide de conduits souterrains. Ces galeries ont été très en usage, en Italie et en France, au seizième siècle, sous le nom de moineaux, caponnières, etc.
Presque à toutes les époques et chez tous les peuples il a été interdit de bâtir sur une certaine zone en avant et en arrière du rempart, afin, d'une part, de ne point entraver les mouvements de la défense du côté de l'intérieur, et, d'autre part, de ne point fournir d'abris à l'ennemi du côté de l'extérieur.
Dans la fortification actuelle la contrescarpe est généralement surmontée d'un chemin protégé par une levée de terre qui sert de première ligne de défense, et qu'on nomme chemin couvert. Cette levée est soutenue du côté de la campagne par un talus très doux, susceptible d'être vu et battu en tous ses points par la place ; les talus de cette espèce portent le nom de glacis. Les glacis, tels que nous les entendons aujourd'hui, avaient peu de raison d'être dans la fortification ancienne à cause de la faible portée des armes, mais il est commode de donner ce nom aux pentes régulières et factices dont sont entourées certaines places antiques et qui servaient à rendre les approches difficiles \
Les communications peuvent se diviser en deux classes qui ont un rôle bien distinct. Les unes sont parallèles à la fortification, comme le chemin de ronde, la
1. Je citerai notamment la ville deP/érium, dans la Cappadoce, qui présente ce mode de défense signalé d'abord par M. Texieb, puis par MM. G. Perrot et Guillaume. Le glacis a 20 w .OO de long, avec un angle de 39'. Des galeries souterraines partent de l'intérieur de la place et viennent aboutir a son pied par des portes qui n'ont que i'MOde haut pour être plus facilement défendues. Le débouché intérieur était de plus surveillé par un petit poste rttrauché.
rue du rempart, le chemin couvert. Les autres lui sont perpendiculaires ou à peu près, et conduisent de l'intérieur de la place, soit aux premières, soit dans la campagne ; on les met à l'abri des coups de l'ennemi à l'aide de parapets élevés à droite et à gauche, et on les nomme aujourd'hui caponnières.
On appelle porte d'une ville une large ouverture faite dans le mur d'enceinte pour donner passage à une route, et poterne une ouverture plus petite débouchant soit sur un sentier dérobé, soit dans une partie extérieure de la fortification.
Les portes, en raison de leur grandeur même, étaient des points faibles, de véritables brèches ouvertes dans la place ; les ingénieurs ont dû se préoccuper de les renforcer. Les dispositifs employés à cette effet sont très nombreux ; voici les principaux :
1° Placer la porte dans un flanc BG (fig. 8) tourné
; J n>ru
Fig. 8.
vers la gauche de celui qui regarde la campagne ; l'assaillant ne peut s'y engager qu'en présentant son flanc droit au défenseur. Pour augmenter encore l'eflicacitéde cette disposition, on avait coutume d'établir une portion de la route D E le long du mur A B.
2° La mettre dans un renfoncement de l'enceinte.
3° L'ouvrir dans le mur tourné vers la campagne,
rmais en Taccompa gnant d'une tour si- I I ^— tuée à droite de celui
Fig. 9. qui entre {fig. 9).
4° Accompagner la porte de couloirs dans lesquels
on peut ménager une série de barricades. Ces couloirs sont tantôt à-1'extérieur, tantôt à l'intérieur ; quelquefois ils s'élargissent en forme de cours.
Très souvent on les surmontait d'un étage couvert dans lequel se plaçaient les défenseurs; l'ouverture intérieure se fermait avec une porte et l'ouverture extérieure par une herse, lourd panneau de bois qui glissait verticalement entre des rainures pratiquées dans les murs latéraux et qu'on laissait tomber sur les derrières de l'assaillant quand il s'était engagé dans le couloir. Des ouvertures, percées dans le plancher ou la voûte, servaient en outre, soit à accabler de projectiles les malheureux enfermés entre la porte et la herse, soit à verser de l'eau sur la porte si l'ennemi était parvenu à y iftettre le feu 1 .
Les poternes, qui, par leur petitesse même, sont moins sujettes àètre attaquées, et dont le rôle est de donnerpassage aux sorties, doivent- être organisées autrementque les portes. Il importe en effet, avant tout, que les troupes qui effectuent une sortie puissent se masser au débouché de la poterne, sans avoir le flanc droit exposé ; celle-ci est donc très bien placée [fig. 10) sur le flanc des crémaillères, qui, nous l'avons "Tbhrna * -*— ,, ^v", étaient toujours, dans ^ " " . . les fortifications antiques,
J» faneur. ^
Fig. 10. tournées vers la droite de
l'assaillant, ainsi que sur le flanc droit des tours ou de petites constructions analogues à celle que. signale M. Leake * dans un mur qui barre un passage entre la
1. Pour protéger les portes contre le feu, les anciens les rouvraient de fer et de peaux. £néas, auteur du quatrième siècle avant J.-C, et Végéce, qui vivait au quatrième siècle de notre ère, décrivent dans leurs ouvrages la herse ou cataracte.
2, Athètiett et tes Dèmes de CAttique.
piaine de Tria et la plaine d'Athènes [fig. il), et que Ton trouve également dans le camp de Jublains. Quand on la place dans un mur faisant face à la Fig. it. campagne, elle doit être protégée
-par une tour, non plus à la gauche, mais à la droite de celui qui sort, Enfin, le mieux est d'avoir, comme l'indique Philon, deux poternes : l'une dans un flanc tourné à droite pour la sortie, et l'autre dans un flanc tourné à gauche pour la rentrée des défenseurs ; c'est précisément la solution que les Romains avaient adoptée pour les
portes de leurs camps,
qu'ils couvraient, au temps
de Trajan, par un arc de
Fig. \± cercle laissant à sa base
un passage sur la droite et un autre sur la gauche
{fig. 12).
Les poternes composées 'd'un passage unique ont l'inconvénient de ne permettre aux défenseurs de se trouver en force au dehors qu'au bout d'un temps assez long, temps pendant lequel ils défilent, pour ainsi dire, un à un, devant les assaillants ; cet inconvénient est encore bien plus sensible pour la rentrée, qui ne peut se dérober comme la sortie le fait souvent, et où le dos est complètement à" découvert. Aussi les ingénieurs ont-ils cherché des dispositifs permettant aux premiers de se présenter tout à coup et rangés en bataille devant les seconds. On a vu qu'une pente douce donnée à la contrescarpe permettait d'obtenir ce résultat, le fossé servant à s'assembler à couvert après le débouché de la poterne et avant la rentrée ; mais, lorsqu'il n'y avait pas de fossé, ce qui est le cas ordinaire des anciennes places établies sur des hauteurs, on avait recours à un autre artifice: c'étaient des galeries ménagées dans l'intérieur des murs
parallèlement aux parois, communiquant avec l'intérieur par leurs extrémités, et avec l'extérieur par une série de poternes très rapprochées. La troupe qui voulait faire une sortie s'assemblait à couvert dans la galerie et se rangeait en bataille ; puis, à un signal donné, elle s'élançait au dehors par toutes ces voies ouvertes sur la campagne. Quand elle voulait rentrer, elle trouvait également ces voies nombreuses prêtes à la recevoir et, lorsqu'elle était dans la galerie, elle n'avait qu'à s'abriter derrière les murs qui séparaient les poternes pour en interdire l'accès à l'ennemi. On trouve cette disposition à Tyrinthe ainsi qu'à Sardes, où elle est perfectionnée par l'emploi simultané de poternes de flanc.
Comme les sorties peuvent aussi se faire par les grandes portes de la ville, on a très souvent muni celles-ci non seulement d'une tour à gauche, mais aussi d'une tour à droite.
Assiette et forme générale de C enceinte.
On nomme assiette d'une place la configuration générale du terrain sur lequel cette place est située ; la forme générale de l'enceinte (que l'on appelle aussi le traeè % bien que cette expression doive s'appliquer plus spécialement aux formes particulières adoptées pour telle ou telle portion du mur) est en liaison directe avec l'assiette.
Les assiettes les plus favorables, celles qui ont été de préférence occupées à une époque où l'état social ne conduisait pas à déterminer l'emplacement des forte* resses par d'autres considérations que la force naturelle et l'économie du travail, sont les îles, les presqu'îles, les sommets des mamelons ou des contreforts et les extrémités des chaînes de montagnes.
La forme générale de l'enceinte doit satisfaire à deux conditions principales :
La première, c'est d'occuper les parties du terrain naturellement fortes, comme les bords des escarpements ou les hauteurs qui dominent les terrains environnants ; la seconde, c'est de donner à toutes les parties de l'enceinte à peu près le même degré de résistance, afin que^ la chute d'un point faible n'entraîne pas celle de toute la place. Or, toutes choses égales d'ailleurs, une fortification est d'autant plus exposée qu'elle forme plus saillie, puisqu'elle se trouve ainsi en prise aux coups de l'ennemi sur une plus grande étendue et dans plusieurs directions; inversement, elle est d'autant plus assurée qu'elle se trouve plus profondément enfoncée dans un rentrant, ou, suivant l'expression consacrée, qu'elle se refuse davantage. De là résulte que : 1° la forme d'une fortification située sur un terrain horizontal doit être arrondie, c'est-à-dire circulaire ou légèrement elliptique ; telle est, en effet, celle que les Grecs ont adoptée pour leurs villes et leurs camps quand ils étaient en plaine; 2° toutes les fois que l'enceinte aura à traverser un vallon, partie naturellement plus faible, puisqu'elle est d'un accès plus facile et qu'elle peut être dominée, elle devra se refuser c'est-à-dire présenter un rentrant.
Il est une autre condition, beaucoup moins importante dans l'antiquité que de nos jours à cause de la faible portée des armes anciennes, c'est celle de ne donner lieu à aucune vue d enfilade ou de revers ; en d'autres termes, la forme de l'enceinte doit être telle, que l'assaillant ne puisse tirer sur les défenseurs que d'un seul côté, qui est celui du parapet.
De tous les tracés, le tracé en ligne droite est celui qui remplit le mieux cette condition; car si nous prenons
{fig. 13) un tracé convexe quelconque ABC, l'ennemi pourra trouver en D, à une certaine distance en avant
du mur, un abri d'où il
^..»- enfilera ou verra de revers
— la partie B A. Mais une for-
tification ne peut être complètement en ligne droite que dans le cas, fréquent du reste, où il s'agit de barrer l'accès d'une position défendue sur tout le reste de son pourtour par des obstacles naturels, tels que de l'eau ou des escarpements. Quand ces obstacles n'existent pas, l'enceinte peut être constituée par une série de lignes droites formant des polygones plus ou moins réguliers. Les sommets de ces polygones sont des points faibles, et, pour équilibrer la résistance, il faut les renforcer par des ouvrages spéciaux ; on remarquera en effet que les tours <ï angles sont généralement plus considérables que les autres. Elles sont en outre rondes, pour la raison que voici :
Les tireurs abrités derrière un mur ne peuvent commodément tirer que dans une direction à peu près perpendiculaire à ce mur, qu'ils le fassent par-dessus un parapet ou à travers des créneaux, des embrasures pu des meurtrières ; dans ce dernier cas, le champ de tir est encore plus restreint. Il en résulte que si nous avons dans la fortification [fig. 14) un angle saillant BAC, ^ x l'angle D A E formé par les lignes A D
*\,, A ^'''' et A E perpendiculaires aux faces B A
A et A G est presque complètement à
l'abri des traits de la défense. En lanc gage moderne on donne à cet angle Fig. 14. le nom de secteur privé de feux;
on remarquera qu'il est d'autant plus considérable que l'angle saillant est plus aigu. Nous remédions aujourd'hui
à cet inconvénient en formant en A sur le rempart un petit pan coupé derrière lequel on établit une mitrailleuse. Les anciens arrivaient à un résultat analogue en remplaçant le sommet de l'angle par une tour ronde ou à plusieurs pans.
Les angles aigus en maçonnerie ont, du reste, l'inconvénient de ne pas résister au choc, et Ton proscrivait autrefois pour cette raison tout angle inférieur à 60°.
Quand une ville est bâtie en amphithéâtre sur l'extrémité d'une montagne, la partie la plus exposée aux attaques est évidemment celle qui touche à la plaine ; mais là elle est souvent naturellement défendue par une rivière qui contourne le pied des hauteurs. L'autre point d'attaque est à l'extrémité supérieure de la ville, sur l'arête môme ; car si l'ennemi vient à s'en emparer, il domine tout et fait tomber facilement les autres défenses. C'est donc sur ce point-là qu'il faut accumuler les ouvrages protecteurs. Autrefois on y construisait d'ordinaire un ouvrage fermé de toutes parts, qui servait à la fois contre les entreprises du dehors et les séditions du dedans. 11 suffit ensuite de protéger les flancs de la ville par une fortification très simple tracée en ligne droite, qui, partant de la citadelle ou acropole dont nous venons de parler, descend, en suivant généralement la ligne de plus grande pente, jusqu'à la plaine. On voit que la place présente ainsi dans son ensemble une forme triangulaire dont on trouve de nombreux exemples ! .
L'opération de soustraire quelqu'un ou quelque chose aux vues, et par suite aux coups de l'adversaire, s'appelle défilement. Pour obtenir ce résultat, l'ingénieur était parfois conduit à infléchir les murs suivant certaines
1. M. Baux a signalé plusieurs places présentant cette disposition < n Etolie.
directions ; quand cela n'était pas possible, on construisait sur le terre-plein , soit des murs transversaux (traverses) contre les vues d'enfilade, soit un second mur parallèle à la ligne des créneaux (parados) contre les vues de revers.
Le parapet, les traverses et le parados garantissent du tir tendu, c'est-à-dire de celui où, le projectile étant animé d'une grande vitesse, sa trajectoire se rapproche d'une ligne droite; mais les machines anciennes ne donnaient généralement naissance qu'à un tir très plongeant, pour peu que l'objet à atteindre fût éloigné. De là la nécessité, quand on fit les remparts très larges, de se couvrir par des voûtes ou des toits résistants, ou bien encore de donner aux chemins de ronde des courtines et surtout aux plates-formes des tours, des inclinaisons de l'extérieur à l'intérieur, afin de maintenir le défenseur au-dessous de la trajectoire passant par le sommet du parapet.
Tours isolées.
Les anciens établissaient des tours isolées, soit sur des points culminants 'pour observer l'ennemi et transmettre des signaux, soit aux abords des places pour occuper certaines positions dont on voulait interdire l'accès à l'assaillant, soit enfin dans l'intérieur des places ou des camps permanents, pour servir de dernier refuge, de réduit, à la garnison.
Elles étaient organisées de manière à braver les surprises et à permettre à un petit nombre de soldats de résister longtemps passivement à des adversaires beaucoup plus nombreux.
Pour cela, elles étaient généralement établies sur un socle massif, de telle sorte que Ton ne pouvait arriver à
la porte donnant accès à l'intérieur qu'à l'aide d'une échelle ou d'un engin à poulie ; cette porte était défendue elle-même par un mâchicoulis, soit en pierre, soit en bois, établi directement au-dessus, à la fenêtre de l'étage supérieur. Quand la base n'était pas complètement massive, elle était au moins assez épaisse pour résister au bélier, et elle contenait à l'intérieur soit une citerne, soit même une sorte de cave communiquant avec le dehors ; mais cette cave, destinée à recevoir des provisions ou à servir d'écurie, ne communiquait jamais avec les étages supérieurs qu'à l'aide d'échelles, et les défenses intérieures étaient accumulées pour interdire l'accès du couloir qui donnait sur la campagne.
Ces tours étaient quelquefois accompagnées d'une petite cour fortifiée, destinée à faire prendre l'air à la garnison et à servir de refuge provisoire aux alliés battant la campagne.
Les anciens avaient l'habitude d'élever en forme de tours, aux abords des villes, les tombeaux des guerriers illustres. Ils étaient en effet convaincus qu'à la mort, l'àme ne se séparait pas du corps et que, conservant ses qualités propres, elle reposait à l'endroit où ce dernier était enfoui, tout en pouvant intervenir d'une façon surnaturelle dans les affaires humaines. Aussi ces tombeaux servaient aux défenseurs de postes d'observation d'autant plus précieux, que l'assaillant, retenu par une crainte superstitieuse, n'osait généralement pas les attaquer.
Murailles détachées ou isolées.
Aujourd'hui, avec les armes à longue portée et à tir rapide, on peut boucher un défilé avec une tour placée au milieu, ou avec une série d'ouvrages qui couvrent de feux l'espace intermédiaire ; autrefois il n'en était point
ainsi, il fallait fermer complètement le passage par un mur.
Des murs de cette espèce et percés d'une porte se retrouvent dans presque tous les défilés de la Grèce, et un grand nombre remontent à l'époque très reculée où le sol de ce pays était partagé entre une foule de petits souverains habitant des forteresses, comme Tyrinthe et Mycènes, situées au centre de leur domaine. Quelquefois ces murs destinés à la défense d'un territoire ont pris des proportions considérables ; ainsi les murs pietés, construits par ordre d'Alexandre Sévère entre l'Angleterre et l'Ecosse, ont 12 kilomètres de long, 3". 75 de haut et 2 o, .80 de large. La muraille qui barrait la Ghersonnèse de Thrace avait un développement de 50 kilomètres et était flanquée de tours ; elle était fort difficile à garder précisément à cause de cette immense longueur, et Justinien l'améliora en ne laissant des escaliers que dans les tours qui servaient ainsi de réduits et en organisant des places de soutien en arrière.
D'autres murs analogues barrent des isthmes qui ne présentent aucune trace d'habitation ;. ils doivent leur naissance à un système de guerre particulier aux habitants de côtes profondément découpées. Dans ce cas en effet, quand une peuplade voulait attaquer sa voisine, elle choisissait sur le territoire de celle-ci un isthme, y débarquait à l'improviste, l'isolait de la terre ferme à l'aide d'un retranchement et s'en servait comme d'une place d'appui pour ses incursions.
Quelquefois des murs simples ou doubles servaient à relier une place forte avec quelque point du voisinage où les défenseurs avaient intérêt à se rendre à couvert, comme une source, une rivière, un mamelon occupé par un poste avancé ; j'ai indiqué une disposition analogue à propos des camps. Si le mur était double, on marchait
naturellement entre les deux parois; mais s'il était simple, il fallait, pour êlre complètement protégé, le laisser sur sa droite, et par conséquent le longer tantôt d'un côté tantôt de l'autre, suivant que Ton s'éloignait de la place ou qu'on y revenait. Les murs doubles ont joué un grand rôle dans l'antiquité pour relier aux ports voisins la plupart des anciennes villes du littoral de la Grèce, qui, dans l'origine, avaient été établies à quelque distance de la mer par crainte des pirates.