CHAPITRE VI
suite du même sujet. — examen de la théorie du troc international.
189. — Considérons deux marchés M et N, où deux articles A et B soient produits à la fois, mais dans des conditions différentes, de manière que 10 unités de l’article A s’échangent sur le marché M contre 15 unités, et sur le marché N contre 20 unités de l’article B : si les communications deviennent libres et que même on puisse d’abord ( pour plus de simplicité ) faire abstraction des frais de transport, il y aura lieu à un troc entre les deux marchés, le marché M fournissant l’article A et recevant en contre-échange l’article B. En effet, sur le marché N où l’on ne pouvait obtenir 10 unités de l’article A qu’en cédant 20 unités de l’article B, ou toute autre chose réputée équivalente, on se les procurera maintenant, moyennant l’abandon de 15 unités seulement, ou avec une épargne de 25 pour 100. Et de même, sur le marché M où l’on ne pouvait obtenir 30 unités de l’article B qu’en se dessaisissant de 20 unités de l’article A, ou de tout autre objet de même valeur, on les obtiendra maintenant moyennant la cession de 15 unités seulement, c’est-à-dire encoie avec une épargne de 25 pour 100. En d’autres termes, au lieu de fabriquer directement en M les 30 unités B dont on a besoin, on préférera de fabriquer 15 unités A qu’on ira troquer en N contre les 30 unités B ; et pareillement en N, au lieu de fabri-
quer directement les 10 unités A que la consommation réclame, il y aura avantage à fabriquer en surcroît 15' unités B qui seront troquées en M contre les 10 unités A.
Cependant, le troc ne se poursuivrait pas longtemps sur une grande échelle dans les mêmes conditions. Avant que le troc ne s’établît, la production de l’article A sur le marché N était assortie aux besoins de ce marché : pour que les quantités de cet article, exportées de M, y trouvent leur placement, il faut les offrir à des conditions plus avantageuses, et exiger en retour de
10 unités A, non pas 20 unités B, mais quelque chose de moins. De même, pour que les quantités de l’article B, exportées de N, trouvent leur placement en M,
11 faut faire aux consommateurs M des conditions meilleures, et leur offrir en retour de 10 unités A, non pas seulement 1 o unités B, mais quelque chose de plus. D’ailleurs il est nécessaire que la valeur des quantités A transportées de M en N balance exactement la valeur des quantités B transportées de N en M, sans quoi le marché resté débiteur (M par exemple), qui ne peut par hypothèse s’acquitter qu’en offrant une plus grande quantité de l'article A, en abaisserait la valeur relative, jusqu’à ce que la compensation s’établit. Pour assigner d’avance l’état final d’équilibre, il faudrait que l’expérience eût appris suivant quelles lois les consommations des deux articles, sur chacun des deux marchés, changent avec leur valeur relative; mais on peut assurer d’avance qu’une situation d'équilibre finira par se rencontrer, et qu’un rapport intermédiaire (le même pour les deux marchés tant que les frais de transport sont réputés négligeables) se substituera finalement aux deux
rapports primitifs. Ainsi, par exemple, sur les deux marchés, 10 unités A s’échangeront, non plus contre 15, non plus contre 20, mais contre 18 unités B.
Ce raisonnement suppose que rien ne limite la production des deux articles sur les deux marchés. Si les moyens de production font défaut avant qu’on n’ait atteint la situation d’équilibre vers laquelle le système tendrait, sous l’influence seule des lois de la consommation, il faudra bien qu’un autre équilibre s’établisse. Par exemple, le marché M resté débiteur, et qui ne peut pas, pour s’acquitter, produire en plus grande abondance l’article A dont pourtant le marché N s’accommoderait, sera bien obligé de restreindre la demande qu’il faisait de l’article B, ce qui relèvera la valeur relative de A autant qu’il est nécessaire pour que les comptes se balancent.
190. — Un a fait à M. John Stuart Mill l’objection que voici. Supposons, comme ci-dessus, la balance établie quand 10 unités A s’échangent contre 18 unités B : un abaissement dans la valeur relative de A, tel que 10 unités A s’échangeassent contre 17 unités B, déterminerait une plus grande exportation de l'article A de M en N, une moins grande importation de l’article B de N en M ; et il ne serait pas impossible que la balance des valeurs exportées et importées subsislât encore, la baisse relative de À étant exactement compensée par l’accroissement d’exportation, et la hausse relative de B exactement compensée parla diminution d’importation. Les lois de la consommation des deux articles sur les deux marchés pourraient donc être ajustées de manière qu’il y eût, non pas un seul, mais plusieurs ou même (dans l’hypothèse la plus singulière de toutes) une infi-
nité d’équilibres possibles, sans qu’on vît de raison, tirée de cette théorie, pour que le système se fixAt à l’un de ces équilibres plutôt qu'à l’autre, contrairement au principe qui veut qu’un système déterminé de causes ait toujours un effet déterminé.
Au fond, cette objection n’a rien qui puisse infirmer la théorie. La même difficulté a son analogue en statique, où il s’agit d’équilibre au sens propre du mot, et elle se présente toutes les fois qu’il s’agit d’assigner les conditions d’un équilibre économique. Ainsi, dans le cas d’un monopole (61), le monopoleur doit certainement s’arrêter au prix qui lui donne le plus grand revenu, et s’il s’en écarte, poussé par une cupidité imprudente, il y sera ramené quand il verra son revenu décroître. Or, dira-l-on, la loi de la demande pourrait être telle, que le revenu du monopoleur, après avoir passé par un maximum, puis décru lorsque le prix s’élève, reprît une marche ascendante lorsque le prix s’élève encore davantage, de manière à passer par une autre valeur maximum, et ainsi successivement.
A cela il faut répondre : 1° que les théories générales ne sont pas faites pour ces cas exceptionnels et singuliers. qui peuvent n’avoir qu’une existence idéale, et auxquels s’appliquerait une discussion pareillement exceptionnelle, s’ils venaient à se présenter dans l’ordre des laits réels; 2° que les variations du système économique, pour l’explication desquelles les théories sont construites, restent d’ordinaire contenues entre des limites trop resserrées pour qu’il y ait lieu d’admettre la possibilité de plusieurs maxima ou de plusieurs situations d’équilibre, dans l’intervalle de ces limites.
Quoi qu’il en soit, au lieu de répondre dans ce sens
à l’objection qiii lui est faite, M. Stuart Mill reconnaît une lacune dans sa théorie et propose de la compléter par un principe qu’il formule ainsi: « les quantités de marchandises que les deux pays peuvent fabriquer pour l’exportation, avec les capitaux privés rl' emploi par /’ importation, s’échangeront l’une contre l’autre. »
191 . — Pour rendre la discussion plus simple, prenons un cas extrême. Supposons l’article A de telle nature, qu’une baisse notable dans sa valeur relative n’en accroisse pas sensiblement la consommation sur le marché N. 11 suffira que la valeur relative de A (commune aux deux marchés après la communication) tombe tant soit peu au-dessous du rapport de 10 à 15, pour déterminer l’exportation de cet article de M en N, et pour qu’il cesse absolument d’être produit en N. Le marché N fabriquera d’abord la quantité de l’article B qu’il fabriquait auparavant, puis la quantité du mémo article B qui est nécessaire pour acheter les quantités de l’article A dont il a besoin. Il y trouvera une forte économie dans le coût de production; et pour le marché M le coût de production ne changera pas, soit qu’il s’agisse de fabriquer 10 unités A ou 15 unités B.
Cela posé, le coût de fabrication sera ou ne sera pas proportionnel au capital employé. S’il est proportionnel, le marché M emploiera le même capital qu’auparavant, et en ce sens on pourra dire que la quantité de marchandise qu’il fabrique pour l’exportation, avec le capital privé d’emploi par l’importation, s’échange contre la quantité de marchandise importée : mais, sur le marché N les choses se passent autrement; il y a en effet une économie de capital, ou un capital privé d’emploi en ce qui concerne la fabrication de l'ensemble des
articles A et B. Le reflux de ce capital et des autres instruments de production restés disponibles, sur d’autres articles de la production intérieure, est précisément l’un des avantages que le troc international procure au marché N, quoique d'ailleurs ce reflux puisse entraîner en général une baisse dans le loyer du capital et dans la valeur des autres instruments de la production.
Si l’on n’admet pas que le coût de production soit proportionnel au capital employé, alors, pas plus sur un marché que sur l’autre, l’égalité de valeur entre les marchandises échangées (dont la nécessité est évidente) n’entraînera l’égalité entre les capitaux privés d’emploi par l’importation et les capitaux affectés à la fabrication de marchandises pour l’exportation.
Sans doute, la production ne peut avoir lieu sans capital, comme elle ne peut en général avoir lieu sans bras ou, selon les cas, sans terres, sans eau. sans fer, sans bois, sans charbon. Si donc le capital manquait absolument sur l’un des marchés ou sur l’autre, pour qu’il pût suffire à la demande, et pour que le système atteignît ainsi à la situation d’équilibre indiquée par la théorie, dans le cas d’une faculté illimitée de production, ce serait le cas de l’exception que nous avons déjà signalée comme tenant d’une manière quelconque à la limitation possible des forces productrices Une pareille exception pourrait en eflfet être la conséquence de la limitation du nombre des bras, ou de la limitation des ressources naturelles, tout aussi bien qu’une conséquence de la limitation des capitaux disponibles. Il faudrait donc aussi poser ce principe : « les quantités de marchandises que les deux pays peuvent fabriquer pour
l’exportation, avec les bras privés d’emploi par l’importation, s’échangeront l’une contre l’autre; » et l’on aurait autant de principes de ce genre qu’il peut y avoir de causes de limitation des facultés productrices. Mais c’est le caractère de l’école anglaise que d’attacher au capital une importance qui efface ou domine celle de tous les autres instruments de la production (162).
192. — Quels avantages le troc procure-t-il aux deux marchés dans les conditions finales d’équilibre? Les auteurs de la théorie répondent ainsi '.
Le marché M obtient pour 10 unités A, 18 unités B au lieu de 15; c’est un avantage de 5 pour 15 ou de 20 pour 100 : le marché N obtient 40 unités A en donnant 1 8 unités B au lieu de 20 ; c’est une économie de 2 pour 20 ou de 1 0 pour 1 00. Par conséquent, dans l’hypothèse déjà indiquée, où l’effet du troc serait de maintenir sur le marché M, en l’étendant au marché N, le rapport de 10 à 15, tout l’avantage du troc serait pour le marché N : seulement, le marché M qui n’y gagne ni n’y perd, aurait mauvaise grâce de ne pas se prêter à procurer cet avantage à des voisins ou à des amis.
L’avantage deviendrait énorme pour le marché N, si l’article A n’y pouvait être produit qu’à très-grands frais, comme le vin d’Ecosse d’Adam Smith (180), et qu’il s’échangeât en conséquence, avant la communication des marchés M et N, non plus contre 20, mais contre 100, 200, 1 000 unités B. L’avantage deviendrait infini (au sens mathématique du mot), s’il s’agis-
' Principes d'économie politique, par M. J. Stuart Mill, t. II, p. 175 de la traduction française.
sait pour le marché N d’un article absolument exotique; et si le corollaire même, par son exorbitance, ne nous avertissait assez qu’il faut se méfier du théorème.
En effet, l’on aurait pu dire avec autant de fondement, quoiqu’en employant (à cause du choix de l’exemple) des nombres fractionnaires et partant moins commodes : Le marché N obtient pour 20 unités B H^unitésAau lieu de 10; c’est un avantage de \\ pour 10 ou de 11^ pour 100 : le marché M obtient 20 unités B en donnant 11 £ unités A au lieu de 15j; c’est une économie de 2~ pour 13^ ou de 16| pour 100. Dans cette seconde manière de calculer, tout aussi plausible que l’autre, le troc profite moins au marché M et profite plus au marché N. Or, les questions mathémaliques n’admettent pas de telles ambiguïtés. C’est qu’à vrai dire, ni l’une, ni l’autre manière de compter, ni toutes celles qu’on pourrait proposer en partant des mêmes principes, ne rendent convenablement compte des changements que le troc amène dans la situation des deux marchés.
« D’après la doctrine du troc international ', tous les avantages directs du commerce étranger résultent des importations, contrairement à la théorie vulgaire où l’on estime que tout l’avantage du commerce consiste dans les exportations, comme si les bénéfices d’une nation résultaient, non de ce qu’elle reçoit du commerce extérieur, mais de ce qu’elle donne. — Nous ne savons pas au juste ce que M Stuart Mill entend par la théorie vulgaire; c’est une affaire entre lui et les autres économistes les plus accrédités : mais nous avons montré
1 Ouvrage cité, t. II, p. 168 de la traduction française.
ci-dessus (177 et 179) que les résultats numériques de nos calculs ne changent pas, soit qu’on ait en vue la composition de la richesse ou du revenu, soit qu’on ait en vue les consommations et les satisfactions qu’elles procurent ; et il nous a paru que ce genre de preuve ou de vérification (166) milite singulièrement en faveur de nos principes; tout comme (qu’on nous permette de le dire dans l’intérêt de la vérité) le désaccord des résultats numériques obtenus tout à l’heure, en appliquant de deux manières, évidemment tout aussi légitimes l’une que l’autre, les principes de M. Stuart Mill, est une preuve de l’imperfection de ces principes.
M. Stuart Mill entend-il par théorie vulgaire le système de la protection ou delà direction gouvernementale en fait de commerce extérieur, tel qu'on l’entend vulgairement, et quelle que soit la construction théorique dont on veuille l’étayer? Soit : il s’ensuivra peutêtre que l’une des théories conseille d’encourager ce que l’autre conseille de décourager, et vice versa; mais il ne s’ensuivra pas (au moins d’une manière générale) que l’une des deux théories conseille la neutralité, là où l’autre théorie conseillerait d’intervenir.
195. — En effet, la théorie du troc international ne peut rester à cet état primordial où l’on ne suppose que deux articles A et B en présence, hypothèse visiblement imaginée (que l’on s’en rendit compte ou non) en vue de réaliser, dans une certaine mesure, les conditions de symétrie dont nous avons plus haut remarqué l’importance (185). Il faut considérer le cas du troc indirect, tel qu'il se présente lorsque la nation N, n’ayant rien à donner à la nation M en échange de l’article A qui lui fait défaut, trouve à échanger chez une nation tierce
l'article B contre un troisième article C, non qu’elle ait besoin de ce dernier article, mais parce qu’elle trouvera à l’échanger sur le marché M contre l’article A. Enfin, l’on rentre tout à fait dans les conditions de la réalité, en considérant un nombre quelconque de marchés M, N, P, Q, etc., et un nombre quelconque d’articles A, B, C, D, etc., directement ou indirectement échangeables. L’on comprend bien que l’activité du troc se portera d’abord sur les articles dont les valeurs relatives offrent d’un marché à l’autre le plus notable écart, pour attaquer ensuite les autres articles graduellement, jusqu’à ce qu’un nivellement général se soit établi pour tous les articles et pour tous les marchés en communication, sauf les inégalités ineffaçables qui tiennent aux frais de transport, et sauf la marge qu’il faut bien laisser aux bénéfices du commerce.
Mais de cela même on peut conclure que la théorie du troc international n’a point par elle-même la vertu de renverser le système de la protection ou de la direction en fait de commerce international. Car, nous venons de voir que les auteurs de la théorie reconnaissent que les avantages du troc international se partagent très-inégalement entre les nations qui font le troc; que même il peut arriver que tout l’avantage soit pour l’une des deux nations. Cependant il peut arriver aussi que ce troc entre les marchés M et N des articles A et B, dont tout l’avantage est pour le marché N, soit précisément celui qui tente le plus la spéculation, parce qu’il offre initialement le plus notable écart entre les valeurs relatives des deux articles sur un marché et sur l’autre. Donc l’on concevrait dans cas l’intervention d’une force protectrice qui contraindrait la spéculation commer-
ciale à se porter sur d’autres articles, qui fussent de nature à procurer à la nation protégée une part plus équitable dans les avantages du troc international, tels que les comprennent les auteurs de la théorie. Donc il faut recourir à des considérations d’un autre ordre pour renverser ou pour étayer le système de la protection, ainsi que nous essayerons de le faire au livre IV du présent ouvrage.
194. — Tant que le théoricien se livre à ses hypothèses abstraites, où il réduit autant que possible le nombre des articles sur lesquels le troc international peut porter, il n’a nul besoin de faire intervenir l’idée d’une mesure commune des valeurs, pour tous les articles et pour tous les marchés. Ainsi, les marchés M et N échangent entre eux les articles A et B, parce qu’il y a sur les deux marchés des différences de valeur relatives entre A et B, quelles que puissent être, relativement à l’ensemble du système économique, la valeur de A sur le marché M et la valeur de B sur le marché N. En ce sens et dans cette hypothèse, il est vrai de dire avec les auteurs de la théorie : « Ce n’est pas la différence qui existe dans le coût absolu de production qui détermine l’échange, c’est la différence du coût relatif. » Mais du moment que, par rapport à un grand nombre d'autres articles D, E, F , parmi les-
quels il y en a beaucoup dont l’exportation devient possible, l’article A est plus cher sur le marché M que sur le marché N, ce n’est plus l’article A qu’on exportera pour se procurer l’article B : le commerce d’exportation portera de préférence sur un ou plusieurs des
articles D, E, F Ainsi donc, à supposer même que
les besoins du commerce intérieur n’eussent pas déjà
depuis longtemps suggéré l’idée d’une mesure commune des valeurs, ceux du commerce extérieur, du moment qu’il peut porter sur un grand nombre d’articles, exigeraient que l’on construisît, par rapport à chacun des marchés, une table ou une échelle des valeurs relatives, table ou échelle dont la construction équivaudrait parfaitement à l’introduction d’une monnaie de compte, propre à chaque marché. La comparaison entre la monnaie de compte de l’un des marchés et celle de l’autre, serait pareillement la conséquence nécessaire de la marche et des besoins du commerce extérieur; et il y aurait de même des changeurs ou des banquiers qui donneraient une assignation de tant d’unités de compte prppres au marché M et payables sur ce marché, contre une assignation ou une traite de tant d’autres unités de compte, propres au marché N et payables sur cet autre marché. Les marchés qui n’auraient ni or, ni argent, seraient bien obligés de solder par des marchandises leurs comptes respectifs. Donc, la théorie du commerce international, sur quelque principe qu elle se fonde, serait essentiellement la même, soit que les nations qui commercent entre elles lissent ou non usage de la monnaie métallique : nous accordons cela sans difficulté aux auteurs de la théorie du troc international, et nous réclamons le bénéfice de celte observation pour notre propre théorie (1 S8).
195. — Mais voici la différence essentielle entre notre méthode et celle des auteurs de la théorie du troc international. Ils sont partis du principe de logique, vrai en général, qu’il faut aller du simple au composé, et il leur a semblé évident qu’en traitant d’abord le cas où le troc ne peut porter que sur deux articles,
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entre deux marchés, ils traitaient effectivement le cas le plus simple. En cela ils se sont trompés : car le troc, même quand il porte uniquement sur deux articles, ne peut avoir lieu sans influer par réaction sur l’ensemble du système économique, dans l’un et dans l’autre marché. Or, il serait impossible d’apprécier les effets de ces réactions, si l’on ne recourait pas à un principe de compensation, qui suppose que l’on embrasse dans son ensemble le système économique, pour s’attacher aux résultats moyens et généraux, non à tel résultat particulier. En outre, il serait impossible de faire l’application de ce principe de compensation et d’en rendre l’application intelligible par des exemples, si l’on ne supposait l'adoption préalable d’une mesure commune des valeurs ou d’une monnaie de compte, c’est-à-dire si l’on n’admettait que le prétendu troc s’est déjà converti en un commerce, tel que le pratiquent toutes les nations civilisées.
Même dans les sciences physiques, il y a des problèmes qui surpassent les forces de l’analyse lorsque l’on ne considère qu'un petit nombre de corps ou de molécules (trois par exemple, comme dans le fameux problème des trois corps), et que l’analyse attaque avec succès lorsque le nombre immense des molécules disséminées en tous sens permet d’admettre que toutes les réactions secondaires se compensent sensiblement les unes les autres. A plus forte raison doit-il en être de même dans une science dont l’idée génératrice (9) procède elle-même de la notion des compensations et des moyennes.