Ce que c’est que penser
Par le mot de penser, j'entends tout ce qui se failu en nous de telle sorte que nous l’apercevons immédia-
J. Cette démonstration ne seim- | pas le corps par cette seule raison ble pas très rigoureuse. Qu'est-ce que nous connaissons la pensée ayant cue l'âme? une chose qui pense, de connaître le corps et d'une façon“ Que savons-nous jusqu'ici de celte plus certaine ? chose? rien, sinon qu'elle est 2. Remarquer cette définition de la pensante. Comment donc pouvons- pensée qu'il faut avoir présente à l’es=
nous affirmer que cette chose n’est prit chaque fois qu’on lit Descartes
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tement par nous-mêmes; c’est pourquoi non seulement . entendre, vouloir, imaginer, mais aussi sentir est la / même chose ici que penser. Car si je dis que je vois - ou que je marche, et que j'infère de là que je suis : si j'entends parler de l’action qui se fait avec mes yeux . Ou avec mes jambes, cette conclusion n’est pas telle- - | ment infaillible que je n’aie quelque sujet d'en douter, ” à cause qu'il se peut faire que je pense voir ou mar- …. cher, encore que je n’ouvre point les yeux et que je ne bouge de ma place; car cela m'arrive quelquefois en dormant, et le même pourrait peut-être w’arriver encore que je n’eusse point de corps : au lieu que si j'entends parler seulement de l’action de ma pensée ou du sentiment, c’est-à-dire de Ja connaissance qui est en moi, qui fait qu'il me semble que je vois ou que je. marche, cette même conclusion est si absolument vraie “que je n’en puis douter, à cause qu'elle se rapporte à lame, qui seule a la faculté de sentir ou bien de penser en quelque autre façon que ce soit.
BD. Qu'il y a des notions d’elles-mêmes si claires qu’on les obs= F curcit en les voulant définir à la façon de l’école, et qu’elles ne s’acquièrent point par l'étude, mais naissent
avec nous.
Je n’explique pas ici plusieurs autres (ermes dont
je me suis déjà servi et dont je fais état de me servir craprès; car je ne pense pas que, parmi ceux qui liront mes écrits, il s’en rencontre de si stupides qu'ils ne puissent entendre d'eux-mêmes ce que ces termes signilient. Outre que j'ai remarqué que les philosophes,
en tâchar.t d'expliquer par les règles de leur logiqué des choses qui sont manifestes d’elles-mêmes, n’ont rien fait que les obseurcir ‘; et lorsque j'ai dit que cette proposition : Je pense, donc je suis, est la pre= mière et la plus certaine qui se présente à celui qui conduit ses pensées par ordre, je n'ai pas pour cela nié qu'il ne fallüt savoir auparavant ce que c’est que
paled. des 4 dE
pensée, certitude, existence, et que pour penser il faut être, et autres choses semblables; mais, à cause que «
ce sont là des notions si simples que d'elles-mêmes. elles ne nous font avoir la connaissance d’aucune chose qui existe, je n’ai pas jugé qu’on en dût faire ici aucun dénombrement.
11. Comment nous pouvons plus clairement connaître notre ame que notre corps.
Or, afin de savoir comment la connaissance que nous avons de notre pensée précède celle que nous avons du corps, et qu'elle est incomparablement plus évidente, et telle, qu'encore qu'il ne fût point, nous aurions
raison de conclure qu’elle ne laisserait pas d’être tout «
ce qu'elle est, nous remarquerons qu’il est manifeste, par une lumière qui est naturellement en nos ames, que le néant n’a aucunes qualités ni propriétés qui lui appartiennent, et qu’où nous en apercevons quelques-= unes il se doit trouver nécessairement une chose ou
4. IL est donc inutile de chercher | est-elle ou n'est-elle pas évidente :
si le Je pense, donc je suis, est ou voilà quelle doit être toute la ques
n’est pas un syllogisme, La chose tion,
. substance dont elles dépendent {. Cette même lumière nous montre aussi que nous connaissons d'autant . mieux une chose ou substance, que nous remarquons en elle davantage de propriétés? : or il est certain
que nous en remarquons beaucoup plus en notre pensée qu'en aucune autre chose que ce puisse être? : d'autant qu'il n’y a rien qui nous fasse connaître quoi que ce soit, qui ne nous fasse encore plus certainement connaitre notre pensée. Par exemple, si je me
persuade qu’il y a une terre à cause que je la touche ou que je la vois : de cela même, par une raison encore plus forte, je dois être persuadé que ma pensée est ou existe, à cause qu'il se peut faire que je pense toucher la terre encore qu’il n’y ait peut-être aucune terre au monde; et qu'il n’est pas possible que moi, c’està-dire mon ame, ne soit rien pendant qu’elle a cette pensée : nous pouvons conclure le même de toutes les autres choses qui nous viennent en la pensée, à savoir
que nous, qui les pensons, existons, encore aw’elles q > q ;
soient peut-être fausses ou qu'elles n'aient aucune
existence,