CHAPITRE VI
55. — Nous avons déjà distingué, dans la valeur d’un article livré au commerce, la part qui représente les salaires des travailleurs, la part qui représente l’intérêt du capital : mais ces distinctions et d’autres qu’il faudra faire pour la pleine intelligence du mécanisme économique n’intéressent que fort peu l’acheteur ou le Consommateur. Le besoin qu'il a de la chose, le prix d’achat mis en regard des moyens pécuniaires dont il dispose, voilà ce qui le louche, voilà ce qui le décidera à acheter ou à s'abstenir, et ce qui par suite influera sur les salaires des travailleurs, sur l’inlérêl des capitaux, de manière à maintenir l’équilibre signalé, ou à en provoquer la rupture pour donner lieu à un équilibre nouveau (45).
Le prix règle la consommation ou, comme on dit, la demande, et à son tour la demande règle la production. Si cet ordre est renversé, et qu’un article ait été imprudemment produit au delà de ce que réclame lu consommation régulière, ou que le détenteur de l’article ait besoin d’en accélérer ou d’en forcer le débit, il faut bien que la marchandise s 'offre et par conséquent s’avilisse passagèrement ou accidentellement, jusqu’à ce que la baisse de prix détermine à acheter toute la quantité offerte ; mais, la théorie n’a point à s’occuper de ces cas anormaux, de ces perturbations passagères.
D’ailleurs, quand les auteurs ont dil (d’une voix si unanime) que le prix est en raison inverse de la quantilé offerte, ils ont énoncé une vérité triviale s’ils ont seulement voulu dire que l’offre avilit la marchandise, et un théorème manifestement faux, s’ils ont pris ces mots de raison inverse dans le sens précis qu’on leur donne en mathématiques. Il faudrait donc qu’un marchand gêné dans ses affaires ou pressé de liquider, et qui veut écouler en huit jours ses marchandises, fît varier ses prix du simple au décuple, selon qu’il aurait dix mille ou seulement mille articles du même genre à écouler, ce qui est visiblement absurde.
Etquand lesauteursajoulent, avec la mèmeunan imité, que le prix este» raison directe de la quantité demandée, ils disent une chose plus visiblement encore fausse ou dépourvue de sens : fausse, si l’on veut dire que le prix doublera ou triplera quand la quantité se débitera effectivement en quantité double ou triple ; dépourvu de sens, si l’on n’entend par demande qu’un désir vague d’acheter la chose au cas qu’on puisse l’avoir à très-bon marché, ce qui conduit dansles encans tant de gens qui n’achètent pas. En thèse générale, la consommation, la vraie demande, se subordonne au prix et non le prix à la demande. Le contraire n’a lieu que dans des cas de peu d’importance, comme lorsque des amateurs se disputent dans un encan des tableaux ou d’autres raretés : et alors même un arithméticienne sera sans doute pas tenté de dire que le prix d’adjudication varie en raison directe du nombre des amateurs, quoiqu’il soit visible que le prix d’adjudication croîtra avec le nombre et l’empressement des amateurs. Donc, de quelque côté qu’on envisage la prétendue formule, elle n’offre
qu'un sens faux ou l’absence de (ont sens intelligible. Aussi ceux qui se sont accordés à la mettre en avant se sont-ils pareillement accordés à n’en faire aucun usage.
54. — En général, la demande d’un article doit augmenter quand le prix s’abaisse. Cependant il y a des articles d’ostentation qui ne sont recherchés qu’en raison du haut prix où leur rareté les maintient. Si l’on parvenait à opérer à peu de frais la cristallisation du carbone et à livrer pour un franc le diamant qui en vaut mille aujourd’hui, il n’y aurait lien d’étonnant à ce que le diamant cessât de servir aux parures : et comme il a peu d’autres usages, à peine pourrait-il compter parmi les objets de commerce. Dans ce cas, une baisse énorme de prix anéantirait presque la demande. Toutefois, les articles de cette sorte ont une si médiocre importance dans l’économie générale, que l’on peut se dispenser d’avoir égard à la restriction dont nous parlons.
D’ailleurs il ne s’agit, ni en théorie, ni en pratique, de ces cas extrêmes qui tiennent à une révolution radicale dans les conditions de la production d’un article. Lorsque de telles révolutions surviennent, il faut avoir la patience d’en attendre les résultats, et l’on se moquerait de celui qui voudrait les assignera l’avance. Or, ces cas extrêmes mis à part, le principe invoqué continue d’avoir son application, même pour des articles d’espèce aussi singulière que le diamant. Si la découverte de nouveaux gîtes abaisse à sept cents francs le prix du diamant qui en vaut mille aujourd’hui, et si le prix de toutes les parures en diamant baisse en proportion, celui à qui sa fortune permet de mettre pour vingt mille francs de diamants dans une corbeille de mariage, en mettra une plus grande quantité, de sorte
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que la demande de diamants, évaluée en karats ou en grammes, sera plus considérable qu’auparavant. Si l’acheteur (comme c’est assez l’ordinaire) a plutôt en vue la valeur du cadeau qu’il compte faire, que sa spécification matérielle, sa commande au joaillier sera encore de vingt mille francs; et si le commun des acheteurs est mû par les mêmes considérations, on tombera sur le cas où la demande varie précisément en raison inverse du prix, selon la rigueur mathématique des termes, bien loin de varier en raison directe , comme dans la formule rebattue dont nous n’avons pu nous dispenser de faire la critique. On verra par la suite que l’hypothèse qui vient d’être faite pour le diamant est justement celle qui se réalise pour les métaux précieux employés à la fabrication des monnaies.
Pour la plupart des articles dont le gros des consommateurs peutà la rigueur se passer, mais qu'il recherche avec empressement dès que la modération du prix lui permet d’y atteindre, on observe que la consommation ou la demande effective varie beaucoup plus rapidement que suivant la raison inverse du prix. Tel est le cas pour les denrées alibiles qui nous viennent des régions tropicales, comme le sucre, le café, le thé. Bien des gens voulaient qu’il en fut de même pour le sel : l’expérience a fait voir qu’ils s’étaient trompés. Kn fait d’articles manufacturés, on peut citer les tissus, qui ont valu au colon le litre de roi du système économique. D’autres fois, au contraire, la variation de la demande est moins rapide que si elle suivait la raison inverse du prix : ce qui parait s’appliquer également aux choses les plus nécessaires et à celles dont on peut le plus aisément se passer. Le prix des violons, celui
des lunettes astronomiques baisseraient de moitié, que probablement la demande ne doublerait pas : car eette demande est déterminée parle nombre de ceux qui culli vent l’art ou la science pour lesquels ces instruments sont employés; qui ont les dispositions requises, le loisir de les cultiver, les moyens de payer les maîtres et de faire les autres dépenses nécessaires, à la suite desquelles le prix des instruments né ligure souvent que comme un faible accessoire. Le bois de chauffage, qui est au contraire une denrée des plus généralement utiles, pourrait doubler de prix, probablement bien avant que la consommation annuelle du bois n’eût été réduite de moitié : un grand nombre de consommateurs étant disposés à retrancher sur leurs autres dépenses plutôt que de se passer de bois.
55. — On doit admettre que la liaison entre le prix et la demande est telle que, quand le prix change tant soit peu, la demande ne passe pas brusquement d’un chiffre à un autre, sans passer dans l’intervalle par les chiffres intermédiaires. Voilà ce qu’on exprime en langage mathématique, en disant que la demande est une fonction du prix, et une fonction soumise ri la loi de continuité. Il en pourrait être autrement, si le nombre des consommateurs restait fort restreint : ainsi, dans tel ménage, on pourra consommer précisément la môme quantité de bois de chauffage, que le bois soit à dix francs ou à quinze francs le stère; et l’on pourra faire, comme on dit, une réforme, de manière à réduire brusquement la consommation de bois, si le prix du stère vient à franchir cette dernière limite. Mais, plus le marché s’étendra, plus les combinaisons des fortunes, des besoins et môme des caprices offriront de
os
diversité parmi les consommateurs, plus on se rapprochera de l’hypothèse théorique où le prix et la demande varieraient ensemble d’une manière continue (9). Si petite que soit la hausse de prix, il se trouvera des consommateurs sur qui elle agira co nme la goutle d’eau qui fait déborder le vase, en les déterminant à s'imposer certaines privations, ou à réduire leurs exploitations industrielles, ou à substituer une autre denrée à la denrée renchérie, par exemple la houille au bois, ou la tourbe à la houille. C’est ainsi que le thermomètre de la Bourse (comme on l’appelle souvent) accuse, par de très-petites variations des cours, les variations les plus fugaces dans l’appréciation des chances auxquelles les fonds publics sont sujets, variations qui ne sont point une raison suffisante de vendre ni d’acheter, pour la plupart de ceux qui ont leur fortune engagée dans les fonds publics. La loi de la mortalité et toutes les lois du même genre nous offrent pareillement l’exemple d’une continuité qui n’est admissible qu’à la faveur do la grandeur des nombres et de la multiplicité presque infinie des combinaisons que la statistique embrasse.
Dès que la continuité est admise, il en faut admettre la conséquence immédiate, sur laquelle reposent tant d’applications importantes du calcul : à savoir que les variations de demande resleront sensiblement proportionelles aux variations de prix, tant que celles-ci resteront tres-petites. Bien entendu que les variations auront lieu en sens contraires pour la demande et pour le prix, de sorte qu’à une augmentation de prix correspondra une diminution de demande, et réciproquement.
Ne perdons pas de vue que le principe énoncé peut
à la rigueur admettre des exceptions pour quelques cas singuliers, comme il y a des lignes qui, bien que continues dans l’ensemble de leur cours, éprouvent en quelques points des ruptures ou des solutions de continuité. Mais, de même que le frottement use les aspérités et adoucit les contours, ainsi la triture du commerce tend à supprimer ces cas exceptionnels, en même temps que le mécanisme commercial modère les variations dans les prix, et tend à les renfermer dans des limites compatibles avec l'application du principe.
56. — Il en est de la liaison entre le prix et la demande d’un article comme de tant d’autres liaisons qui ne peuvent pas s’exprimer par une formule mathématique : exemples la loi île mortalité, et toutes celles dont la détermination rentre dans le domaine de la statistique ou de ce que l’on a appelé aussi V arithmétique sociale (\G ). Lorsque la loi d’un phénomène comporte une expression mathématique, comme cela a lieu pour les mouvements astronomiques, il suffit de quelques expériences ou observations bien choisies pour constater la loi, après quoi la formule mathématique qui en est l’expression pourra servir à calculer des tables propres à représenter toutes les phases ou toutes les particularités du phénomène : tandis que, en l’absence de loi mathématique, il faut recourir à l’expérience ou à l’observation pour fixer directement tous les nombres de la table, que l’on nomme à cause de cela table empirique. Ainsi, la loi de mortalité n’a pour expression qu’une table construite de cette manière et nommée table de mortalité. Ce serait pareillement à l’observation de fournir les moyens de dresser, entre des limites convenables, pour tel article que l’on voudrait considé-
LIVIUS I. — CHAPITlUi VI.
rer, une table des valeurs corrélatives du prix et de la demande; mais il faudra bien du temps avant que l’on ne puisse construire et employer avec confiance dépareilles tables (même en se bornanlà un petit nombre d’articles ou de denrées), à cause de la difficulté de se procurer des documents exacts et concluants, en assez grand nombre pour compenser les irrégularités accidentelles.
En effet, représentons-nous bien ce qu’il faut entendre par la loi de la demande. Elle lient essentiellement au chiffre de la population, au mode de répartition de la richesse, à l’aisance, aux goûts, aux habitudes des populations qui consomment, à la multiplication des débouchés, à l’extension du marché par suite de la facilité des transports. Toutes ces conditions relatives à la demande restant les mêmes, si nous supposons que les conditions de la production viennent à changer, que les frais s’élèvent ou se réduisent, que des monopoles soient resserrés ou supprimés, que des taxes soient aggravées ou allégées, que la concurrence de l’étranger soit prohibée ou admise, les prix varieront, et les variations correspondantes de la demande, pourvu qu’elles soient bien relevées, pourront servir à la construction de nos tables empiriques. Si , au contraire, les prix changent parce que la loi de la demande a elle-même changé, par suite du changement des causes qui influent non plus sur la production, mais sur la consommation, la construction de nos tables sera rendue impossible, puisqu’elles doivent exprimer comment la demande change en vertu du changement de prix, et non en vertu d’autres causes. Et, lors même que les observations seraient provoquées par.des changements survenus dans les conditions de la production, il y au -
rail encore lieu de craindre que la loi de la demande n’eût elle-même varié dans le cours d’observations assez distantes, et dans un pays dont le système économique n’est point encore arrivé à un état sensiblement stationnaire. Ce sont des obstacles du même genre qui rendent si difficile la détermination exacte de la loi de mortalité, ou la construction d’une table, propre (de l’aveu de tous les juges compétents) à donner exactement la proportion des survivants, pour chaque âge inscrit dans la table.
Par exemple, lorsque le Gouvernement français a élevé dernièrement de 8 fr. à 10 fr. le prix du kilogramme de tabac, la consommation du tabac est restée, dans la durée de l’exercice qui a suivi la surtaxe, sensiblement la même que dans l’exercice précédent; et pourtant il n’en faudrait pas conclure que la loi de la demande offre ici celte singularité, que la demande ne diminue pas sensiblement quand le prix s’élève d’un quart. Au contraire, les relevés des exercices précédents accusaient, sous l’influence du même prix, un accroissement continuel de consommation, dû à ce que l’usage du tabac entre de plus en plus dans les goûts et dans les habitudes des populations, au point que la loi de la demande de cet article varie très-notablement d’une année à l’autre. Si la consommation est restée à peu près stationnaire immédiatement après la surtaxe, c’est que l’effet de la hausse de prix a presque exactement compensé l’effet qui se serait produit, sans la hausse de prix, par le changement progressif de la loi de la demande. Dans ce cas particulier, le tableau de l’accroissement progressif de la consommation pour les exercices antérieurs permet d’évaluer sans erreur nota-
l)le et avec une probabilité suflisante la consommation, telle qu’elle aurait eu lieu dans l’exercice qui a suivi la surtaxe, si le prix de l'article n’avait pas haussé et par conséquent le déchet dans la demande qui est imputable à la hausse de prix. Mais il n’y a rien à conclure de cette détermination isolée pour la construction d’une table propre à exprimer une loi qui actuellement n’a rien de fixe et qui subit au contraire des modifications progressives.
£>7. — Cependant, la science n’est pas obligée d’attendre que de telles lois empiriques aient atteint l’état stationnaire et soient exactement connues, pour tirer des conséquences certaines et utiles de quelques caractères généraux qu’elles peuvent offrir, ou de certaines liaisons qui peuvent exister entre elles et que le seul raisonnement met en lumière. Ainsi, quoiqu’on ne connaisse pas encore par des observations suffisamment exactes la loi de la mortalité et la loi de la distribution de la population suivant les Ages, on sait très-bien quo ces lois ont entre elles une relation fort simple : tellement que, dès que la statistique sera en état de construire une table de mortalité, on pourra, sans recourir à des observations nouvelles, déduire très-simplement de cette table celle qui exprime la distribution de la pppulation par âges au sein d’une population stationnaire, ou môme au sein d’une population pour laquelle on connaît l’excès annuel des naissances sur les décès '.
1 L 'Annuaire du bureau des longitudes contient ces deux tables, la seconde déduite de la première comme on vient de le dire, et calculée dans l‘hypothèsc d’une population stationnaire.
L’ouvrage de D tvn. lard intitulé De l'influence de la petite vérole sur la mortalité contient de nombreux exemples de liaisons mathématiques entre des lois essentiellement empiriques.
nE LA LOI DE LA DEMANDE. <03
38. — Supposons construite, pour un article déterminé, la table où figure, en regard de chaque prix, le chiffre qui exprime la demande correspondante, et dans une troisième colonne inscrivons les produits qu’on obtient en multipliant l’un par l’autre les nombres qui se correspondent dans les deux premières colonnes : cette troisième colonne nous montrera quelle est, pour chaque prix assigné à l’article, la valeur d’inven- 1aire(7)dela quantité annuellement produite et annuellement demandée. Si la table est complète, il faut que cette troisième colonne accuse l'existence d une valeur maximum ou d’une valeur qui surpasseà la fois celles qui la précèdent et celles qui la suivent immédiatement. En effot, imaginons que le prix de l’article baisse indéfiniment jusqu’à devenir nul : la demande correspondante ne croîtra certainement pas au delà de toute limite, puisque la consommation des choses même absolument gratuites reste pourtant limitée; et par conséquent, dans cette hypothèse, la valeur d’inventaire pour laquelle l’article figure dans la production annuelle, ^finira par diminuer et même par s’évanouir. D’un autre côté, l’on peut toujours imaginer un prix si élevé, qu’à ce prix l’article cesserait absolument d’êtrp demandé et produit, ce qui ferait encore évanouir la valeur d’inventaire qu’il représente. Il faut donc qu’entre ces deux extrêmes, il y ait au moins un prix intermédiaire, pour lequel la valeur d’inventaire passe par un maximum.
Il ne serait nullement impossible que la table, si elle se prolongeait assez, accusât l’existence de plusieurs maxima et minima consécutifs, ou, en d’autres termes, que les nombres de notre troisième colonne passassent par plusieurs alternatives d’accroissement et de dé-
croissemenl. On fait souvent l’application de celle remarque en matière d’impôts. Si l'on allège une taxe, mais de fort peu, le produit de la taxe baisse, ce qui indique l’existence d’un maximum de produit, correspondant à un taux plus ou moins supérieur au taux actuel de la taxe : tandis que, si l’on réduit considérablement la taxe (en l’abaissant, par exemple, à la moitié, au tiers du taux actuel), il arrive souvent que le produit de la taxe ainsi réduite surpasse de beaucoup l’ancien produit; et par conséquent il faut qu’il y ait au moins deux produits maxima, correspondant, l’un à la région inférieure, l’autre à la région supérieure de l’échelle des tarifs. Or, la remarque faite à propos d’une taxe et de ses produits s’applique à la demande d’un article quelconque, puisqu’une taxe, telle que le port des lettres, se convertit si l’on veut en une marchandise, telle que le timbre d'affranchissement. Au reste, si l’autorité qui impose la taxe peut changer tout à fait de système et passer brusquement d’un tarif très-lourd à un tarif trèsmodéré, il est rare que les conditions économiques de la production puissent ainsi changer brusquement : de sorte qu’il sera permis, dans la plupart des applications, économiques, de ne considérer qu’un seul maximum, en faisant abstraction des autres, au cas qu'ils existent. On raisonnera alors comme les géomètres qui, pour déterminer les oscillations d’un système de corps, les supposent dérangés tant soit peu de la position d’équilibre vers laquelle ils gravitent, sans s’occuper des autres positions d’équilibre qu’ils pourraient prendre, par suite d’un bouleversement complet du système.
59. — En outre, il peut très-bien arriver que le maximum que nous considérons n’ait qu’une existence
idéale, en ce sens que, pratiquement, le prix ne pourra jamais s’élever ou s’abaisser assez pour que le maximum soit atteint. De là trois catégories dans lesquelles on conçoit que peuvent se ranger les articles pour lesquels il s'agit d’étudier les variations corrélatives du prix et de la demande : 1" ceux pour lesquels la valeur d’inventaire va toujours en croissant, tandis que le prix s’élève et que la demande se réduit; 2° ceux au contraire pour lesquels l’accroissement delà valeur d’inventaire résulte constamment de la baisse de prix et de l’extension de la demande; 3° et enfin ceux pour lesquels il existe, dans la limite des excursions réalisables, un prix et une demande correspondant à un maximum de la valeur d’inventaire. La suite fera juger de l’importance que peuvent avoir ces observations.