‹ Principes de la fortification antique: précis des connaissances techniquesChapitre 5 sur 36 · TRAITES DIDACTIQUES · texte numérisé non relu

TRAITES DIDACTIQUES

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Extraits de l'Encyclopédie mécanique de Philon de Byiance

(H - siècle avant J.-C.) TRAITÉ DE FORTIFICATION 1 .

hilon à Ariston, salut.

§ I ,r . — Fondations, emplacement ,* forme des tours.

1. — Pour bâtir des tours, il faut commencer par creuser jusqu'au roc, ou bien jusqu'à l'eau, ou bien jusqu'à un sous-sol présentant une certaine sûreté, puis consolider le lieu le mieux possible, et y établir les fondations avec du gypse, afin d'éviter qu'on ne fasse crouler les murs en les attaquant dans les fondations, et qu'on ne passe en galerie de mine par dessous les remparts.

1. Dans cette traduction, due à MM. Graux et de Rochas, on a tâché de suivre aussi fidèlement que possible le texte grec ; de plus , pour mettre en garde le lecteur contre des restitutions qui peuvent être inexactes , on a imprimé en italique tout ce qui présentait un caractère conjectural. Les mots entre parenthèses sont ajoutés au texte comme explication ; les phrases entre crochets [ ] sont transposées, c'est-à-dire placées dans le français à une autre place que dans le grec, ou supposées provenir d'interpolations dans le texte primitif. Toutes les figures sont des restitutions.

2. — Il faut, en second Heu, construire les tours dans les endroits convenables. Les unes seront, non point complètement rondes, mais arrondies seulement à l'extérieur, et présenteront à l'intérieur une face plane, comme un cylindre coupé en deux par un plan perpendiculaire à sa base. D'autres seront hexagonales, pentagonales et tétragonales, et placées de manière à présenter un seul angle en saillie ; ainsi elles se défendent les unes les autres en envoyant par les flancs des projectiles contre les tours de charpente amenées par l'ennemi, et ni les béliers ni les pétroboles, en les frappant,' ne leur font éprouver de dommages; car, si les coups qui tombent perpendiculairement aux faces produisent beaucoup d'effet, ceux qui arrivent auprès d'un angle saillant ricochent en perdant toute leur force.

3. — Il sera à propos que les tours rondes et carrées, telles qu'on les construit aujourd'hui, soient placées... Quant à celles qui sont auprès des portes, il faut les faire hexagonales. Ainsi leurs angles résisteront mieux; on évitera que les projectiles arrivant le long des côtés, renvoyés tous de manière à converger vers les ouvertures, ne brisent les vantaux et ne rendent les sorties difficiles ; enfin on pourra tirer dans toutes les directions '.

4. — Si tu les bâtis en brique... Il faut les faire tétragonales et les projeter légèrement en avant suivant l'angle

aigu Se reliant par un arc de cercle aux courtines, de

manière à raccorder leur base à l'extrémité des courtines *.

1 . Les tours hexagonales ne sont, d'après la phrase g , que des tours pentagonales ou deux des angles sont droits et les trois autres exposés a l'ennemi, de 120 degrés. La figure 15 ci-contre montre comment elles présentent sur les tours pentagonales régulières, et à plus forte raison sur les tours carrées avec un angle en saillie, les avantages décrits par Philon,

^ V^»^ >£>•' y; ,r îTî " avantages qui tiennent a l'inclinaison moins °" grande des flancs sur la courtine.

2. On trouvera plus loin, à l'article constantinople, une disposition singu Hère que M. Choisy a observée dans les tours de l'enceinte et qui pourrait expliquer ce membre de phrase.

5. — ... Les dernières pierres étant réunies les unes aux autres avec du plomb et du fer, ou avec du gypse, afin de ne recevoir aucun ébranlement d'aucune espèce de coup. . . Pour que les projectiles des pétroboles étant déviés ne puissent détruire les créneaux.

6. — Les courtines qui se rattachent aux flancs par des courbures... Ceux qui partent du milieu des tours doivent avoir deux coudées (3 pieds) de large et..., afin que ceux qui sortent ne soient pas blessés, et que les projectiles, arrivant dans les passages, ne brisent pas les poternes.

§ II. — Rue du Rempart.

Que le rempart soit à une distance de soixante coudées (90 pieds) des maisons de la ville, pour qu'on puisse facilement transporter les lithoboles le long de l'enceinte, qu'on ait un chemin de ronde pour les troupes de secours, et, enfin, en cas de besoin, l'espace suffisant pour creuser un retranchement intérieur.

§ III. — Construction des courtines.

1. — On doit donner aux murs au moins dix coudées (15 pieds) d'épaisseur, et les construire avec des pierres placées dans du gypse, engagées dans le mur suivant le sens de leur longueur. On emploiera, dans les points les plus dangereux des courtines, des pierres dures; sinon, des pierres avec bossages saillants : c'est ainsi qu'elles auront le moins à souffrir des lithoboles 1 .

Fig. 16.

1. On trouve, dès la plus haute antiquité, des bossages saillants sur les parements des remparts, notamment à Tyr, à Jérusalem, à Persépolis et à Pœstum. Ce mode de construction paraît avoir été en usage surtout dans la Phénicie et avoir pris une certaine extension en Europe à la suite des croisades. La /igwe 16 ci-jointe, empruntée à un livre de Giorgio Martini, ingénieur italien du quinzième siècle, en donne un exemple.

2. — On ne les fera pas de moins de vingt coudées (30 pieds) de hauteur, afin de les mettre à l'abri de l'escalade.

3. — Il faut noyer, dans la maçonnerie des courtines et des tours, des poutres de chêne assemblées bout à bout, formant des chaînages distants verticalement les uns les autres de quatre coudées (6 pieds), afin que, si les pétroboles endommagent quelque partie des murs, nous puissions les réparer facilement.

4. — On couvre certaines courtines d'un toit, et on les munit de créneaux quand cela est avantageux.

5. — On en construit d'autres, dans les endroits convenables, avec des créneaux, sans chemin de ronde, mais munies de pont* volants formés de poutrelles et de madriei's qui portent sur des corbeaux maçonnés dans les murs; en temps de siège, rien ne nous empêche de monter sur ces planchers, pour circuler et combattre s'il est besoin; et, d'autre part, enlevons les bois quand cela est à propos, et il nous suffira de laisser là une petite garde. Que les ennemis s'emparent, en effet, de ces courtines; ou bien ils battront en retraite faute de pouvoir sauter dans la ville, ou bien ils ne tarderont pas à y périr sous les projectiles de la défense.

6. — D'autres courtines, comme à Rhodes , sont formées d'une série de voûtes. Les chemins de ronde ont alors une largeur de sept coudées (10 pieds 1/2); en dessous sont des corps de garde de sept «clinai» de superficie 1 . Les piedsdroits auront dix coudées (15 pieds) en longueur et en largeur; les murs transversaux, la même longueur et trois coudées (4 pieds 1/2) d'épaisseur.

7. — Ce mode de construction des murs est économique. D'ailleurs, les parties qui ont dix coudées d'épaisseur n'ont rien à craindre des coups des lithoboles, et, si les projectiles endommagent celles qui n'ont que trois coudées, nous aurons bientôt fait de restaurer le corps de garde qui aura souffert.

1. M. Graux a établi que la clinè était, chez les anciens Grecs, une unité de surface rectangulaire valant 10 coudées carrées, ce qui représente la suptrficie d'un lit ordinaire de deux personnes (2 mètres sur t".25).

§ IV. — Construction des tours r embrasures, entrée, hauteur et parements des tours.

1. — Nous construirons de même aussi les tours, avec les pierres que nous avons spécifiées, engagées dans la muraille suivant le sens de leur longueur et placées dans du gypse, donnant aux murs une épaisseur de dix coudées (15 pieds) au moins, et ménageant dans les murs flanquants des embrasures larges à l'intérieur et à Textérieur, étroites au milieu, ayant la partie inférieure taillée en pente vers le dehors, afin que les assiégés ne soient point blessés et puissent, en avançant dans les embrasures le canal des machines, lancer les projectiles, soit des catapultes, soit des pétroboles, contre le point qu'ils veulent.

2. — Il faut que les embrasures, pour le tir des catapultes et des pétroboles, soient placées dans les murs des tours où Ton doit établir au rez-de-chaussée ses batteries; ainsi, que les tours de charpente soient approchées directement contre les courtines, ou bien qu'elles soient dirigées contre les tours qui font saillie, les tours se prêtant un mutuel appui au moyen des projectiles des pétroboles qui viennent des murs flanquants,... et des courtines dans lesquelles ont été faites les embrasures telles que nous l'avons indiqué , ainsi que des archères, les unes obliques, les autres droites , rétrécies à l'extérieur, de telle façon qu'on puisse blesser ceux qui s'approchent, briser les masques des mineurs qui sont avancés et les tours de l'attaque. Celles-ci (les archères directes ?)... sans éprouver aucun dommage; car nous leur ferons des volets recouverts de fer et maintenus des deux côtés par des traverses (?) y afin qu'ils ne soient pas brisés par les lithoboles. Et, quant aux archères obliques, il ne sera pas possible aux projectiles de l'assiégeant d'y pénétrer.

3. — Étant donné ce système de fortification, nous ferons les entrées des tours aussi grandes que possible et en forme de voûte, de manière à pouvoir facilement introduire les pétroboles et les déplacer au besoin.

4. — Les tours contre lesquelles l'ennemi pourra approcher des tours de charpente devront être hautes et solidement construites ; on ne donnera aux autres que l'élévation nécessaire pour qu'elles ne puissent être escaladées.

5. — En effet, celles qui sont trop élevées sont moins utiles, et elles s'écroulent plus vite sous les coups des pétroboles, ne pouvant résister à leur propre charge. Il faut donc plutôt s'occuper de faire les murs des tours plus épais, et employer à cela l'argent qu'on a économisé sur la hauteur.

6. — Dans toutes les courtines et les tours, aux endroits les plus exposés aux coups des lithoboles, on place des pierres à parement brut et taillées dans le sens de leur longueur; on y met aussi en saillie des pierres aussi dures que possible, dépassant d'une spithame (3/4 de pied) environ le parement du mur et espacées de telle façon que le projectile d'un talent ne puisse pénétrer dans l'intervalle : ainsi ces projectiles n'endommageront point les murs 1 .

7. — Les saillants, les inclinaisons, les courbures et les... de tous les remparts sont déterminés par la nature des lieux.

§ V. — Batteries de machines de tir.

Au pied des murs et des avant-murs, on construit, pour les machines les plus grandes et celles dont on a le plus, des batteries, les unes creusées dans le sol, les autres à fleur de terre ; ainsi on a du large, les artilleurs ne sont pas blessés et atteignent l'ennemi sans être vus eux-mêmes, et, lorsque l'assiégeant s'approche, les servants des catapultes ne deviennent point inutiles faute de pouvoir abaisser suffisamment leur tir.

§ VI. — Poternes.

1. — De plus, on ménage de nombreuses poternes dans les flancs pour faire facilement des sorties, et pour que les soldats, quand ils battent en retraite, ne soient pas obligés

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