CHAPITRE IV
1>E LA COMMUNICATION DES MARCHÉS ET HE L1NFLUENCE DU COMMERCE EXTÉRIEUR SUR LF. REVENU NATIONAL ET LA CONSOMMATION INTERIEURE.
175. — Le développement de l’activité commerciale, et surtout le perfectionnement des voies et des moyens de transport peuvent mettre en communication des marchés qui étaient auparavant isolés l’un de l’autre, soit d’une manière complète et pour tous les éléments du système économique, soit partiellement et en ce qui regarde des articles ou des produits déterminés. Nous allons étudier l’influence que doit avoir sur la production et sur l’ensemble des revenus l’établissement de communications de ce genre.
Il est clair qu’un article susceptible de transport doit s’écouler, du marché où sa valeur est moindre, au marché où elle possède une plus grande valeur, jusqu’à ce que la difl'érence de valeur, d’un marché à l’autre, ne représente plus que le coût du transport. Dans le calcul de la difl’érence il faut avoir égard, nonseulement aux prix, comptés en grammes d’or ou d’argent, mais au cours du change : et par le coût du transport il faut entendre, non-seulement le prix payé à l’agent du transport mécanique, par exemple à une Compagnie de chemin de fer, mais les primes d’assurances, les commissions de toute sorte, et les bénéfices du spéculateur qui doit retrouver dans son négoce l’intérêt de ses capitaux engagés et des profits proportionnés à ceux des autres industries.
174. — Il convient, au moins pour la théorie, de s’arrêter un moment au cas où l’article qui n’était pas susceptible de transport, et qui le devient, serait l'objet d’un monopole, tant sur le marché d’importation que sur le marché d’exportation. Admettons l’existence de deux sources M, N, comme celle dont il était question au n° 61 , et dont les propriétés sont identiques, mais qui ont chacune leurs marchés, isolés l’un de l’autre, en ce sens qu’un obstacle quelconque empêche l’écoulement des produits de la source M sur le marché N et de ceux de la source N sur le marché M. A chacune des deux sources on peut appliquer ce qui a été dit dans le n* cité, comme si l’autre source n’existait pas : la loi de la demande et le prix qui doit s’établir en conséquence de cette loi différeront en général pour l’une et pour l’autre source, pour l’un et pour l’autre marché; et il n’importera nullement, quanta la taxation des prix respectifs et des demandes respectives, que les deux sources appartiennent au même propriétaire ou à des propriétaires différents. Supposons-les cependant dans le domaine du même propriétaire, et imaginons que l’obstacle vienne à être levé, que les deux marchés n’en fassent plus qu’un : le propriétaire va changer tous ses calculs; il rapprochera les deux tables qu'il avait précédemment dressées pour chacun des deux marchés, et elles lui serviront (tout compte fait des frais de transport) à dresser une nouvelle table qui le conduira à l’adoption d’un nouveau prix. D’ordinaire le nouveau prix viendra s’intercaler entre le plus fort et le plus faible des deux prix anciens, de même que le niveau commun à deux tubes qu’on met en communication (45) s'intercale entre les niveaux
■ DIT commerce extérieur.
propres à chacun des deux tubes pendant qu ils restaient isolés : mais pourtant un résultat contraire peut aussi se produire. Imaginons, par exemple, qu en M il y ait un grand nombre de consommateurs riches, qui peuvent mettre un haut prix à l’article, et qu’il n’y ait en N que des consommateurs pauvres, ce qui avait engagé le propriétaire des deux sources à baisser beaucoup son prix sur le marché N : maintenant que l’écoulement est possible de N en M, son intérêt lui suggérera la pensée égoïste de clore hermétiquement la source N, plutôt que de voir baisser le revenu qu’il tire delà source M. S’il y a en N, outre un grand nombre de consommateurs pauvres, un petit nombre de consommateurs fort riches, il ne sera pas impossible que le propriétaire des sources trouve maintenant de 1 avantage à élever le prix de l’article, ,mème au-dessus du prix qu’il avait précédemment^idopté pour les produits de la source M : car, en perdant quelques-uns des consommateurs M, il pourra en trouver en N assez pour obtenir l’avantage recherché.
Si les deux sources appartiennent à des propriétaires différents, les effets de la concurrence viendront se combiner avec ceux qui résultent proprement de la communication des marchés; et si les deux marchés sont placés, quant à la loi de la demande, dans des conditions similaires, le prix baissera, la consommation augmentera sur chacun des deux marchés. En tout cas, la concurrence interviendra comme une cause constante qui pousse à la baisse de prix et qui prévaudra, sinon pour tel article déterminé, du moins pour l’ensemble des articles dont le transport devient possible, d’impossible qu’il était auparavant.
175. — Arrivons au cas le plus important dans l’application, celui où tous les effets du monopole sont éteints, et où la production de l’article sur les deux marchés M et N est régie par les lois de la concurrence indéfinie. Il s'agit, par exemple, delà houille, et, tant en M qu’en N, la propriété houillère se trouve tellement divisée, que la rente des propriétaires tient, non point à un monopole, mais aux conditions mômes de l’exploitation et du débit, à la loi de la demande, combinée avec l’échelle progressive des frais, à mesure que l’exploitation s’accroît (08). Il est clair que, dans ce cas, la production devant toujours augmenter sur le marché d’exportation, le prix de l’article y sera plus élevé qu’avant l’écoulement; et réciproquement, puisque le prix doit baisser sur le marché d’importation, la quantité produite y sera moindre. La production totale serat-elle augmentée? Obi, communément, mais non dans toutes les hypothèses possibles, de manière que la proposition puisse être érigée en axiome, comme on le fait souvent.
Admettons, par exemple, que les quantités produites fussent exprimées, pour l’un et pour l’autre marché, par le nombre 10 000, le prix correspondant étant plus élevé en N qu’en M, de manière à déterminer un écoulement de M en N, après la levée de l’obstacle. Quand un nouvel équilibre se sera établi, l’exploitation en M atteindra (je le suppose) le chiffre i 1 000, et de ces 11 000 unités; 2 500 s’écouleront sur le marché N, les 8 500 autres exprimant la consommation en M, diminuée par suite de la hausse de prix. En N, au contraire, la baisse de prix pourra faire tomber l’exploitation à 8 000, de manière qu’il n’v ait que 10 500