‹ Principes de la théorie des richessesChapitre 29 sur 76 · DE LA VALEUR UES MÉTAUX PRÉCIEUX · texte numérisé non relu

DE LA VALEUR UES MÉTAUX PRÉCIEUX

un peu moins aisé d'emporter avec soi de grosses sommes en or : mais, ce n’est pas là ce qui apporterait du trouble dans les opérations du négoce et dans les transactions ordinaires, ni ce qui pourrait diminuer l’exactitude de la loi mathématique qu’on vient d’énoncer.

124. — Pour en rendre en quelque sorte la vérité palpable, nous avons eu recours à un petit artifice didactique : nous avons admis que la circulation dont les besoins sont censés ne pas changer, se faisait avec le même nombre de pièces, toutes rendues proportionnellement plus lourdes ou plus légères, selon que la masse métallique absorbée par la circulation venait à augmenter ou à diminuer.Er, réalité, les choses ne se passent pas ainsi : il faut beaucoup de temps avant que l’abondance ou la raréfaction du métal n’amène quelque réforme monétaire, qui mette le poids de la pièce dans un rapport plus convenable ou mieux assorti à la fonction qu’elle remplit, en conséquence de la valeur que lui assigne la demande de métal pour les besoins permanents de la circulation. Mais, «elle circonstance n’a rien qui affecte le fond des choses, ni par conséquent la vérité du principe. Le même payement se fera toujours avec deux cents pièces comme avec cent pièces d’un poids double, sauf un peu plus d'incommodité et de perte de temps dans l'opération du compte, et sauf aussi à la longue un peu plus de perte de métal, résultant d’un frai plus considérable.

Ainsi donc, pour que la valeur du métal précieux restât constante, dans l’hvpolhèse admise d’un état invariable de la richesse publique et de la circulation commerciale, il faudrait et il suffirait que les sources métalliques fournissent annuellement juste de quoi

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réparer le frai annuel, c’est-à-dire (d’après les observations recueillies) quelque chose comme un ou deux millièmes de la masse métallique en circulation (soit quinze millions pour dix milliards), toute déduction faite de ce qui alimente la consommation industrielle du métal, de ce qui remplace le numéraire accidentellement perdu ou détruit, etde ce qui va annuellement s’engloutir ou s’enfouir, après plus ou moins de détours, dans des contrées qui ne le rendent plus à la circulation générale.

125. — Il n’v aurait nulle opportunitéà discuterlecas d’une hausse progressive de valeur du métal précieux, causée par un tel appauvrissement des sources métalliques, qu’elles ne suffiraient plus à réparer le numéraire en circulation, non plus que celui d’un mouvement de baisse soutenue, causée par un amoindrissement durable des besoins de la circulation : il suffirait d’ailleurs de renverser les raisonnements que nous allons faire sur les cas inverses, les seuls qui répondent à la situation actuelle.

Admettons donc que, par suite d’un progrès notable dans les procédés d’exploitation, ou (ce qui doit arriver plus ordinairement) par suite de la découverte de nouveaux gîtes, la production annuelle augmente d’une manière considérable : une baisse dans la valeur du métal en sera la conséquence nécessaire. Comment celle baisse s’opérera-t-elle? Voilà ce qui mérite attention.

La baisse, si elle est rapide, sera accompagnée de tous les phénomènes qui caractérisent ce qu’on appelle une crise commerciale : car les détenteurs du métal en surcroît chercheront à s’en défaire, à l’utiliser ou (comme on dit) à le placer, ce qui ne pourra se faire qu’en élevant par la concurrence le niveau général des prix, et en provoquant un surcroît de production, là

où un surcroît de production est possible à la faveur de la hausse des prix. Les salaires, les profits, les prix des denrées, des immeubles, des aclions industrielles, de tous les fonds productifs, à l’exception des renies en argent, s’élèveront de proche en proche. Cependant, comme il n’y a réellement rien de changé dans l’ensemble des ressources naturelles et des forces productrices, si ce n’est en ce qui regarde la production du métal précieux, il faudra bien que tout se réduise en définitive à une baisse réelle du métal, le surplus du système économique restant en réalité ce qu’il était auparavant : donc, le surcroît de production dans les autres branches d’industrie deviendra une cause d’encombrement; il y aura une réaction ; des perles succéderont aux bénéfices inusités, jusqu’à ce qu’un nouvel équilibre se soit établi. Cependant il n’est pas impossible qu’à la faveur de l’excitation momentanée, des etlbrls heureux aient été tentés, que. quelques progrès se soient accomplis qui laisseront des traces durables et dédommageront dans une certaine mesure des maux inséparables de toute crise commerciale.

Si l’afflux du métal précieux n’accroît qu'avec lenteur la masse du numéraire circulant, il n’y aura pas de crise : le métal pourra baisser lentement de valeur, sans trouble pour les fortunes privées, si ce n’est en ce qui concerne les renies perpétuelles en argent ou les créances à long terme, mais aussi sans profit réel pour la fortune publique.

126. — Rien ne changeant dans les conditions de la production du métal précieux, il haussera de valeur si un accroissement de population, de richesse, d’industrie, d'affaires, tenant aux progrès de la civilisation gé-

nérale, exige qu’il y ait dans la circulation un plus grand nombre de pièces ou de jetons circulant avec la même valeur, ou ( ce qui revient au même avec un peu moins de commodité) qu’une plus grande, valeur soit attachée aux pièces qui circulent en même nombre (1 25). De là, lorsqu’il y a tout à la fois accroissement de production et accroissement dans les besoins de la circulation, un conflit entre deux forces contraires qui peuvent s’équilibrer ou dont l’une peut surmonter l’autre, selon les circonstances. On s’est beaucoup préoccupé dans ces derniers temps, et avec raison, de l’issue probable d’un tel conflit. On a montré par l’exemple frappant de l’Angleterre et de la ville de Londres en particulier, qu’un accroissement énorme dans le chiffre des affaires peut avoir lieu sans augmenter notablement l’émission et la circulation des billets de Banque, à plus forte raison sans augmenter l’émission et la circulation de la monnaie métallique : tant le mécanisme commercial est susceptible de se simplifier et de se perfectionner à l’aide des virements de compte, des maisons de liquidation, des chèques et d’autres ingénieux artifices imaginés pour dispenser de la manutention du numéraire métallique et même du numéraire en papier! Toutefois, il ne faut pas juger des effets produits dans l’ensemble du monde civilisé par ce qui se passe dans un pays où le génie du commerce règne comme en Angleterre, et dans une ville immense, organisée pour être le comptoir central, la métropole commerciale du monde entier. La France n'est pas un pays d’idiots et de barbares, et jusqu’ici il lui a fallu une masse de numéraire métallique, sans proportion aucune avec ce qu’exigerait de l’autre côté du détroit un pareil mouvement d’affai-

res. Peut-on admettre que de vastes continents, tels que l’Amérique septentrionale et l’Australie, se peuplent (comme ils se peupleront peut-être avant un siècle) de quelques centaines de millions d’hommes de race européenne, participant au mouvement de notre civilisation et en hâtant la marche, sans que les besoins seuls de l’approvisionnement domestique, de la menue thésaurisation, du petit commerce intérieur, auquel ne saurait s’appliquer le mécanisme d’une circulation commerciale centralisée, absorbent de grandes quantités de métal précieux? Supposons que la Chine soit décidément ouverte au commerce européen, et que son immense population se convertisse, jusqu’à un certain point, à la civilisation européenne : il faudra que la masse du numéraire métallique subvienne à des besoins tout nouveaux ; et ce mouvement peut se produire bien avant que l’on ne songe à établir à Pékin ou même à Canton des chèques et des Clearing- houses pour en modérer les effets. Avec un accroissement considérable de population et de richesses s’accroîtra considérablement la demande de métal précieux, non-seulement pour la fabrication de la monnaie, mais encore pour les usages industriels, pour la vaisselle, pour les bijoux. Ainsi donc, eu égard aux progrès actuels et présumés de la population et de l’activité commerciale dans le monde entier, sous l’influence du génie des races européennes, il y a lieu de croire que pendant longtemps encore la valeur des métaux précieux pourra regagner par des accroissements séculaires ce que lui aurait fait perdre temporairement soit le progrès du mécanisme commercial chez les nations les plus avancées en fait de commerce, soit une accumulation inouïe de découvertes

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en fait de giles métalliques : accumulation due ellemême au déploiement de l’activité humaine dans tous les sens, mais dont les effets sont de nature à cesser longtemps avant la cessation des causes qui poussent à l’accroissement et à la diffusion des populations civilisées sur toute la surface du globe. Nos successeurs sauront un jour avec certitude ce qu’il faut penser de ces graves questions dont notre esprit impatient voudrait pressentir les solutions.

127. — Considérons maintenant le cas où deux métaux A et B remplissent concurremment l’office de métal monétaire, tout en ayant chacun des qualités qui les font rechercher pour d’autres usages, sans quoi les hommes n’auraient pas songé à s’en servir à titre d’instruments de commerce. Comment se détermineront pour chacun d’eux les valeurs de l’unité pondérale, telles qu’on pourrait les conclure (89) d’une comparaison soigneuse avec l’ensemble des faits économiques, et comment se déterminera le rapport de ces valeurs, rapport tout à fait apparent et susceptible d’une constatation immédiate?

Il faut, comme ci-dessus, que, pour un état donné de la circulation, la masse totale du numéraire circulant, tant en monnaie A qu’en monnaie B, ait une valeur fixe. De là une condition ou, comme disent les géomètres, une équation à laquelle doivent satisfaire les inconnues que nous cherchons, à savoir la valeur de l’unité pondérale du métal A et celle de l’unité pondérale du métal B. Mais, une seule équation ne suffit point pour déterminer deux inconnues. Les besoins de la circulation restant les mêmes, la quantité du métal A pourrait doubler sans que la valeur en baissât de moi-

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lié, si le résultat d'une plus grande abondance était de faire employer la monnaie A dans des branches de la circulation où jusque-là on employait la monnaie B, ou de reculer la frontière qui sépare le domaine de la monnaie A du domaine de la monnaie B. Il ne faut pas dire non plus que les valeurs des unités pondérales de A et de B seront en raison de ce que coûtent à produire et à apporter sur le marché les quantités de l’un et de l’autre métal qui se produisent et se transportent dans les conditions les plus coûteuses. Sans doute la production s’arrêtera dès que le producteur ne fera plus ses frais; et il faudra attendre qu’une raréfaction du métal, causée à la longue par le frai et les pertes de toute sorte, rende au métal un prix qui permette d’en reprendre l’exploitation au point où on l’a laissée et de la pousser davantage, ou que l’on vienne à découvrir des richesses métalliques d’une exploitation moins coûteuse, ou bien enfin que l’état de la circulation change et exige une masse plus grande de numéraire; mais la cessation ou la reprise de la production sont réglées par la valeur du métal et ne sont pas ce qui règle cette valeur.

Il faut donc qu’une liaison empirique (56), du genre de celles que l’observation seule peut faire connaître, et dont la formule ne saurait être assignée rationnelle ment ni mathématiquement exprimée, vienne s’adjoindre à la liaison tout à fait rationnelle et mathématique que le premier examen de la question a rendue manifeste, de manière à déterminer complètement ce qui ne saurait en fait rester dans (indétermination, et ce dont on ne pourrait sans absurdité attribuer la détermination au hasard. Admettons en effet que le métal A soit

î!6 LIVRE I. CHAPITRE V.

tout à la fois le plus rare et le plus digne d’être recherché pour ses qualités intrinsèques : il ne pourra manquer d’avoir dès l’origine une supériorité de valeur sur le métal B; et lorsque l’on s’avisera de donner à tous deux la forme de monnaie, une notable supériorité de valeur suffira pour que la monnaie A soit plus propre que la monnaie B à certains usages, à la thésaurisation, aux voyages, aux gros payements, et plus recherchée à ce titre. De là un nouvel accroissement de valeur relative pour le métal A, mais qui doit avoir sa limite comme toutes choses, quoique l’observation seule nous puisse faire connaître cette limite : car, à mesure qu’un surcroît de production annuelle, causé par la hausse de valeur, rendra la monnaie A plus abondante dans la circulation, les occasions de la rechercher et de la demander avec prime sur la monnaie B diminueront, jusqu’à ce que chacun des deux métaux se soit, pour ainsi dire, constitué un domaine, une frontière. La valeur de chacun des deux métaux, dans son domaine, sera ainsi complètement déterminée, comme l’était celle du métal unique quand il embrassait dans son domaine la circulation tout entière.

Vienne maintenant un changement dans les conditions de la production du métal A et un afflux extraordinaire de ce métal : la monnaie A, plus habituellement offerte, baissera de valeur et en même temps empiétera sur l’ancien domaine de la monnaie B, sans qu’on puisse connaître, autrement que par l’expérience, jusqu’où elle portera sa frontière. Le domaine de la monnaie B se trouvant resserré, la valeur du métal B devra baisser pour s’adapter aux besoins d’une circulation plus restreinte; ce qui en restreindra immédiatement la pro-

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duction annuelle, et ce qui à la longue restreindrait aussi la quantité du. métal B en circulation, jusqu’à ce que l’équilibre se fut rétabli entre le déchet annuel et la production annuelle. 11 y aura donc une baisse générale du numéraire métallique, le métal A réagissant sur le métal B et l’entraînant dans le mouvement de baisse qui lui est propre. Pour assigner d’avance le résultat final, il faudrait connaître ce que nous ne connaissons pas, à savoir la liaison qui existe entre le changement du rapport de valeur des deux métaux et le déplacement de la ligne de frontière des deux circulations métalliques : seulement il est naturel d’admettre que le mouvement de baisse du métal A (sur lequel les causes de baisse pèsent directement) l’emportera sur le mouvement de baisse du métal B (qui n’a lieu que par contre-coup), et qu’ainsi le rapport de valeur du métal A au métal B baissera, quoiqu’il puisse baisser beaucoup moins que si le métal B ne participait pas au mouvement de baisse.

128. — Appelons maintenant les choses par leur nom. L’or est ce métal que son éclat, son inaltérabilité, sa prodigieuse ductilité feraient préférer à l’argent, lors même qu’il n’aurait pas plus de rareté, à plus forte raison dans les conditions de rareté relative où l’or s’est trouvé jusqu’à présent. En raison de la grande cherté relative de l’or, la monnaie d'or a acquis une mobilité relative qui la rend préférable pour beaucoup d’usages à la monnaie d’argent, et qui l’a fait rechercher de manière à augmenter encore la valeur relative de l’or. Un énorme et subit accroissement dans la production annuelle de l’or doit tout à la fois causer la baisse de valeur du métal, et faire que la monnaie d’or empiète

sur l’ancien domaine de la monnaie d’argent, d’où par contre-coup une baisse dans la ' valeur de l’argent, capable d’atténuer notablement la baisse dans la valeur du rapport de l'or à l’argent, et qu i pourrait aller jusqu’à la rendre à peine sensible, si la valeur de la totalité du numéraire métallique baissait presque proportionnellement à la valeur de l’or.

Dans l’excellent ouvrage que nous avons déjà plusieurs fois cité, M. .Michel Chevalier dit que la France a servi de parachute à l’or, par l’énorme quantité d’or qu’elle a monnayée *lans ces dernières années, afin de remplacer la monnaie d’argent chassée du marché français, par suite de l’écart entre la valeur légale et la valeur commerciale du rapport de l’or à l’argent. Mais nous pensons que l’argent a surtout servi de parachute à l’or en partageant son mouvement de baisse, de manière à atténuer considérablement, non-seulement le mouvement de baisse relative, mais encore le mouvement de baisse absolue, tel qu’aurait dû l’imprimer à la masse d’or seule l’invasion d’un véritable déluge d’or. L'argent sorti de France n’a pu entrer dans la circulation monétaire des autres pays civilisés, dont le commerce est plus ou moins solidaire avec le nôtre, sans y causer une dépréciation de la monnaie d’argent et du numéraire en général. Si, par l’etlet d’un singulier concours de circonstances, l’argent sorti de France, au lieu d’entrer dans la circulation monétaire des pays soumis à la civilisation européenne, est allé s’enfouir dans l’extrême Orient, l’afflux extraordinaire d’or n’a fait en grande partie que prévenir la hausse de valeur du numéraire métallique, de l’or comme de l’argent, qui aurait été la conséquence d'une demande extraor-

dinaire d’argent pour leè contrées ultra-orientales. Le maintien en France de l'ancien rapport légal entre l’or et l’argent, tel qu’il avait été arbitré au commencement du siècle par le ministre Gaudin, n’a fait que déterminer à se porter sur la France, de préférence à d’antres contrées, cet afflux extraordinaire d’or, arrivant si à point pour combler le déficit qu’aurait causé sans cela dans la circulation monétaire l’émigration de l’argent vers l’extrême Orient. Soit que les causes d’émigration de l’argent persistent ou ne persistent pas, l’afflux d'or pourrait continuer sans amener une baisse extraordinaire dans le rapport de la valeur de l’or à celle de l’argent. Au premier cas, la monnaie d’or remplacerait peu à peu dans tous les pays civilisés la monnaie d’argent, et les valeurs des unités pondérales de l’un et de l’autre métal changeraient peu : dans le second cas, les deux monnaies continueraient de fonctionner côte à côte, mais de manière que le domaine de la monnaie d’or empiétât sans cesse sur celui de la monnaie d'argent, et de manière aussi que la valeur de l'unité pondérale diminuât sans cesse pour l’un et pour l’autre métal, pendant que la masse du numéraire métallique augmenterait sans cesse.

129. — On peut trouver que le Gouvernement français a manqué de décision et d'à-propos, en ne baissant pas la valeur légale de l’or, de manière à prévenir l’émigration de la monnaie d’argent : car il s’agissait d’empêcher le paysde s’appauvrir pour procurer des bénéfices à quelques spéculateurs. Aujourd’hui, la perte est en grande partie consommée, et il ne s'agit plus que de savoir si le pays s’imposera un sacrifice pour rappeler la monnaie d’argent, soit en démonétisant l’or, soit

en soumettant à une révision actuelle, et plus tard à des révisions périodiques le tarif légal de l’pr. Quant aux inconvénients bien plus graves résultant de la dépréciation simultanée des deux métaux monétaires, le remède qu’on y pourrait apporter est d une tout autre nature. Il ne pourrait consister que dans la résurrection de la monnaie de compte, ou dans des mesures équivalant à la résurrection de la monnaie de compte (91). Telle serait la mesure qui démonétiserait ou billonnerait l’argent, en laissant au législateur le soin de tixer et de reviser, chaque fois que le besoin s’en ferait sentir, le rapport du gramme d’or au franc, devenu une pure monnaie de compte.

On pourrait démonétiser 1 or, en vue de la baisse prolongée à laquelle il parait devoir être encore pendant longtemps soumis; et d’autres Etats ont donné l’exemple de cette mesure énergique. Mais alors, outre qu’on se priverait de toutes les commodités qu’offre la monnaie d’or pour une foule d usages, on s exposerait h d’autres accidents, comme celui d’une demande extraordinaire d'argent pour le commerce avec l’Asie orientale (dont nous venons d’avoir un exemple si frappant). De même que l’argent sert en ce moment de parachute à l’or, dans d’autres circonstances l’or pourra jouer le rôle de modérateur par rapport à l'argent. Cette solidarité entre deux métaux précieux, dont chacun a son histoire plus ou moins semée d’incidents fortuits, est de nature à diviser les chances, à en atténuer quelquefois les suites ; et généralement elle doit contribuer à modérer utilement les perturbations du système économique : tandis que le pire de tous les partis serait de passer alternativement d’une monnaie

à l’autre, de manière à augmenler l’amplitude des perturbations économiques à chaque changement de monnaie.

D’ailleurs il est clair que, si la démonétisation do l’un des métaux précieux prive le pays des avantages de la solidarité et de l’influence modératrice dont nous parlons, l’inconvénient n’est pas moindre lorsque le Gouvernement persiste à maintenir entre les valeurs des deux métaux un rapport légal trop en désaccord avec celui du commerce libre; puisque cela revient à chasser de la circulation, à renvoyer à l’étranger, c’est-à-dire au fond à démonétiser le métal que la loi tarife trop défavorablement.

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