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partie du combustible que la machine consomme, profiteront certainement, soit à la génération actuelle, soit aux générations futures. Ils constituent une amélioration économique et positive, de quelque manière qu’il plaise d’entendre philosophiquement ou transcendentalement la solidari téd’intérètentreles générations successives(235).
On ne contestera pas que ce qui augmente la population sans causer à personne plus de fatigues ou de privations ne soit un bien ; que ce qui retranche des fatigues ou des privations sans nuire à la population ne soit aussi un bien ; et qu’à plus forte raison, ce qui augmente à la fois la population et l’aisance de tout le monde ne soit un bien, dans le sens économique du mot. La difficulté ne peut venir que quand ce qui favorise l’une contrarie l’autre.
Nous savons qu’il vaut mieux pour un propriétaire substituer la culture de la vigne à celle du froment, quand il augmente ainsi son revenu en argent : car ce sera pour lui le moyen d’être mieux pourvu de froment, de vin, et de tout ce qu’il souhaitera. Nous n’en pouvons plus dire autant d’un pays qui ne serait pas à même de combler par l’exportation du superflu de ses vins et l’importation des froments étrangers le vide que le changement de culture aurait causé dans sa récolte de froment; de sorte qu’il en devrait résulter un changement dans son régime alimentaire ou dans le chiffre de sa population. Mais, si le changement consiste à mieux approprier chaque canton à chaque culture, de manière que le pays récolte à la fois plus de froment et plus de vin, personne n’hésitera à considérer ce changement comme un progrès économique.
En conséquence, s’agit-il d’anéantir des espèces nui-
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sibles ou qui n’ont aucune utilité, et de multiplier des espèces utiles; de défricher un terrain inculte, de dessécher un marais, d’endiguer un torrent; d’augmenter, ici par l'irrigation, là par le drainage, ailleurs encore par de meilleures méthodes de fumure et d’assolement, le rendement du sol en produits utiles? Pas de doute sur l’application de l’idée de progrès, d’amélioration ou d’optimisme économique. Les hommes les plus vulgaires la font tous les jours, guidés par le sens commun, aiguillonnés par l’intérêt privé; et chacun est persuadé qu’en même temps qu’ils travaillent pour leur intérêt particulier, ils contribuent aussi à la satisfaction des intérêts généraux.
Le principe de compensation, dont nous avons fait un si fréquent usage dans le livre précédent, nous vient en aide, en grande partie pour éluder (quand cela est possible) les rapprochements entre des termes pour lesquels on manque d’un moyen terme de comparaison, d’une commune unité de mesure, de manière à permettre de constater par le raisonnement et le calcul, le fait positif d’une amélioration ou d’un progrès économique ; mais nous avons vu aussi combien de restrictions il faut apporter à la généralité du principe. De là une imperfection relative de la science économique dont il importe de bien saisir la raison essentielle, et sur laquelle nous reviendrons encore dans notre chapitre final.
243. — Ainsi que nous avons déjà di\ le remarquer ailleurs ', à propos d’études plus générales, il y a une grande analogie entre l’idée de l’optimisme en économie
• Traité de l'enchainement des idées fondamentales, livre IV, chap. <2.
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sociale, et les idées de l’optimisme et de la finalité en philosophie naturelle. L’un et l’autre principe ne comportent que des applications partielles et relatives, dans des circonstances déterminées. Voilà tel délail d’organisation qui certainement est ce qu’il y a de mieux pour que telle fonction s’accomplisse, pour que telle espèce se perpétue; mais élevez-vous plus haut, et demandez pourquoi telle espèce a été appelée à figurer dans la faune ou dans la flore d’une contrée plutôt que telle autre, le principe de l’optimisme et de la finalité, en tant que fil conducteur, nous échappe. Ce qui favorise la multiplication d’une espèce est une cause de destruction ou de restriction pour une autre, sans que l’on soit le moins du monde fondé à juger qu’il est mieux en soi que telle espèce se propage aux dépens de telle autre. Le fil conducteur se retrouve quand nous envisageons la création terrestre dans ses rapports avec l’homme; et tout d’abord nous jugeons qu’il est mieux, dans cel ordre relatif, que telles espèces, telles races soient propagées, et telles autres restreintes ou détruites; qu’à cette fin, tel mode de culture, d’assolement, d’exploitation ou de distribution des cultures et des fabrications, soit adopté de préférence à tel autre. Puis, nous arrivons à comparer entre elles des espèces et des produits diversement utiles, répondant à des besoins et des gofits divers, en raison de la complexité de l’organisation de l’homme, de la variété dans la constitution des sociétés humaines, de la diversité des tempéraments, des races, des classes, des mœurs, des habitudes, des temps et des lieux; et le fil conducleur nous échappe de rechef : car nous voudrions comparer des choses hétérogènes, qui ne sont pas effectivement comparables, et qui parconsé-
quent ne se prêtent pas à une détermination de maximum ou d 'optimum .
La pente de notre esprit nous porte cependant à rechercher une mesure commune; et comme le jeu des institutions de commerce nous a familiarisés avec l’idée de la valeur vénale, nous sommes enclins à croire que le maximum de valeur vénale correspond exactement à l’idée d’optimisme économique : mais c'est là une supposition gratuite et qui, ainsi qu’on l’a vu, ne résiste pas à une critique impartiale.
Ces résultats sont curieux : car on serait tenté d’abord d’admettre que, si le principe d’optimisme nous échappe bientôt comme fil conducteur en philosophie naturelle, cela tient uniquement à l’imperfection de nos connaissances, qui ne nous permet de juger des choses naturelles que dans ce qu’elles ont de relatif à nous, et non dans leur ensemble; tandis que, pour les choses de l’ordre économique, dont l’homme est lui-même le principe et la fin (55), il n’y a rien de pareil à alléguer; et de là il est permis d’induire que, même en philosophie naturelle, l’évanouissement du principe d’optimisme comme fil conducteur, tient à la nature même des choses plutôt qu’à notre manière de les envisager. Peutêtre aussi sera-t-on moins porté à combattre, sur le terrain des faits économiques, des doctrines si conformes à celles auxquelles nous conduit l’étude des faits naturels.