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PROGRESSION DES TONS MINEURS

142. Nous n'avons présenté jusqu'ici la gamine diatonique que sous une seule forme, c'est-à-dire avec deux demi-tons placés, l'un du 3° au h" degré, et l'autre du 7' au S\

Cependant il y a, pour la gamme diatonique, une seconde manière d'être dans laquelle les demi-tons occupent d'autres positions. buQniiiou. 1Z|3. On appelle mode la maiiièro d'être de la gamme diatonique. Modo majeur llili. Il y a donc deux modes : l'un est qualifié de mcjeu7\ l'autre de modomineur mijieuv (nous vciTons tout à l'iicure la raison de ces expressions).

La gamme diatonique que nous avons étudiée est de mode majeur. C'est la plus nature We.

La gamme de mode mineur est un produit plus artificiel et moins régulier (1).

Consiiiutior i/js. Nqus savons Comment est formée l'échelle diatonique; trois accords

des modes. *

parfaits s'échelonnant par quintes justes en fournissent tous les sons.

Or, dans le mode majeur, chacun de ces trois accords parfaits constitutifs est majeur, c'est-à-dire composé d'une tierce majeure et d une quinte juste.

Les hois tnades conslitutives d'«; innjnir.

accord parf. iiiaj. «<^'^«''J P^^'"^- "^-«J- ^^^'''^ '^^'■'- °'^J '

'Tandis que dans le mode mineur, les accords parfaits conslilulifs sont ))lneurs, c'est-à-dire que le son qui forme la tierce de la note tonale est abaissée

(1) La gamme min.eure, tello juc nous la praliciuons, participe à ia fois da genre diatonique et du genre chromatique {§ 152), et si elle est appelée diatonique, c'est à cause de la prédominance du i;enre diatonique.

et ne donne avec celte note qu'une tierce mineure, les quintes restent justes (1).

EXEMPLE

Les trois triades constitutives à'vt mineur.

5le juste l\ n „,^ .

i=5Le-j.iste,^-^3,,.^^, .^^ -^=\-eL> zz^

accord p^arf. min. =»='^'^'''' P'"""'- "^"'- ^^'""'^ l^^''^ ""»

1Z|6. La nature de la tierce des notes tonales constitue donc celle du mode, et les notes qui produisent celte tierce sont appelées notes modales.

EXEMPLE

Ton d'uT.

moiic iiiajoiir mode mineur

^ f)-\\(i\f iTind. U-^-nole motl.

^ g-nolf modale -"^^ ^"ft^" .. k*ii"li- "loil.— " î|

A^nole tnndiilc -'*^-*^ note tonale — \i 4r^iote niod.—^^ jiote tonale — H

cS ; — : ; ^rS : — : -.

, , unie loiia'.e.

Voilà pourquoi les modes sont qualifiés, l'un de majeur, l'autre de mineur.

Ces deux formules donnent, la première, la -amme de mode majeur que nous connaissons.

et sur laquelle il est inutile de revenir; la seconde, la gamme mineure, que nous allons étudier.

\hl . Replaçons d'abord sous les yeux cette formule mineure :

Noies

(I) L'accord parfait est forme de deux tierces superposées. Dans raccord majeur, la première tierce est majeure et la seconde tierce mineure ; dans l'accord mineur, la première tierce est mineure etb seconde tierce majeure. Ce n'est donc qu'une transposilion d, ns 1 cnh.' il"? tis'iri'^.

Voici

Gamme de

mode mineur,

sans

alLérations accidentelles.

PRINCIPES DE LA MUSIQUE, gamme qui en résulterait :

Ton d'UT.

Cette gamme a deux demi-tons placés du 2' au 3" degré, et du 5' au 6'.

llxS. Dans cet état, la gamme mineure découle régulièrement de son principe, et elle est complètement diatonique. Mais on doit remarquer qu'elle est formée exactement des mêmes sons qui, dans le mode majeur, constituent une autre gamme (mi b majeur, par rapport à l'exemple ci-dessus).

Ce double rôle des mêmes sons pourrait donc parfois rendre la lonalitc équivoque, si un indice quelconque ne venait faire disparaître toute ambiguïté.

Note. sensible. 1 A9. Pour Cela, on a imaginé d'appliquer une altération ascendante au septième degré de la gamme mineure, de manière à le placera un demi-ton de la tonique. Altéré de la sorte, ce septième degré tend, dans son mouvement mélodique, à se porter sur la tonique (§§ 74 et 75) qu'il fait ainsi pressentir (1); c'est pourquoi il prend alors le nom de note aensible (§ l'23) (2).

Nota. ^ La note sensible, qui est artipcielle dans le mode mineur, entre diatoniquement dans le mode majeur,

150. Par suite de cette altération, la gamme mineure prend trois demitons placés du 2° au 3' degré, du 5^ au 6% et du 7^ au 8^

Gamme mineure avec note sen sible.

Ton d'Ut

note-

(1) Quand on étudiera l'harmonie, on reconnaîtra que celle tendance attractive résulte surtout des rapports harmoniques des sons. (Voyez Accord de septième de dominante, dans le Traité d'harmonie de Fétis, ou dans notre Cours complet d'Iiarmonie.)

(2) On verra ci-après (§ 173) qu'indépendamment de la signification qu'apporte la présence de la note sensible du ton mineur, le sens tonal de la phrase résulte encore de la manière dont sont (çroupés les sons qui la composent.

151. Il n'y a plus maintenant de confusion posable : c'est bien ici la

gamme cVîit, mode mineur; l'équivoque avec l'autre gamme a disparu (1).

Mais cet avantage n'est acquis qu'au moyen d'une opération qui a amené

dans la constitution de la gamme mineure une grave perturbation.

En effet, l'altération qui fournit la note sensible portant sur une des trois notes modales, la place en désaccord avec les deux autres, et brise l'uniformité des rapports qui relient entre eux les éléments du mode.

Éléments de la gamme mineure Eléments de la gamme mineure

éiat normal. avec note sensible.

Ton d'«T

\Les 3 triades mineure-

152. Il résulte de ce rapport contradictoire, de cette fausse relation, un intervalle défectueux dans la gamme (2), puisque, du sixième au septième degré, il faut compter maintenant une seconde augmentée, c'est-à-dire un intervalle formé d'un ton et d'un demi-ton chromatique, intervalle d'une intonation difficile, et dont la composition révèle d'ailleurs la présence d'une note chromatique ou étrangère à la tonalité. (N'oublions pas que le demi-ton chromatique a nécessairement une note chromatique, § 70.)

Celte note étrangère à la tonalité est précisément l'altération que nous avons introduite, d'où il suit que la gamme mineure avec note sensible joarticipe du genre chromatique.

153. Pour obvier à ce défaut, l'introduction d'un intervalle chromatique (la seconde augmentée) dans une gamme diatonique, et pour écarter la diffî-

(1) On remarquera que l'altération qui produit la note sensible détruit complètement tout sentiment de l'autre ton, car cette altération porte sur la note qui, dans cet autre ton, serait le 5"^ degré (la dominante, l'une des trois notes tonales, c'est-à-dire constitutives du ton).

Ton A' Ut,

mode mineur. ~^p[7

Tonde .Ifîb, 3^3= mode majeur. ^^^?-}?-

tonale tonale tonale

(2) Pour ne parler que des intervalles donnés par la succession conjointe.

cullé que présente à la vocalisation un tel intervalle, on apporte quelquefois

à la gamme mineure une autre modification dont nous allons parler.

La gamme doit être considérée sous deux aspects : comme gamme ascendante et comme gamme descendante. Or, nous avons vu, § 75, que les altérations ascendantes tendent à monter, et, comme nous venons de le faire remarquer, tel est le principe de la note sensible ; tandis que les altérations descendantes tendent à descendre.

Gamme Partant de là, pour éviter, dans la gamme mineure ascendante, la seconde

iuuure avec . ,-..,, i • . i ^ -i i

LUX altéra augmentée existant entre le sixième degré et le septième rendu note sensible.

"daniet''"' OH a pris le parti de placer une altération ascendante au sixième degré, comme on l'avait fait h l'égard du septième ; puis d'enlever ces deux altérations dans la gamme descendante, en lui restituant alors tous les sons qui constituent le mode dans son intégrité.

EXEMPLE

Ton d'uT.

Gamme ascendante. -^ Gamme descendante.

1/2 tr

\b!\. Comme l'indique cet exemple, il n'y a plus ici que deux demi-tons.

L'un de ces demi-tons est placé du 2* au 3' degré, dans la gamme ascendante comme dans la gamme descendante. Mais l'autre demi- ton change de position. En montant, il est placé du 7' au 8" degré; en descendant, du 6' au 5".

155. La gamme mineure construite de la sorte procède constamment par tons et par demi-tons diatoniques; elle offre donc une mélodie facile et [larfaitement vocale.

Les altérations ascendantes introduites dans la gamme montante en favorisent le mouvement mélodique, tandis que, par la suppression de ces altérations, la gamme descendante recouvre, avec sa régularité native, une tendance conforme à son mouvement.

Tels sont les avantages; voyons maintenant les inconvénients.

156. On remarquera d'abord que, dans la gamme ascendante, la constitution du mode est ici profondément altérée ; car, sur trois notes modales, une seule indique le mineur, les deux autres rentrant dans le majeur, en vertu des altérations dont elles sont affectées.

Ton à' m.

h» 1 majeur

'^- : |tj» ):niiinpiir— ^'^-^ ^^ — H

Sous ce rapport, le mal s'est tionc accru, el une telle gamme sera nécessairement mixte, son premier tétracorde donnant le mode mineur, et son second tétracorde, le mode majeur.

Si maintenant nous examinons la gamme descendante,

nous la trouvons entièrement conforme à son principe, mais retombant par là même (quoique d'une manière moins prononcée que cela aurait lieu pour la gamme ascendante) (1) dans l'équivoque que nous avons indiquée.

Mais il y a plus : si l'on oppose les sons de la garnir: ascendante à ceux de la gamme descendante, on voit se produire, non plus seulement un, mais deux demi-Ions chromatiques résultant des deux altérations étrangères à In constitution du mode.

EXEMPLE

157. Résumons. Aucune manière de faire la gamme mineure n'est irréprochable :

1° La gamme mineure dépourvue de note sensible, tant en montant qu'en descendani, présente une équivoque qui l'a fait rejeter (2).

2° La gamme mineure, avec une seule altération produisant la note sensible, donne lieu là l'intervaUe mélodique de seconde augmentée (3), et fait intervenir le genre chromatique dans une gamme diatonique.

(l)Dans la gamme doscendante, l'altération ascendante du 7*^ degré n'a plus de raison d'être, piiisGfiie ce degré ne va plus directement à la tonique, mais qu'il descend au 0"-' degré.

(2) Une telle gamme, qm', autrefois, constituait un des modes du plain-cliant, serait d'ailieiu's en dehors des lois de Tharmonie moderne. (Voyez notre Coun complet d'harmonie.)

(3) La seconde augmentée n'est pas le seul intervalle d'une intonation ditTicile qui résulte de l'introduction de cette altération dans le mode mineur : ainsi, sur la médiante, la nOte sensible forme l'intervalle de 5" augmentée, et celui de à'^ augmentée sur la sous-domimintc. 11 y n de plus les intervalles diminués, renversement de ceux-ci

Intervalles formés par les notes modales sur la tonique.

Notes modales réduites à deux.

Parallèle

entre les deux

modes.

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