‹ Principes de la théorie des richessesChapitre 32 sur 76 · ifi · texte numérisé non relu

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Il est clair que bien des personnes auront intérêt à Vacheler des billets au-dessous du pair, pour les employer, au pair, à acquitter leurs impôts ou d’autres dettes envers l’Etat; et que la concurrence des acheteurs doit tendre à en relever le cours ou à l’empêcher de tomber davantage. Mais alors les espèces métalliques se détourneront entièrement des coffres de l’Etat, et il faudra bientôt que l’Etat élève le chiffre nominal de l’impôt, la mise à prix de ses fermages , de ses coupes de bois, deses revenus de toute sorte, en raison inverse du rapport entre la valeur effective du billet et sa valeur nominale, afin de maintenir l’équilibre entre ses recettes effectives et ses dépenses effectives. Pour peu que cela durât, on entrerait sous le pur régime du papier-monnaie, dont il sera question plus loin.

Le cours forcé est un expédient bien plus propre à faire traverser rapidement et heureusement une époque de crise : car dans le commerce, dans les affaires, chacun a des engagements à solder comme des valeurs à toucher, et l’on n’éprouve pas grand’ peine à prendre au pair la monnaie don ton va trouver l’emploi au pair. Les difficultés ne viennent que quand il s’agit, non plus de la liquidation des créances d’ancienne date, mais de transactions nouvelles, sur lesquelles peut influer la dépréciation de la monnaie ou de l’ufie desmonnaies courantes. N'oublions pas que le billet de Banque devient un papier-monnaie, dès qu’il influe sur des opérations de ce genre, au lieu de n'ètre qu’un instrument commode pour la liquidation de créances et de dettes contractées comme si cet instrument n’existait pas. Voilà pourquoi le cours forcé ne doit être qu'une

DES MONNAIES FIDUCIAIRES So7

mesure passagère et peut très-bien atteindre le but, comme mesure passagère; et voilà aussi pourquoi l’admission des billets au pair en payement des impôts est rarement une mesure efficace : car le Gouvernement peut, bien moins qu’un industriel ou un négociant ordinaire, suspendre ou ralentir ses affaires pour n’aviser durant un temps qu’à la liquidation du passé. Il ne saurait éviter d’ètre sans cesse en contact avec tous les fournisseurs de denrées et de services, tous inquiets, tous disposés à élever leurs prétentions en raison du discrédit qui frappe ou qui menace le papier circulant, et concourant de la sorte à en précipiter la ruine.

144. — A côté d’une Banque de circulation, considérons une autre Banque dont les opérations consistent à emprunter en comptes courants, à un taux nécessairement plus faible que l intérèt ordinaire (par exemple à deux pour cent), puis à employer le capital emprunté à faire l'escompte, à prêter sur hypothèque ou sur gages, ou même dans des spéculations quelconques: toujours déduction faite d’un encaisse ou d’une réserve métallique qui doit, pour le maintien de la confiance, excéder notablement ce qui suffirait à la rigueur aux demandes journalières de remboursement. Cette dernière Banque est aussi une machine qui agit sur la circulation monétaire. En effet, celui qui se contente de la modique bonification du compte courant, renonce apparemment à engager actuellement ses capitaux, dans l’attente d’un moment plus favorable, ou bien son capital est trop mince pour trouver un autre placement: de sorte qu’il l’aurait gardé sous la forme improductive d’espèces métalliques et soustrait à la circulation. Le bénéfice annuel, résultant de l'activité imprimée

à ce capital, se partage entre la Banque et les prêteurs en compte courant à qui elle alloue une bonification. Comparée à la Banque de circulation , celle dont il s’agit en ce moment est une machine plus compliquée, plus délicate, plus sujette aux détraquements; puisque d’une part les demandes de remboursement pourront éprouver de grandes fluctuations, non-seulement par suite d’un ébranlement de confiance (comme pour la Banque de circulation), mais encore par suite du ralentissement ou do l’accélération des affaires; et que d’autre part les charges plus lourdes qui pèsent sur cette Banque la pousseront à chercher les moyens d’élever ses bénéfices en se livrant à des opérations plus hasardeuses.

Si maintenant cette Banquo délivre aux déposants ses reconnaissances par coupures transmissibles de 100, de 200 francs, etc., elle pourra créer une nouvelle sorte de monnaie fiduciaire, et cela de deux manières différentes. Ou bien la coupure portera le nom du prêteur originaire, qui sera débité à la Banque le jour où le papier lui sera présenté à remboursement : auquel cas le prêteur originaire profitera de la bonification, soit que la coupure dorme dans son portefeuille ou passe d’un portefeuille à l’autre. Tel est le principe du chèque. Ou bien la coupure portera simplement une date d’émission ou de jouissance, et elle pourra circuler comme une monnaie qui gagne un peu tous les jours, et qui fructifie encore, quoique faiblement, même quand elle ne circule pa3. On sera revenu, à force de raffinements financiers, à ces temps primitifs où une mère-brebis servait de monnaie. Car, quoi qu’en aient dit quelques auteurs, il n'est point de l’essence d’une monnaie

île ne lien produire quand elle dort : il suflit qu’elle produise moins dans les périodes de sommeil que dans les périodes d’activité, puisqu’autrement rien ne la tirerait de son sommeil.

Cela n’explique-t-il pas suffisamment comment des gens fort habiles ont pu persuader aux autres et peutêtre se persuader à eux-mêmes qu’ils viendraient à bout de fonder une monnaie de crédit, préférable et préférée à la monnaie métallique? Théoriquement, la chose est très-possible : dans l’exécution, elle entraîne de grandes difficultés et de grands risques. Quand on aura bien saisi un type très-simple, comme celui que nous présentons, on démêlera mieux ce qu'il peut y avoir de vérité ou de charlatanisme dans les plans par lesquels on sollicite la confiance et la bourse du public, et dont la oomplication n’est le plus souvent qu’un moyen de dérouter l’analyse.

145. — Disons enfin quelques mots des papiersmonnaies proprement dits, dont le cours est forcé, qui ne sont point convertibles à bureau ouvert, et dont l’usage est ordinairement le symptôme de la pauvreté d’un pays ou de la gène d’un Gouvernement, bien loin d’être amené par les progrès de la richesse et de l’activité commerciale.

La société ne peut se passer d’un inslrument de commerce et d’échange. Une ville assiégée où la monnaie manque, et qui ne peut pas en tirer du dehors, fabrique une monnaie dite obsidionale, à laquelle la force des choses donnerait cours pendant la durée du siège, lors même que l’autorité n’interviendrait pas. Si un pays a été épuisé d’or et d’argeut parla levée d’une contribution de guerre, par la nécessité d’acheter à l’étranger

une grande quantité de denrées de première nécessité, et qu’il n’ait pas assez d’indusllie pour rappeler par son commerce d'exportation la masse d’or et d’argent que réclamerait la circulation monétaire, il faudra bien qu’il ait recours à une monnaie fictive. L’intervention du Gouvernement ne fera que régulariser l’usage de cet expédient nécessaire : elle sera aussi légitime alors qu’elle devient tyrannique lorsqu’elle a pour objet de subvenir à des prodigalités, à des guerres entreprises inconsidérément, ou (qui pis est) de favoriser des projets de subversion et de spoliation.

Inutile de revenir sur la remarque déjà faite (U 3) que le Gouvernement ne peut, ni prévenir, ni limiter la dépréciation d’un papier-monnaie, par cela seul qu’il l’admet au pair en payement des impôts, ou qu’il prétend lui affecter pour gage des biens dont il dispose et qu’il met en vente. Il n’était pas nécessaire qu’une terrible expérience vint confirmer ce qui résulte d’un raisonnement si simple : à savoir que le gage devient absolument illusoire, quand le prix nominal des enchères peut indéfiniment s'élever en raison de la dépréciation illimitée du papier. Il faudrait donc que le papier donnât droit à la délivrance de tant d’ares de terre, de bois, de prairies, de vignes : mais, de quelle qualité et dans quelle situation? Comment pratiquer un pareil morcellement, et comment associer les détenteurs de papier pour recomposer la valeur de la chose qui n’est pas physiquement divisible?

I 46. — Avec une grande sagesse dans l’émission d’un papier-monnaie, en réglant toujours cette émission sur les besoins vrais delà circulation, le Gouvernement peut balancer les choses de manière à maintenir à peu

près stable le cours du papier : pourvu que de leur côté les populations soient préservées par leur bon sens naturel, aussi bien des excès de la panique que de ceux de l’engouement. Il ne faut donc s’étonner, ni de la faiblesse des oscillations du cours d’un papier-monnaie dans des circonstances propices, ni de son avilissement indéfini dans des circonstances différentes.

Selon les usages admis, le papier-monnaie a reçu dans l’origine une valeur nominale qui le rattache directement à la monnaie métallique, et qui semble impliquer que le Gouvernement (ou la société par l’organe du Gouvernement) promet d’en fournir un jour la valent- au pair, quand les circonstances permettront de renoncer à un expédient temporaire et de revenir au métal qui reste toujours en principe l’étalon des valeurs : mais, il y aurait plus d’injustice pour les contribuables d’un pays que de justice pour les détenteurs de papier, à exiger que l’Etat, mis en mesure de rembourser le papier-monnaie, le remboursât au pair, sans égard à sa dépréciation effective. A proprement parler, il ne le remboursera pas, mais il l’amortira ou le supprimera au fur et à mesure de ses recettes, de même qu’il l’a émis au fur et à mesure de ses dépenses; et le vide que cet amortissement causera dans ses revenus, sera comblé par des économies ou par le produit d’un emprunt. Un amortissement partiel agira comme agirait un accroissement survenu dans les besoins de la circulation : il relèvera le cours du papier qui se rapprochera graduellement du pair. A la rigueur, le papier pourrait se maintenir au pair, comme le billet convertible, si la quantité de papier émise ne pouvait qu’à cette condition (seule ou concurremment avec la monnaie métal-

lique) satisfaire aux besoins de la circulation intérieure.

Comme les besoins extraordinaires qui ont déterminé l’émission et les charges permanentes qui exigent le maintien du papier-monnaie empêchent presque tou • jours que cette condition ne soit satisfaite, il arrive que le cours du papier-monnaie, rapporté à la monnaie métallique, reste notablement au-dessous de sa valeur nominale. Et si la moyenne de l’écart varie peu, tandis que les oscillations journalières autour de la moyenne sont peu considérables, l’esprit se fait bien vite à rapporter directement à la monnaie de papier les valeurs de toutes choses. Les impôts, les tarifs de douane, les places de chemins de fer, de spectacles, etc., et à côté des tarifs réglementaires ceux que l’usage établit pour la rémunération de tous les genres de services, sont fixés en papier. Les espèces métalliques que les étrangers apportent et que les changeurs recueillent pour les réexporter, ou qui circulent en petit nombre, sont cotées comme des marchandises sujettes à un cours journalier; et ce sont elles qui sont réputées changer de valeur, non le papier. En un mot, l’unité monétaire en papier ou de convention remplit l’office de monnaie de compte dans le pays où le papier circule, et le métal est rapporté à cetto monnaie de compte, non plus la monnaie de compte au métal. Nous avons déjà remarqué (3) que cette situation n’a rien qui mette essentiellement obstacle au commerce international, quoique le commerce s’accommode encore mieux d’un étalon métallique commun à tout le monde civilisé.

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