DE L’INFLUENCE DES PRIX SUR LES REVENUS. Î
déduction des 20 000 fr. de valeur anéantie, est exactement balancée par le dommage que la hausse fait éprouver aux consommateurs qui la subissent.
166. — Il y a eu jusqu’ici tant de désaccords entre les calculs des économistes théoriciens, que ces calculs ont grand besoin de ce qu’on nomme en arithmétique une preuve, ou du contrôle qui résulte de l’accord entre deux manières différentes de calculer. Voilà pourquoi nous attachons quelque importance à une preuve de ce genre, malgré l’extrême simplicité du calcul qu’il s’agit de vérifier. D’ailleurs on a souvent reproché aux économistes de s’occuper trop exclusivement des revenus et de l’intérêt des producteurs : tandis que toute l’utilité des richesses consiste, dit-on, dans la consommation qui s’en fait et dans les satisfactions que cette consommation procure. Or, dans la seconde manière de calculer, on peut, si l’on veut, ne s’attacher qu’à la consommation annuelle. Cette consommation a diminuée de 2 000 unités : telle est effectivement, au sens réel et concret, la perte causée à la société par le renchérissement de l’article; et si l’on veut comparer ce dommage à d’autres du même genre, portant sur d’autres articles, il faut bien adopter une commune mesure de valeur, et partir du prix (pie, d’après le cours du commerce, on consentait à payer pour se procurer la satisfaction attachée à la consommation de l’article. Et puisque, dans l’hypothèse où l’on s’est placé, il n’y a pour les autres articles que des déplacements de consommation sans que la consommation totale diminue, il faut reconnaître que, de ce chef, l’accroissement de satisfaction pour les uns compense la diminution de satisfaction pour les autres. En préférant ce tour de raisonnement, on n’aura
parlé, ni de revenu, ni de producteurs, et l’on sera arrivé pour la troisième fois à la même conclusion numérique.
Il faut encore observ'er que les consommateurs de notre seconde catégorie, qui cessent d’acheter l’article renchéri, en reportant sur l’achat d’aulres articles les portions de leurs revenus que cette économie laisse disponibles, sont eux-mêmes froissés par le renchérissement, en ce sens qu’ils sont amenés à faire, de ces portions de leurs revenus, un emploi moins à leur convenance que celui qu’ils préféraient dans l’ancien système des prix. Il y a là pour eux un sujet de regrets : mais, s’il s'agit de revenus, des regrets ne s’évaluent pas et ne figurent dans les colonnes, dans les récapitulations ni dans les balances d’aucuns budgets, gros ou petits.
Que si l’on met la question de revenus de côté pour ne s’occuper que de la satisfaction que la consommation procure, l’on vient de voir(par le rapprochement même que nous avons établi) qu’il a déjà été tenu compte de l’amoindrissement tle satisfactions causé par la réduction de la consommation annuelle, et qu’on n’y pourrait rien ajouter sans commettre un double emploi.
1 67. — Après tous ces détails, nous pouvons procéder rapidement à la discussion des trois autres cas que nous avons énumérés.
II' cas. Diminution du revenu réel , augmentation du 4 revenu nominal. Admettons que la demande s’abaisse seulement de 10 000 unités à 9 000, quand le prix de l’unité s’élève de 10 fr. à 12 fr. Les mêmes raisonnements établiront que le total des revenus a augmenté
DE L’INFLUENCE DES PRIX SUR LES REVENUS. 301 nominalement, par le fait de l’accroissement -du revenu
des producteurs, d’une somme de 8 000 f.
Mais, d’autre part, la perte des consommateurs est égale à 2 fr. répétés 9 000 fois, ci. J 8 000
Différence 10 000 f.
laquelle mesure la diminution réelle survenue dans le total des revenus, et se trouve égale (comme dans le premier cas) à autant de fois l’ancien prix, qu’il y a d’unités dont le renchérissement empêche la production.
IIIe cas. Augmentation du revenu réel, augmentation du revenu nominal. Supposons que la demande s’élève de 10 000 unités à 12 000, par suite d’un abaissement de prix de 10 fr. à 9 fr- Le total des revenus sera encore augmenté nominalement, par le fait de l’accroissement du revenu des producteurs, d’une somme de 8 000 f. En outre, les consommateurs qui payent sur le pied de 9 fr. les 10 000 unités qu’ils payaient ci-devant sur le pied de 10 fr., sont effectivement dans la même situation que si leur revenu eût été augmenté de 10 000
La somme. . . 18 000f.
(égale à autant de fois le prix nouveau 9 fr. qu’il y a d’unités dont la baisse de prix détermine la production) mesure donc l’accroissement réel dans le total des revenus, fort supérieur dans ce cas à l’accroissement nominal .
IV' cas. Augmentàtion du revenu réel, diminution du revenu nominal. Supposons, comme tout à l’heure, que la demande s’élève de 10 000 unités à 12 000, mais en admettant qu’il a fallu pour cela que le prix baissât de 10 fr. à 8 fr. Le total des revenus se trouvera diminué
nominalement, par le fait de la diminution du revenu des
producteurs, d’une somme de 4, OÜO f.
Mais, d’un autre côté, les consommateurs qui payent, sur le pied de 8 fr. seulement, les 10 000 unités qu’ils payaient ci-devant sur le pied de 10 fr., sont effectivement dans la môme situation que si leur revenu eut été augmenté de -0 000
La différence . . . 16 000 f.
(égale à autant de fois le prix nouveau 8 fr., qu’il y a d’unités dont la baisse de prix détermine la production) mesure l’accroissement réel dans le total des revenus.
168. — Nous devons prévenir une objection qui s’adresserait à tous les raisonnements et à tous les calculs qui précèdent, comme à ceux qui suivront et dont le plan est le môme. On dira que, lorsque la production d’un article A vient à décroître et descend, par exemple, de 10 000 unités à 8 000, la valeur de la quantité 2 000 n’est pas pour cela anéantie ; que les matières premières qui entraient dans sa fabrication trouvent un autre emploi, sauf à baisser de prix (s'il est nécessaire) pour trouver cet autre emploi ; que les ouvriers attachés à cette fabrication louent leurs bras à d’autres entrepreneurs, sauf à subir une certaine diminution de salaires; que les capitaux engagés dans l’exploitalion s’en dégagent et trouvent à se placer ailleurs, sauf aux capitalistes à subir un déchet de capital et une baisse d’intérêt dans le placement nouveau. Or, il peut sembler au premier coup d’œil que nous avons méconnu ce fait majeur, en raisonnant comme si la réduction dans la production de l’article A anéantissait une valeur précisément égale à