‹ Principes de la théorie des richessesChapitre 54 sur 76 · DE L'IMPOT EN GÉNÉRAL · texte numérisé non relu

DE L'IMPOT EN GÉNÉRAL

îiuler les 100 millions de rentes qui appartiennent à la Caisse d’amortissement? Que sera-ce donc si, bien loin de songer à réduire les impôts anciennement établis, il est question d’en établir do nouveaux ou de contracter de nouveaux emprunts pour faire face à des nécessités nouvelles? Ne choisira-t-on pas d’abord, avant que de se mettre en frais de nouveaux expédients, l’expédient qui s’olfre de lui-même et qui consiste à annuler les rentes rachetées ou même à suspendre, c’est-à-dire à supprimer la dotation primitive de l'amortissement?

Que peut conclure la froide raison de toutes ces remarques, devenues d’une application familière, sinon que (par la nature même des forces politiques et dans les conditions où sont placées la plupart des nations modernes) le remboursement effectif de la dette publique doit figurer parmi les utopies, et que l'exonération de ce fardeau ne peut avoir lieu que de deux manières : ou par des mesures révolutionnaires et violentes, ou par la lente dépréciation des métaux monétaires? En multipliant leurs emprunts pour multiplier leurs moyens d’action et d’iniluence, pour vivre en quelque sorte d’une vie plus intense pendant le temps que la Destinée leur assigne, les Gouvernements ne feraientdonc qu’escompter ce grand bénéfice que l’avenir tient probablement en réserve pour les débiteurs de toute sorte et de tout rang.

Est-ce à dire qu’il faille absolument renoncer à plaider une cause perdue d’avance, à lutter contre des tendances irrésistibles? A ce compte, tous les prédicateurs et les moralistes se retireraient découragés, tandis qu’ils s’estiment heureux s’ils ont réussi à diminuer tant soit peu les maux qu’ils ne peuvent détruire. On

ne saurait combattre des forces vives qu’avec d’autres forces vives. Puisque tant de passions diverses poussent les nations et leurs chefs à anticiper le plus possible sur les ressources de l'avenir, il faut bien qu’une passion contraire, celle qui fait prendre avec chaleur la défense des absents et des faibles, celle qui s’indigne des injustices par lesquelles se payera tôt ou tard la jouissance présente, vienne un peu en aide au froid raisonnement et à l’apathie scientifique ou philosophique. Nous ne devons pas disserter sur ce qui intéresse si sensiblement nos concitoyens et nos neveux comme nous disserterions sur des phénomènes qui se passent dans les mondes de Jupiter ou de Saturne, ou comme nous disserterions sur les convulsions géologiques qui ont précédé l’apparition de notre race. Le jour viendra peut-être où la pure raison gouvernera et décrira les choses humaines, mais ce jour n’est pas encore venu.

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