DE L'OPTIMISME ÉCONOMIQUE
beaucoup l'abondance de la récolte aux dépens de la qualité. C’est la conséquence du nivellement des fortunes et du grand accroissement d’aisance dans des classes autrefois déshéritées. Beaucoup plus de consommateurs peuvent mettre un prix relativement élevé à des vins de qualité médiocre; et les riches ne le sont plus assez pour que le prix des vins de haute qualité puisse s'élever autant qu’il le faudrait, afin que le propriétaire de vignes trouvât son compte à produire de tels vins de préférence aux vins médiocres, du moins dans les circonstances les plus ordinaires, et quand il ne s’agit pas de crus dont la renommée s’étende au loin. L’on conçoit la possibilité d’une distribution des fortunes si plébéienne, pour ainsi dire, que le luxe du vin et que la production du vin cesseraient absolument, pour faire place à la fabrication de boissons plus factices La perfection économique consisterait donc alors à ne boire que du vin frelaté.
240. — En général, on peut dire que la valeur vénale a pris cours parmi les hommes, justement pour permettre de comparer numériquement des choses si peu similaires, qu'autrement elles ne pourraient être numériquement comparées (2). Mais la valeur vénale dépend de la loi de la demande, qui dépend elle-même (ainsi qu’on vient de le voir) du mode de distribution de la richesse, et qui dépend en outre des goûts des consommateurs, du moins pour tout ce qui peut être réputé voluptuaire dans la consommation (34). Or, l’on peut bien approuver ou blâmer les goûts, mais l’on ne doit pas disputer des goûts, c’est-à-dire prétendre prouver par raison démonstrative le meilleur et le pire en fait de goûts. Et cependant la définition de l’optimisme
économique en dépendrait. Le bon sens dit que les caprices de la mode et de la vanité, la perversion des goûts dans la multitude ou dans les classes privilégiées, peuvent agir sur les prix du commerce d’une manière aussi contraire à l’ordre naturel des choses, et dans un sens aussi défavorable que les mesures arbitraires ou systématiques prises par les gouvernements, soit dans un but politique et égoïste, soit dans des vues d’administration économique et désintéressée, mais mal éclairée. 11 n'y a que les cultivateurs de pavot et les marchands d’opium qui trouvant bon que les Chinois aient le goût de s’empoisonner avec l’opium. Voilà mille hectares de bonnes terres qui étaient cultivées pour la production du froment ou du coton, et que maintenant on affecte à la culture du tabac, à la grande satisfaction des propriétaires qui en deviennent plus riches, et des financiers qui mettent la main sur la meilleure de toutes les matières imposables : est-ce un bien ou un mal au sens économique? Vaut-il mieux manger du pain plus blanc et changer plus souvent de linge, ou ajouter à ses autres jouissances celle que procure la fumée d'une plante narcotique qui, heureusement, n’empoisonne pas comme l’opium ? On sent bien qu’il ne faut pas attendre de la théorie des équivalents économiques (33) la solution delà question.
On brûle ici du charbon de bois et là de la houille; on cultive l’olivier dans le midi, et dans le nord on récolte des graines oléagineuses; plus au midi encore on cultive le coton, et plus au nord le lin et le chanvre; on consomme ici du vin, ailleurs du cidre ou de la bière; ailleurs encore on convertit la fécule en alcool. Ce qui favorise les propriétaires de houillères pourra