Si les Gouvernements n’empruntaient que
pour exécuter quelques-uns de ces grands travaux, très-profitables à la richesse publique (quoique non susceptibles de donner un revenu qui puisse indemniser, sans subvention de l’Etat, le particulier ou la Compagnie qui les entreprendrait), il leur serait toujours possible de disposer d’une partie de l’accroissement, annuel de la richesse publique, pour l’appliquer, d’abord au service des arrérages, puis à l’amortissement de l’emprunt. Quand le Gouvernement, qui est chez nous le tuteur de toutes les corporations provinciales ou municipales, autorise un département, une ville, à faire un emprunt pour des causes de ce genre, il entend bien que cet emprunt sera effectivement remboursé dans un temps plus ou moins long, mais bien défini. Il se fait rendre un compte minutieux des ressources, tant pour le service des intérêts que pour l’amortissement du capital; au besoin il autorise l’intervention d’une grande Compagnie financière, qui, par un calcul habile de l’intérêt composé, se charge d’amortir la dette, pendant la durée de la vie d’une génération, moyennant un surcroît modique ajouté au fardeau de l’intérêt annuel. Ce que les Gouvernements savent si bien prescrire à d’autres, ils le pratiqueraient sans doute pour leur propre compte dans des circonstances semblables.
S'il s’agit de travaux qui, sans accroître la richesse publique, augmentent le bien-être physique ou moral des populations, et dont une longue suite de générations doivent profiter, on ne manque pas de dire qu’il est juste qu’une génération ne s’épuise pas, et que le fardeau se répartisse sur toute la suite des générations appelées à jouir des fruits du capital dépensé. Cependant, l’argument serait valable pour une province, pour