‹ Principes de la théorie des richessesChapitre 50 sur 76 · DE L'IMPOT EN GÉNÉRAL · texte numérisé non relu

DE L'IMPOT EN GÉNÉRAL

spécialement envisagées clans leurs rapports avec les traditions juridiques de chaque peuple et avec les règles générales de l’équité.

200. — Les dépenses qu’une nation s'impose ou qu’on lui impose, peuvent avoir pour but de faciliter, d’activer la production et la circulation des richesses. Ce sont des dépenses de ce genre que goûtent le plus les économistes, et qu'ils qualifient par excellence de dépenses productives. D’autres dépenses ont pour but d’assurer la police, le bon ordre dans la société, de protéger les personnes et les propriétés, de procurer à tons une bonne justice, de répandre les bienfaits de l’instruction, de satisfaire aux besoins religieux des populations, de veiller à la morale publique, à la santé publique et (dans une certaine mesure) aux plaisirs mêmes aui adoucissent ou charment la vie. Tout cela ne dépend point de la forme politique (13), de la grandeur de l’Etat, de son action ou de son influence au dehors. On doit à cet égard avoir les mêmes objets en vue dans une république et dans une monarchie, dans un puissant empire que gardent de nombreuses armées, et dans un petit canton qui ne compte, pour sauvegarder son autonomie, que sur les jalousies de ses puissants voisins, ou mieux encore sur le droit public des peuples civilisés.

Enfin d’autres dépenses (et certainement les plus fortes de toutes) ont pour objet le maintien d’une constitution politique, la représentation d’une cour, l’entretien d’une diplomatie, d’une armée, d’une flotte, des places de guerre, des arsenaux ; l’établissement d’une Eglise, en tant qu’un tel établissement fait partie de la constitution de l’Etat; tous les sacrifices qu’exige la conservation des alliances, la protection des clients; tout ce qui con-

court à donner aux nationaux et aux étrangers une haule idée de la puissance de l’Etat, du prince, ou de la nation. Ce sont là des dépenses improductives au premier chef, quand on se place au point de vue de l’économiste : tandis qu’aux yeux du politique, toute cette production de richesses, dont l’économiste fait si grand cas, n'a de prix qu’autant qu’elle permet au corps politique de déployer habituellement, ou du moins dans les circonstances décisives, plus d’énergie et de grandeur. En un mot, la richesse publique n’est pour lui que l’aliment qui soutient la vie politique, et il dirait volonliers avec l’avare ou l’ascète (St), qu'il faut manger pour vivre et non pas vivre pour manger. Nous ne discuterons pas la valeur de ce principe, et nous reconnaîtrons seulement que la marche des sociétés tend à faire prévaloir, atl moins dans la doctrine, les idées de l’économiste, sans que, dans la pratique, le fardeau imposé par les nécessités do l’ordre politique paraisse s’alléger.

Lorsqu’une nation, outre ses dépenses courantes, doit songer au service d’un emprunt et à l’amortissement d’une dette contractée par suito de dépenses antérieures, il y a pareillement lieu de distinguer, dans ce legs fait par le passé au présent et à l’avenir, la part qui revient à des dépenses faites dans un but économique, celle des dépenses faites pour l’amélioration de la vie sociale, et enfin la part afférente aux dépenses imposées par une nécessité politique ou causées par une fantaisie politique. Les nations modernes ont surtout la ressource des emprunts pour payer leur gloire, leurs revers, leurs révolutions, leurs passions et leurs caprices.

201 . — Les emprunts publics ont commencé par affecter, comme l’impôt, des formes très-variées, parce

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