‹ Principes de la théorie des richessesChapitre 13 sur 76 · DU MÉCANISME ÉCONOMIQUE · texte numérisé non relu

DU MÉCANISME ÉCONOMIQUE

leur disposition la même ressource naturelle. Donc, la valeur du service rendu par la chute d’eau se retrouvera nécessairement dans la valeur du produit, et ce surcroît de valeur ne proviendra pas d’un travail humain. Dans cette discussion, l’on s’occupe trop exclusivement de la terre cultivable qui a pu exiger effectivement une grande dépense de travail humain pour passe? à l’état de terre cultivable : la chute d’eau n’est pas dans ce cas; et il suffit d’un coup de sonde qui a révélé l’existence d’une couche de houille à une médiocre profondeur, pour donner une grande valeur à la propriété du sous-sol , sans qu’il y ait aucune proportion entre cette augmentation de valeur et la valeur du travail de l’opération du sondage.

Au point où en sont arrivées nos vieilles sociétés, il deviendrait fort difficile, et en tout cas fort peu utile de démêler dans la richesse acquise la part qui revient au don gratuit de la Nature et la part qui revient au travail do l’homme. Les terres ont été défrichées, amendées, assainies, encloses, traversées par des chemins; les eaux ont été dirigées, endiguées, aménagées; on a pratiqué des puits, des galeries pour l'exploitation des richesses fossiles. On dirait des couches d’alluvion (d’une puissance variable selon les accidents du terrain), lesquelles, détrempées par les sueurs des générations successives, sont venues successivement se déposer sur le sol primitif de la Nature vierge et en changer le relief. Qu’importe à ceux qui possèdent actuellement les fonds productifs ou les instruments du travail, et qu’importe à ceux qui exploitent les uns ou se servent des autres, que la Nature en ait originairement fait les frais, ou que des bras depuis longtemps glacés les aient

péniblement amassés ou construits? D’un côté les richesses acquises, étoffes, forces ou organes de la production; de l’autre le travail, l’intelligence de l’homme qui actuellement en disposent et les mettent en œuvre : voilà la grande dualité économique, les deux principes efficients dont le concours et l’antagonisme préoccu • pent la génération présente , et feront peut-être encore plus le souci des générations à venir. Sans admettre la possibilité d’une abolition de la propriété, on ne peut méconnaître la tendance des mœurs et des institutions à réduire de plus en plus la part qui revient aux possesseurs de la richesse acquise, pour augmenter d'autant celle qui reste aux travailleurs de tout ordre. On remanie dans ce sens les tarifs d’impôts et les tarifs de douanes. On augmente toujours les charges de la propriété et on lui demande toujours davantage ,à titre de contribution volontaire, tandis que les gens qui travaillent, depuis l’ouvrier en blouse jusqu'au banquier qui brasse les millions, voient leurs salaires s’augmenter et leurs profits s’accroître. Nous reviendrons, bien entendu, sur ce grave sujet : ce qu’il importe surtout de remarquer ici, c'est que les charges de la propriété, en amoindrissant le revenu du propriétaire, n’amoindrissent point la part pour laquelle la richesse acquise entre dans la constitution de la valeur des choses actuellement produites, part indépendante de la nature du régime auquel la propriété est soumise par les institutions civiles.

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