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Quand un produit ne vaut pas pour les besoins

de l'industrie (c’est-à-dire pour la création d’autres produits) au moins tout ce qu’il coûte à produire, il cesse d’être l’objet d’une production industrielle ou économique, ce qui n’empêche pas qu’il ne puisse encore être produit en vue d’une destination différente (par exemple en vue d’une consommation voluptuaire), et qu’il n’ait une valeur vénale ou commerciale, réglée sur ce qu’il coûte à produire. Les produits chimiques nous offrent un exemple bien sensible de cette distinction capitale. Beaucoup de produits de ce genre ne peuvent être obtenus à l’état de pureté, ou même impurs, sans des frais qui sont hors de proportion avec l’emploi économique que l’industrie pourrait en faire. Cependant on les fabrique, et ils trouvent un débit restreint pour les besoins des cours publies, des laboratoires, pour la satisfaction des étudiants, desamateurs et des curieux : en attendant que quelque progrès des arts chimiques en abaisse le prix de revient jusqu’au point d’en permettre la consommation dans un but industriel ou économique. Or, si l’on cherche à se rendre compte de ce qui détermine ainsi la condition d’une production économique, on arrive nécessairement à l'idée d’une certaine équivalence économique ou industrielle. Si un. industriel emploie indifféremment m unités de la denrée A ou n unités de la denrée B, parce qu’il obtient ainsi le même produit, moyennant la même dépense, on est bien fondé à dire que m unités A sont l’équivalent économique de n unités B; et les prix de chaque unité seront précisément en raison de leur valeur économique. Si le rapport du prix était autre, l’équivalence, quant à la force productrice, subsisterait toujours : seulement il faudrait que l’un des modes de production fût provisoirement délaissé par l’indus-

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trie, ou exclu du cercle de la production économique.

Les physiciens sont en ce moment occupés de dresser une table de leurs équivalents ; les chimistes sont depuis plus longtemps en possession d’une table des équivalents chimiques : il est naturel d’espérer qu’on aura un jour une table des équivalents économiques ou industriels, sauf à la retoucher de temps en temps pour la mettre en rapport avec les progrès des sciences et de l’industrie. Un essai en ce genre, quoique très-imparfait, serait dès à présent utile, mais nous n’avons point la prétention de l’entreprendre : nous nous contenions d’indiquer'le but, ce qui (nous l’avouons de lionne grâce) est beaucoup plus aisé.

Les chimistes ont construit leur table d’équivalents, d’abord en comparant à une certaine substance chimique A d’autres substances B, Ç, D, ... qui lui sont directement comparables, puis en comparant avec unede cellesci (C par exemple) d’autres substances II, I, K,... que l’on ne pourrait pas directement comparer avec A ou B, et ainsi de suite. Il en serait de même pour l’équivalence économique ou industrielle. Le bois est comparable à la houille, par la quantité de chaleur qu’il développe dans la combustion et parla quantité de force mécanique que cette chaleur peut développer, ou mieux encore par la fraction des quantités développées que l’on peut utiliser économiquement : pendant que, par les services qu’il rend dans les constructions, il est comparable à la fonte, au fer forgé, à la pierre de taille, que l’on ne saurait comment mettre en comparaison directe avec la houille.

34. — Le tableau des prix ou des valeurs commerciales ne lient paslieud- une labledes équivalents économiques, puisqu’il comprend évidemment une foule d’articles

exclusivement destinés à la consommation volupluaire ou improductive, ou qui n’ont pas de valeur économique dans le sens expliqué ci-dessus, et d’autres pour lesquels lu valeur commerciale se complique d’éléments étrangers à la théorie de la production économique. Il y a surtout dans les prix du commerce une cause de variations d’une localité à l’autre, cause étrangère aux données absolues de la science, valables pour tous les temps et pour tous les lieux : ce sont les frais de transport. On aura beau trouver dans une table les équivalents économiques du bois et de la bouille : les industries placées au centre d’un bassin houiller ne feront pas venir le bois de loin et à grands frais, pas plus que l’on ne songera à faire marcher à la bouille l’établissement entouré de grandes forêts et éloigné des gîtes houiilers. Cependant, plus l’industrie se développe, plus les voies de communication et les procédés du commerce se perfectionnent, plus les valeurs commerciales sont maîtrisées par ces données scientifiques et numériques, par celte table d’équivalents économiques, dont nous tâchons d’indiquer et de faire saisir le principe de construction. La notion des équivalents économiques est ce qu’il y a de vrai dans l’idée d’un prix naturel que beaucoup d’économistes ont mise en avant, mais sans être parvenus, ce nous semble, à la débrouiller. Tel est pourtant l’état de nos connaissances, que nous devrons le plus souvent, dans la suite de cet ouvrage, nous fonder sur l’idée de la valeur commerciale des choses, sauf à rappeler, quand l’occasion s’en présentera, l’idée des équivalents économiques.

Le travail purement mécanique de l’homme est comparable à celui d’une machine à vapeur que la houille

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ou le bois alimentent; et il l’est de môme à celui d’une chute d’eau, quoiqu’on ne puisse pas déplacer la chute d’eau comme une machine à vapeur. Toute la force mécanique développée par la chute d’eau ne saurait être utilisée par des procédés économiques; mais la partie susceptible d’èlre économiquement employée est l’équivalent économique d’une certaine quantité de bouille, d’un certain nombre de journées de travail. Nous ne disons pas que cette liaison suffise pour déterminer complètement le rapport entre ce que l’on paye pour la journée de travail et ce que l’on paye pour avoir l’usage de la chute d’eau : nous disons qu’elle exerce sur la fixation de ce rapport une influence principale et finalement maîtresse ou prépondérante. La solidarité se manifestera diversement selon les circonstances : tantôt le prix de la journée de travail déterminant le prix de l’usage de la chute d’eau, et tantôt le prix de l’usage de la chute d’eau entraînant dans ses variations le prix de la journée de travail. Nous aurons plus loin à étudier ces circonstances et leur mode d’influence.

I.a doctrine des équivalents économiques s’applique encore bien certainement aux denrées qui sont la base do l’alimentation des classes ouvrières, c’est-à-dire de la très-grande partie de la population. Que certains aliments flattent plus ou moins les goûts et que la consommation qu’en font les populations ouvrières puisse, dans une certaine mesure, passer pour une consommation improductive ou voluptuaire, ce n'est là qu’un fait accessoire : leur vertu réparatrice des forces vitales de l'homme est leur qualité principale et essentielle qui doit influer principalement sur la consommation qui s’en fait en grand, et qui doit à la longue maîtriser

les rapports de leurs valeurs commerciales, à mesure que s’atténuent les causes accessoires qui influent suites valeurs commerciales, et notamment les frais de transport.

55. — Evidemment le travail de l’homme est un élément de la valeur des choses : soit que l’homme intervienne comme agent mécanique et quasi-aveugle, soit qu’il déploie dans son travail les éminentes qualités de son être intellectuel et moral, en s’asservissanl de plus en plus les forces de la Nature. Evidemment aussi il faut une étotfe sur laquelle le travail opère et à laquelle s’attache, comme à un soutien palpable, la valeur qui vient du travail ou de telle autre source que ce soit. Les richesses immatérielles elles-mêmes (19) ne représentent généralement qu’une part à prélever dans les richesses matérielles. De là le germe de deux théories extrêmes : l’uue qui veut que toute valeur provienne (directement ou indirectement) du travail ; l’autre qui prétend (ou plutôt qui a prétendu, car c’est une théorie passée de mode) que le travail humain ne produit de valeur qu'à condition d’en consommer autant pour l’entretien du travailleur; de sorte que, tout balancé, il n’y a d’accroissement net de richesse que celui qui est tiré de la terre (comme disait l'école physiocratique du dix-huitième siècle) ou delà matrice commune de toutes les substances matérielles sur lesquelles l’homme peut avoir prise. Nous retrouvons donc ici ce conflit entre l’idée de la force et l’idée de la matière, qui est au fond de toutes nos théories physiques mais

1 Traite <le l'enchaînement des idées fondamentales, livre II, chap. 9.

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heureusement, sur ce terrain, le procès n’est pas de ceux que la raison ne saurait définitivement vider; car il s’agit d’un ordre de choses dont l’homme est lui-même le commencement et la fin, et de faits qu’il peut, par conséquent, complètement instruire et juger.

3G. — D’abord, la doctrine de l’école physiocralique, tout erronée qu’elle était dans ses applications, se fondait sur un principe dont on n’a pas suffisamment remarqué la justesse et l’importance. Prenons un exemple auquel les physiocrates n’ont pas songé. Supposons une mine de houille exploitée à l’aide d’une machine à vapeur, qui tire de la mine même le combustible nécessaire à son alimentation. Non-seulement elle sert à ramener la houille du fond du puits à la surface du sol, ce qui est la plus grande cause de dépense de force mécanique, mais encore on s’est arrangé (nous l’admettons ainsi pour la netteté de l’exemple) de manière à faire exécuter par la machine tous les autres gros travaux et à réduire la main-d’œuvre à rien, ou à presque rien. Si maintenant il arrivait que la machine ainsi montée consommât pour son entretien autant de charbon, ou presque autant de charbon qu’elle en peut ramener à la surface du sol, il est clair qu’il faudrait démonter la machine, combler le puits et abandonner les travaux; mais, au contraire, la bénigne Nature a voulu qu’il y eût des couches de houille assez puissantes et assez peu profondes pour qu’une machine à vapeur, installée comme nous le supposons, ramenât à la surface du sol et mit à la disposition de l’homme, pour l’organisation de son industrie et la satisfaction de ses besoins, bien plus de combustible qu'elle n’en consomme en fonctionnant. En conséquence, et cjuel que

puisse èlre d’ailleurs le prix vénal de la houille (selon les besoins des hommes et les moyens d’acquisition dont ils disposent), l'appareil en question jouit de la propriété de régénérer, au point de vue de l’économiste, plus de combustible ou plus de force mécanique qu’il n’eu consomme : tandis qu'au point de vue du mécanicien ou de l’ingénieur, la transmission, la conversion de la force mécanique (29b à l’aidedu mécanisme le plus perfectionné, n’a jamais lieu sans déchet. Il faut rectifier ou compléter en ce sens la comparaison présentée en tête de ce chapitre. C’est l’effet d’une libéralité de la Nature, dont les hommes profitent et dont profite plus particulièrement, selon nos institutions sociales, le propriétaire de la mine de houille, tant que la mine n’est pas épuisée.

37. — De même pour la culture de la terre. Si la terre cultivée ne rapportait que ce qui est strictement nécessaire pour la nourriture des ouvriers qui la cultivent, le phénomène de la richesse, et qui plus est, le phénomène de la .civilisation nous serait inconnu. L’invention de l’agriculture n'aurait pas tiré l’homme do la condition du sauvage à qui sa chasse ou sa pèche fournissent juste de quoi se nourrir chétivement, lui et sa famille. Le produit net de la terre (dans lequel on comprendra, si l’on veut, le produit net de l’élève des troupeaux) a été la condition préliminaire et indispensable du développement de toute industrie, de la culture de toutes les facultés de l’homme. En cela les physiocrates avaient parfaitement raison; et il faut bénir la disposition providentielle à laquelle l’homme doit ce bienfait (sans lequel le don de l’intelligence eût été inutile), en même temps que l’intelligence requise pour

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