‹ Principes de la théorie des richessesChapitre 39 sur 76 · DE L’INFLUENCE DES PRIX SUR LES REVENUS · texte numérisé non relu

DE L’INFLUENCE DES PRIX SUR LES REVENUS

celle de la quantité dont la production a été réduite.

Pour montrer que notre calcul n’est point fautif, supposons qu’un article G joue le rôle de matière première ou d’instrument de production par rapport à plusieurs articles A, B, C, etc., qui sont l’objet d’une consommation immédiate. Dans le nombre de ceux que nous appelons les producteurs A doivent figurer ceux des producteurs G qui livrent l’une des matières premières ou des instruments de production requis pour la production de A, et cela jusqu’à concurrence de la quantité qu’ils livrent effectivement pour cette destination. La même chose peut se dire au sujet des articles B, C, etc. Par conséquent, il y a tel producteur G dont le revenu se décompose en plusieurs parts, pour l’une desquelles on le rangera parmi les producteurs A, pour une autre parmi les producteurs B, et ainsi de suite. Si la réduction dans la consommation de l’article A amène une plus grande consommation de l’article B, le producteur G pourra retrouver dans l’accroissement de demande pour l’article B la compensation de la perte qu’il éprouve par la diminution de demande pour l’article A ; mais, rien n’empêche de substituer par la pensée, et pour la commodité du x-aisonnement, à ce producteur G deux auti’es producteurs dont l'un n’aurait do clientèle que parmi les fabricants de l’article A et l’autre parmi les fabricants de l’article B; de sorte que le premier figurerait seulement parmi les producteurs A et l’autre parmi les producteurs B. Or, notre principe de compensation nous permet de tenir compte, dans l’appréciation des résultats moyens, du report des fonds retirés de la demande de l’article A, sur la demande des articles B, C, etc. : nous avons donc implicitement tenu compte

des circonstances dont l’oubli motiverait l'objection qu’il s’agit de prévenir.

Cette remarque s'applique également aux salaires des travailleurs (158). Quand un ouvrier travaille d’abord à la fabrication de l’article A, pris à celle de l’article B, après la réduction survenue dans la production de À, il doit être rangé en premier lieu parmi les producteurs A et en second lieu parmi les producteurs B. Le revenu de la masse À (dans lequel figurent les salaires de l’ouvrier) a diminué et celui de la masse B est accru : c’est absolument (quant aux évaluations qui nous occupent et quant au résultat final) comme si la demande de travail augmentait pour les ouvriers B et diminuait pour les ouvriers A, sans qu’il y eût faculté pour un même ouvrier de passer d’une catégorie à l’autre; quoique la présence ou l’absence de cette faculté changent complètement la face de la question aux yeux des gouvernants et à ceux des amis de l’humanité, qui doivent surtout se préoccuper des embarras et des souffrances souvent poignantes que peut entraîner le passage d'un état à l’autre.

169. — D’après les explications mêmes dans lesquelles nous venons d’entrer, l’on voit que tous les raisonnements et" les calculs qui précèdent, impliquent la supposition que l’article A, sur lequel portent la hausse ou la baisse dont nous voulons étudier les effets, est un article destiné à une consommation définitive, et non la matière première ou l’instrument d’une production ultérieure. Car, s’il s’agissait de l'article G dont nous parlions tout à l’heure, l’on ne pourrait se rendre compte de l’effet produit sur l’ensemble des ravenus par la hausse ou la baisse de l’article, sans

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examiner comment la diminution ou l’accroissement de production de l’article G influe sur la diminution ou l’accroissement des productions ultérieures. Il y aurait solidarité entre la production de l’article G et celle des articles x\, B, etc., dont il est la matière première ou l’instrument de production : de sorte que notre principe de compensation, s’il restait encore ap- »

plicable, ne'le serait que tout autant que l’on comprendrait dans un seul groupe l’article G et les articles à la production desquels il concourt, en plaçant en regard l’ensemble des autres articles ou groupes d'articles. Le calcul deviendrait plus compliqué et plus pénible à mesure que les groupes d’articles ainsi associés se compliqueraient : mais c’est là un inconvénient inévitable, dans l’application des méthodes vraiment scientifiques.

170. — Considérons maintenant le cas où par suite d’un progrès de L’industrie et des arts, ou bien par suite d’un changement dans les habitudes, les goûts et les besoins des consommateurs, ou encore par suite d’un changement dans le mode de distribution de la richesse sociale, un article B se trouverait substitué à l’article A, partiellement ou intégralement : de telle sorte qu’une portion du revenu total fût distraite de la demande de l’article A et appliquée intégralement à la demande de l’article B; tandis que les revenus des producteurs C, D, E, etc., pris en bloc, n’éprouveraient aucune altération ou ne subiraient que des variations négligeables. La totalité des revenus n’aurait donc éprouvé par là ni augmentation, ni diminution dans sa valeur nominale : la répartition seule en aurait été

modifiée au préjudice des producteurs A et au profit

des producteurs B. Quant au changement éprouvé par le total des revenus dans sa valeur réelle (ou, ce qui revient au môme, quant au changement qui affecte, dans un sens ou dans un autre, la consommation annuelle), il faut, pour l’évaluer selon les principes justifiés cidessus, mettre en balance, d une part la quantité supprimée dans la production de l’article A (estimée au prix qu'elle avait quand la suppression a eu lieu), d’autre part la quantité venue en accroissement de la production de l’article B (estimée ce qu’elle vaut au moment où les circonstances en déterminent la production). La différence, dans un sens ou dans l’autre, mesure la perte ou le gain réel pour la société. Les conditions sont le plus favorables : i 0 si l’article A est de telle nature qu’il puisse se produire presque en même quantité qu’auparavant, malgré la baisse de prix; 2° si l’article B est de telle nature à son tour que la somme nouvellement dirigée vers la demande de cet article influe sur la demande sans presque influer sur le prix.

171. — Aisément comprendra-t-on que les articles dits de luxe, ceux dont la consommation est réservée aux classes opulentes de la société, sont en général caractérisés dans le système économique par celle propriété, que de légères variations dans la demande ou dans la concurrence des acheteurs peuvent imprimer aux prix des variations considérables (54) : tandis que, pour les objets qui sont de consommation générale, sans être cependant réputés de première nécessité, de légères variations dans les prix correspondent à des variations considérables dans les demandes et dans les quantités produites. En conséquence, les causes qui tendent à modérer les inégalités dans la distribution des richesses

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tendent à imprimer au système économique des .variations dont l’eflèt moyen et général doit être favorable à la valeur réelle du revenu social, ou à l’effet utile de la production, pour la société prise en bloc.

11 semble que les denrées de première nécessité, comme celles qui font la base de l’alimentation, aient cela de commun avec les articles de luxe, que de grandes, quelquefois d’énormes variations dans les prix correspondent à de faibles différences dans les quantités produites : car le pauvre renoncera à toute autre consommation, engagera même son mince capital et les ressources de l’avenir, pour se procurer les choses de première nécessité. De pareils sacrifices ne pourraient se prolonger sans causer des perturbations violentes dans la constitution du système économique et de la population : aussi, lorsque l’on ne considère que les valeurs moyennes, affranchies des perturbations passa gères, et sujettes seulement à des variations séculaires, on trouve que, même pour les denrées de première nécessité, de grandes différences dans les quantités produites correspondent à de faibles variations dans les prix, corrigées (s’il est nécessaire) de la partie de ces variations qui est imputable aux changements absolus de valeur des métaux précieux (8-i). Il n’y a donc rien, dans la théorie dont nous esquissons les principes, qui ne soit d’accord avec le bon sens et avec les faits ob^ servés .

172. — Cependant, derrière celte théorie, qui se fonde sur la notion de la valeur commerciale des choses (quelle que soit l’origine des prix que le commerce leur assigne), il en faut entrevoir une autre dont nous n’avons encore que le germe, et qui cnlamoplus le vif du

sujet. Nous voulons parler de la théorie qui se fonde ou qui se fondera sur la notion des équivalents economiques (33 et 51) ou de la mesure de la vertu productive. C’est à celle-ci qu’il faut recourir pour mettre un peu de précision dans l’idée, si vague jusqu’ici, du luxe et des choses de luxe, par opposition aux choses de première nécessité (25), et pour nous rendre philosophiquement compte de ce qu’a voulu ou dû vouloir dire le poêle philosophe en prétendant

que le luxe enrichit

/ Un graml Etat, s'il cil perd un petit.

Tout ce qui retranchera de la valeur commerciale d’un article ce que l’attrait d’une consommation voluptuaire ou d’une jouissance d’ostentation ajoute à la valeur qu’il aurait en vertu seulement de sa puissance pro ductive, mesurée par son équivalent économique (de manière à reporter le surplus sur la demande d’autres articles affectés à une consommation productive), tendra à augmenter la production annuelle et par conséquent la valeur réelle du revenu annuel. Un tel changement économique pourra être le résultat d’un changement dans les mœurs, sans que rien ait changé dans l’état des fortunes : mais il sera bien plus sûrement encore le résultat d’un changement dans le mode de répartition de la richesse acquise entre les diverses classes de la société, et d’un plus grand nivellement de cette richesse. En ce sens, le luxe ne perd pas, mais il appauvrit, et la restriction du luxe enrichit, sinon les Etats, du moins les sociétés, aussi bien les grandes que les petites.

D'un autre côté, les vertus productives des forces et des substances naturelles n’opèrent pas dans un but

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