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CHAPITRE X

DES SALAIRES

225. — Rigoureusement parlant, le prix du travail n’est pas la même chose que le taux des salaires. La distinction est sensible pour le travail qui.se paye à la tâche : et pour celui qui se paye à la journée, l’entrepreneur saura bien faire la distinction entre ouvriers et ouvriers, selon que leur âge, leur sexe, leurs forces physiques, leur activité, leur adresse leur permettent de faire dans le même temps une plus grande quantité de travail utile. Mais, pour la commodité du discours, nous raisonnerons sur les salaires comme si les variations de salaires correspondaient exactement aux variations dans le prix du travail.

Quand on dit que le salaire de l’ouvrier ne peut tomber au-dessous du taux strictement nécessaire pour assurer la vie, l’entretien de l’ouvrier et de sa famille, on a en vue le salaire proprement dit, celui qu’un chef d’industrie donne aux ouvriers qu’il emploie : mais le paysan propriétaire d’un morceau de terre qu’il cultive à la bêche, est un ouvrier qui vit à la fois de sa propriété et de son salaire. L’artisan proprement dit (bien différent en cela de l’ouvrier des manufactures) a des outils, un approvisionnement de matières premières; il tire à la fois sa subsistance des produits de son modique capital et de la rétribution de son travail (50). C’est, si l’on veut,

l’enfance de l’art, mais une enfance exempte de bien des douleurs qui assiègent les sociétés parvenues à une plus savante organisation de l’industrie.

22G. — Un perfectionnement industriel, une restriction de débouchés, qui diminuent la demande de travail, peuvent causer la baisse des salaires : mais, parmi les causes habituelles, ligurent en première ligne l’oflre plus grande de travail, résultant de la multiplication des bras, du surcroît de fatigue que s’imposent les travailleurs, de l’application des femmes et des enfants à des travaux auxquels ils restaient précédemment étrangers, et en seconde ligne la raréfaction des capitaux. Si l’offre de travail augmente (toutes les autres circonstances égales d’ailleurs), il faudra bien que le salaire baisse pour que les exploitations puissent s’étendre de manière à épuiser l’offre ; et qu’il baisse, non-seulement dans la proportion requise pour que la baisse de prix de l’article en détermine l’écoulement, mais assez pour qu’une meilleure rémunération du capital en stimule l’accroissement au point de le mettre au niveau des besoins d’une production plus abondante. Si les capitaux se raréfient sans qu’il y ait de variation dans l’offre du travail, il faudra bien encore que le salaire baisse jusqu’au point voulu pour qu’une même production n’exige qu’un moindre capital, ou pour qu’une meilleure rémunération du capital, en en stimulant l’accroissement, balance l’influence des causes qui tendent à le diminuer. Quand ni l’un ni l’autre résultat ne peuvent être obtenus, la raréfaction du capital occasionne dans la demande de travail un vide que la baisse du salaire ne saurait combler.

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