DU COMMERCE EXTÉRIEUR. 3Î
compensation dans les avantages que la baisse de prix procure aux consommateurs.
Les éléments du calcul seraient changés et la disposition du calcul ne pourrait plus rester la même, si l’article importé, au lieu d’être l’objet d’une consommation définitive et improductive, devenait l’aliment d’une industrie indigène qui devrait à la baisse de prix, ou son développement, ou son élan. Alors il pourrait se faire que l’importation devînt plus profitable à la nation qui importe qu’à celle qui exporte; mais ce cas échappe à notre procédé général d’analyse et requiert une analyse spéciale pour chaque cas particulier,
180. — Au contraire, deux cas particuliers et extrêmes méritent d’être signalés, qui rentrent dans notre analyse générale : 1° celui où l’importation arrête absolument la production indigène, inhabile à soutenir la concurrence de la production étrangère: 2° celui où il s’agit d’une denrée exotique, dont l’importation ne limite pas la production, parce que la production n’est pas et n’a jamais été possible.
Dans le premier cas, le dommage des producteurs A et le déchet nominal de revenu sont considérablement accrus; la compensation au profit des consommateurs n’est pas plus forte, si la baisse de prix n’est pas plus forte : en conséquence, la perte réelle de revenu est dans une proportion plus forte avec la perte nominale.
Dans le second cas, aussi favorable que possible, le revenu national n’éprouve, par suite de l'importation, ni diminution nominale, ni (à plus forte raison) diminution réelle. Les consommateurs nationaux ont acquis, sans dommage pour personne, une jouissance de plus, s’il s’agit d’une consommation improductive, une source
uouvelle de richesse, s’il s’agi l d’une matière première destinée à alimenter des industries importantes.
Presque à celte limite se placent les articles qu’à la rigueur le pays pourrait produire, ou qu’il produit à litre de singularité, mais à des prix excessifs, comme ce fameux vin d’Ecosse d’Adam Smith, dont il n’est plus guère permis de parler, tant on en a parlé d’après lui !
181. — Dans les calculs qui précèdent, nous pouvions nous dispenser d’avoir égard aux frais de transport et aux bénéfices du commerce. En thèse générale, le commerce de transport peut être fait par une nation étrangère aux marchés M et N, et avec des capitaux étrangers. La totalité des frais et des bénéfices du transport (égale dans notre exemple à 23 000 fr., puisqu’il y a 23 000 unités transportées de M en N, et que chaque unité vaut 1 fr. de plus sur le marché N que sur le marché Al) devient alors une source de revenus pour une nation tierce, et se distribue entre les agents et les capitalistes qui ont concouru à l’opération du transport. Si l’opération était faite par les agents industriels de la nation Al, avec les capitaux de cette nation, il faudrait ajouter 23000 fr. au chiffre de 263 000 fr. qui exprime l’accroissement nominal du revenu nalioual, provenant du fait seul de l'exportation, et au chiffre de 175 000 fr. qui est celui de l’accroissement réel. Si au contraire l’opération du transport se faisait par les agents industriels et avec les capitaux de la nation N, les 23 000 fr. viendraient en déduction des 200 000 fr. qui expriment le décroissement nominal du revenu national N, ou des 120000 fr. qui en expriment le décroissement réel.