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en profiter. Voilà ce que l’antiquité exprimait à sa manière, en divinisant les puissances fécondantes de la Nalure, en même temps qu’elle rangeait parmi les demidieux les personnages, réels ou mythiques, de qui le genre humain était censé tenir l’art de mettre à profit la fécondité de la Nalure (28).
Il ne fallait cependant pas que le point de départ fit oublier tout le reste; que la puissance économique de la terre cultivable fit oublier celle de tous les autres agents naturels, ni celle de l’homme lui-même, en tant qu’il associe ses forces physiques et intellectuelles aux forces de la Nature. L’école physiocratique est tombée dans cet excès, et par conséquent dans celte erreur, qui ne pouvait pas être de longue durée. Lorsque l’homme transporte le guano d’un îlot du grand Océan dans un coin de la Grande-Bretagne ou de la France, où il accroît la puissance productive du sol, comme lorsqu’il transporte des balles de coton des contrées tropicales où on le récolte dans les pays plus industrieux dont il alimente les manufactures, l’homme ajoute beaucoup à la valeur du guano et du coton ; il crée en réalité de la valeur, aussi bien que s’il cultivait la terre; et il la crée en mettant à profit la force mécanique des vents, des courants marins, forces inépuisables et non susceptibles d’appropriation; ou bien (puisque c’est une loi du monde physique, qu’une consommation de substance équivaut à une dépense de force), il trouve plus d’avantage à consommer, tant qu’il en a à sa disposition, des substances qui s’épuisent cl qui se payent, comme la houille. Allons plus loin, et supposons un perfectionnement industriel qui ne porte pas sur un meilleur emploi des ressources et des forces naturelles,
mais seulement sur un meilleur emploi, sur une meilleure organisation du travail humain : pourquoi ce perfectionnement aurait-il moins que d’autres la propriété de donner un produit net, de créer de la valeur? Parce que, disaient lesphysioerales, la concurrence des ouvriers (résultant de l’instinct qui les pousse à se multiplier) rabaissera toujours les salaires au minimum nécessaire pour la subsistance de l’ouvrier, et que, d’autre part, la concurrence des entrepreneurs réduira le prix de l'article fabriqué, en conséquence de la réduction de dépense qui est une suite de la réduction de travail, si le salaire ne change pas. Mais, à supposer qu’un tel résullat se produise effectivement dans certaines conditions économiques, subordonnées elles-mêmes à certaines institutions de la société, on ne voit pas de raison pour qu'il se produise nécessairement et dans tous les cas. Lors même que tel devrait être le résullat habituel de la constitution des sociétés humaines, il ne faudrait pas mettre cette loi sur la ligne de celles qui tiennent à un plan général de la Nature, bien antérieur et bien supérieur en importance aux causes qui impriment à nos sociétés humaines des formes si changeantes.
38. — Les produits spontanés de la terre, comme le bois et le foin, n’ont surplace aucune valeur commerciale dans des pays où l’on ne sait qu’en faire, et la terre qui les produit n’en a pas davantage. Que des centres de population et d’industrie viennent à s’y former, et les forêts, les prairies situées dans le voisinage acquerront de la valeur, attendu que celui qui peut y récolter du bois et du foin, évite la dépense de travail imposée à ceux qui sont obligés d’aller quérir. le bois et le foin à de plus grandes distances. Nous reviendrons
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bientôt sur ce sujet en parlant de la rmte. Or, les physiocrates assimilaient la terre qui produit sans culture du bois ou du foin à un ouvrier qui travaille seul, à sa manière et gratuitement, pour le compte du propriétaire, et la terre qui, moyennant culture, produit du froment ou de la luzerne, à un ouvrier qui travaillerait gratuitement, de compagnie avec d’autres ouvriers payés. Toutefois, cette idée d’un travail gratuit de la Nature, sans la participation ou avec la participation du travail de l’homme, est inutile à l’explication du phénomène économique. On paye la faculté d'user d’une carrière, d’une mine, comme on paye celle d’user d une forêt, d’une prairie, d’une terre cultivable, parce qu’on trouve plus d’avantage à la payer qu’à importer le minerai, la pierre, le bois, le foin, le froment, la luzerne, des contrées lointaines où l’on trouverait à exploiter des mines, des carrières, des forêts, des prairies, des terres, sous aucune redevance. Cependant, personne ne songerait à faire intervenir dans l’explication le travail auquel la Nature s’est livrée, il y a quelques milliers de siècles, quand les bancs de calcaire se déposaient au sein des eaux, quand le métal en fusion était injecté à travers les fissures de l’écorce terrestre, ou quand des dislocations postérieures relevaient les couches pour les rendre plus tard accessibles à nos exploitations.
Le seul laps de temps (qui ne représente point un travail, quoiqu'il soit une condition essentielle de tous les phénomènes, et par conséquent du travail de la Nature comme de celui de l’homme) devient, dans le système économique, l’un des éléments essentiels de la valeur, des choses. Des vins de bonne qualité gagnent
beaucoup en vieillissant, mais pour que le propriétaire qui les a récoltés, ou, à son défaut, d’autres spéculateurs se décident à les garder en cave pendant nombre d’années, il ne suffit pas qu’ils se remboursent des déchets et des avaries, des frais de garde et de manutention. Comme ils auraient pu en employer la valeur, de manière à en tirer un travail de production profitable, il faut qu’ils retrouvent une compensation de cet avantage dans le prix de vente des vins conservés. Il est vrai que l’on peut voir un travail de la Nature dans les réactions chimiques à l’aide desquelles s’accomplit, avec le temps, l’amélioration du vin : mais, lorsque le navire chargé attend dans un port de relâche le retour de la mousson, la Nature ne travaille d'aucune façon pour l’awnateur ; et néanmoins il faut que l’armateur tienne compte du temps pendant lequel sont restées inactives des valeurs auxquelles, dans une autre industrie, il aurait pu imprimer dans le môme temps une activité productive. De môme pour les écus qu’une Banque de circulation lient renfermés dans ses coffres, et qui composent sa réserve.
59. — Par ce qui précède, nous avons suffisamment combattu l’excès opposé à celui par lequel péchaient les phvsiocrates, à savoir l’excès qui consiste à voir dans le travail de l’homme la source unique de la valeur. On imaginerait un système d’institutions civiles dans lequel la chute d’eau dont nous parlions tout à l'heure serait prêtée gratuitement au manufacturier, que l’on n’empècherail pas la valeur de ses produits de s'élever sur le marché au niveau de la valeur des produits similaires, nécessaires pour compléter l’approvisionnement du marché, et dont les producteurs n’ont pas à