‹ Principes de la théorie des richessesChapitre 10 sur 76 · DI' MÉCANISME ÉCONOMIQUE · texte numérisé non relu

DI' MÉCANISME ÉCONOMIQUE

ce puritanisme économique, qui n’aurait pas à invoquer des principes d’un ordre aussi élevé ou d’une autorité aussi grande que ceux sur lesquels se fondent les morales puritaines ou ascétiques: nous disons seulement que l’esprit conçoit très-bien la possibilité de supprimer les consommations improductives dans le propre sens du mot ; et que, si cet idéal ne peut-être, ni atteinl, ni même proposé, la seule notion que nous en avons montre que l’on a exagéré là distinction théorique des consommations productives et improductives, en qualifiant d’improductives beaucoup de consommations ou de dépenses qui ne méritent nullement d’être rangées dans celte catégorie.

De même que la force vive des mécaniciens peut disparaître, éteinte ou absorbée par des frottements, des collisions, des chocs, mais en développant d'autres forces naturelles, comme la chaleur, l’électricité, dans lesquelles une mécanique et une physique perfectionnées retrouvent des sources de force mécanique, laquelle était par conséquent plutôt dissimulée ou transformée que perdue, ainsi la valeur qui a semblé disparaître dans les consommations mal à propos qualifiées d’improductives, subsiste encore virtuellement ou à l’étal latent, alors qu’elle a servi à créer des aptitudes, à développer des forces physiques, intellectuelles, morales, individuelles, collectives, qui, plus lard, lorsqu'elles seront placées dans des circonstances propices, et convenablement sollicitées, régénéreront la valeur précédemment consommée, ou même l’accroîtront : à peu près comme cette masse de poudre qui produit, par l’explosion, plus de force mécanique qu’il n’en a fallu dépenser pour la fabrication de la poudre.

l)e ce quo nous concevons sans difficulté un ordre économique qui exclurait les consommations purement voluptuaires et de fantaisie, ou proprement improductives, il ne s’ensuit pas que nous puissions nettement définir l’ordre économique où serait tiré le plus grand parti possible des forces productrices dont l’homme dispose, c'est-à-dire assigner les conditions de l’optimisme économique : il y a là matière à des discussions à la fois très-subtiles et très-sérieuses que nous renvoyons à une autre partie du présent ouvrage, et qu’il serait prématuré d’agiter ici.

32. — Sacrifier une partie de la richesse actuelle à l’entretien, à la réparation, au déploiement, à l’excitation des forces productrices de la richesse, telle est(dans la mesure que le bon sens indique) la règle de conduite de l’individu pour lui-même, du père de famille pour ses enfants, des administrateurs et des gouvernants poulies peuples qu’il administrent et qu’ils gouvernent : ce qui ne leur interdit pas la faculté, ou ne les affranchit pas du devoir de sacrifier, quand il le faut, la fortune publique ou les fortunes particulières, pourd’aulres buts que celui d’entretenir ou de stimuler les forces productrices de la richesse. Un père dépense une notable partie de ses revenus, souvent môme une partie de son patrimoine pour donner de l’éducation et de l’instruction à ses enfants : il a raison aux yeux de l’économiste, s’il leur procure ainsi des talents qui les rendront plus riches que ne l’eût fait l’héritage qu’il pouvait leur laisser; il a raison encore aux yeux du moraliste, s’il leur ménage ainsi des jouissances intellectuelles et des consolations morales, préférables au revenu d’un héritage ou aux gains d’une profession lucrative. Un Gouvernement fait

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des frais pour encourager les beaux-arts : l’économisle n’y trouvera point à redire, si cela donne à la nation les moyens d’exceller dans la production des articles de goût et de réaliser par là des gains bien supérieurs à ce que coûte l’entretien des musées et des écoles; et quand même il serait démontré qu’on se trompe dans ce calcul intéressé, il ne faudrait pas écouter les avis de quelque Omar économiste, qui voudrait qu’on brûlât les musées ou plutôt qu’on les mit à l’encan. Le même Gouvernement fait des dépenses bien autrement considérables pour satisfaire à tout ce qu’exigent l’honneur et la sûreté du pays; il entretient de puissantes armées, il fait flotter sur toutes les mers le pavillon de sa marine, il commande des expéditions scientifiques : peut-être que, tout compte fait des chances diverses, l’économiste trouvera que ces armements, ces expéditions dispendieuses finissent par rapporter à la nation plus qu’elles ne lui coûtent; cependant la thèse contraire pourrait se soutenir et passer même à l’état de vérité démontrée, sans que cela décidât l'opinion publique à condamner des sacrifices faits dans l’intérêt de la gloire nationale ou pour l’avancement des sciences.

Là au contraire où il ne s’agit, ni de la gloire nationale, ni de la dignité de la nature humaine, les dépenses publiques comme les dépenses privées passent au creuset de l’économiste; et elles ne se justifient économiquement qu’autant qu’elles sont productives, d’une manière directe ou indirecte : par la production immédiate de valeurs nouvelles, ou par le développement d'aptitudes et de forces productrices qui doivent être ultérieurement des sources de richesse.

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