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K L’INFLUENCE DES PRIX SUR LES REVENUS

économique sans l’intervention de l’activité humaine, organisée, disciplinée, soumise à un certain ordre et à une certaine hiérarchie. Il faut donc (car c’est la loi générale des êtres vivants) que quelque chose stimule cette activité à tous ses degrés et pour toutes ses manifestations. Des besoins ou des appétits grossiers, des jouissances vulgaires pourront suffire pour obtenir de l'homme un travail mécanique et en quelque sorte grossier, comme les aiguillons qui l’excitent : il faut l’attrait de plaisirs plus délicats, de jouissances plus raffinées, pour tirer de son indolence celui qui possède déjà de quoi fournir abondamment aux besoins qu’il partage avec le commun des hommes. Supposons une société où tels progrès économiques, telles grandes combinaisons industrielles ou financières exigent la puissante intervention d’un banquier cent fois millionnaire : il faudra apparemment que quelque chose y pousse les hommes, ou quelques hommes, à travailler, à capitaliser, à combiner, à spéculer, même quand ils pourraient se contenter de la modeste aisance que donnent deux ou trois millions; et ce quelque chose (outre le plaisir de faire du bien et d’exercer de l’influence) exige un progrès dans le luxe, qui corresponde au progrès dans la richesse. Voilà en quel sens et dans quelles limites (31) le luxe peut contribuer a enrichir de grandes sociétés (les seules qui comportent des entreprises faites sur une si grande échelle),, par opposition aux petites sociétés dont l’industrie ne réclame pas des agents de cet ordre, ni de tels moyens d’excitation.

L’influence du luxe sur ce corps politique qu’on appelle, non plus la société, mais 1 ’Eiat (13), est d’une tout autre nature. Par son action sur les mœurs et sur

les idées régnantes, il peut ruiner ou perdre les institutions politiques, lorsqu’il agit encore d’une manière économiquement avantageuse, en faisant gagner à la production, par l’activité qu’il imprime aux facultés de l’homme, plus qu’il ne lui fait perdre en consommations voluptuaires. Et comme les petits Etats ont surtout besoin, pour se soutenir, de force morale et de vigueur dans les institutions politiques, il n’est pas étonnant que les moralistes et les philosophes de tous les Ages aient surtout insisté, à propos des petits Etats, sur les dangers du luxe, comme cause de corruption et de perte des institutions politiques. D’ailleurs, quoique la ruine des institutions politiques, la perte même de l’indépendance politique, n’entraînent pas nécessairement la décadence économique d’une cité ou d’une nation, il peut arriver que l’une amène l’autre, lorsque l’activité industrielle n’était qu’une suite de l’élan imprimé par la politique à toutes les forces de la cité ou du pays.

Voilà un commentaire bien long et peut- être bien pédantesque sur quelques mots que le Mondain de Voltaire prononce en se jouant : mais, jusque dans leurs jeux, les poêles ont la prétention fondée d’exprimer les instincts de l’humanité ou la sagesse des nations; et il y a toujours quelque intérêt à voir comment celte sagesse proverbiale peut être soumise au scalpel de la raison.

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