CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES SUR LE PRINCIPE DE LA LIBERTÉ ÉCONOMIQUE
244. — Il s’agit maintenant du principe de la liberté économique , considérée comme l’unique moyen ou comme l’un des moyens d’atteindre au but de l’optimisme économique : soit que nous ayons de ce but une définition claire et rationnelle, soit que nous en ayons le sentiment confus, dans les cas où une pareille définition nous échappe. Nous avons à examiner s’il est vrai (comme l’ont soutenu beaucoup d’esprits distingués et d’auteurs accrédités) que le plus grand bien de la société doive nécessairement se trouver dans la direction de la résultante des forces mises en jeu par tous les intérêts particuliers.
En premier lieu, remarquons que personne n'a jamais contesté, ni ne contestera la possibilité de vices, de défauts, de travers, de préjugés, d’erreurs qui affectent le plus grand nombre des individus dont une nation se compose, de manière à les rendre sourds à la voix de leur intérêt bien entendu (comme disent les moralistes). Tel peuple est voluptueux et indolent, et le travail lui paraît trop pénible; tel autre est batailleur et fier, et il méprise le laboureur, l’artisan, le commerçant. Sans sortir de l’ordre économique, beaucoup d’erreurs, aujourd’hui définitivement jugées, ont été longtemps populaires, ont régné dans les masses, ont servi de fondement aux réclamations des organes de l’opinion pu-
blique, aux mesures des Gouvernements. Aussi (comme on l’a plusieurs fois remarqué) les apôtres les plus ardents de la liberté, ceux qui proclament le plus haut les droits de la raison, ne sont pas ceux qui se méfient le moins de l’ignorance du commun des hommes et de leur penchant à la servitude. Personne n’insiste plus qu’eux sur la nécessité de donner aux masses l’instruction qui leur manque, et les autres qualités propres i> bien régler leurs volontés et leurs choix. Donc, pour la discussion dans laquelle nous allons entrer, il faut d’abord supposer que l’on parle d’une société dont l’éducation est toute faite, d’une société composée d’hommes laborieux, sobres, industrieux, suffisamment instruits de ce que conseille à chacun d’eux son intérêt particulier. On peut croire, en effet, que les progrès de l’expérience et de la raison générales rendent toujours plus plausible une pareille hypothèse. On peut même accorder que, dans des sociétés telles que les nôtres, des hommes même grossiers ont assez de perspicacité pour démêler ce qui louche à leur propre intérêt, mieux que des hommes bien plus habiles à qui cet intérêt est étranger et qui dispersent leur attention sur une foule d’objets.
245. — Certes, l’esprit de l’homme éprouve toujours un noble plaisir à pénétrer, autant que le lui permet sa faiblesse, dans les plans divins, et à en contempler l'économie avec une admiration d’autant plus vive qu'il les comprend mieux. Les objections, les négations d’une philosophie sceptique n’ont, jamais satisfait ces génies vraiment supérieurs, qui de siècle en siècle se sont transmis le sceptre de la pensée. Raison de plus pour se tenir en garde contre des finalités, des har-
monies prétendues que nous décréterions de notre chef, au lieu d’en attendre la manifestation de la patiente étude des faits et des lois. La puissance et la direction du souverain Etre, dans l’ordre des faits purement naturels, s'appelle la Nature : dans l’ordre des faits moraux elle s’appelle la Providence. Que l’ordre moral ait des harmonies mystérieuses, qui oserait en douter, si ce n’est celui qui a le triste courage de nier l’ordre moral? Mais, il n’y a rien à conclure des harmonies de l’ordre moral pour ou contre les harmonies de l’ordre économique. Il se peut, au contraire, que des dissonances, des antagonismes, des contradictions (comme on les a appelées) dans l’ordre économique, soient au nombre des moyens par lesquels la Providence se plaît à manifester les harmonies de l’ordre moral, de même qu’elle y fait concourir les désordres, les troubles, les maux inévitables, dans le plan des phénomènes physiques et naturels.
Assimilerait-on le principe d’harmonie des phénomènes économiques à celui qui préside aux phénomènes de l’ordre purement naturel? En effet, lorsqu’il s'agit de concourir au bien général par une sorte de consensus machinal ou organique, l’intérêt individuel (si éclairé qu’on le suppose) n’intervient plus que comme une force aveugle qui n’a pas conscience du but à atteindre, qui ne peut rendre raison des moyens d’y atteindre. Or, il serait bien difficile d’admettre, et surtout bien difficile de prouver que quelque chose d’analogue au merveilleux instinct de l’animal, au mystérieux principe de l’évolution des fonctions de la vie, opère au sein des sociétés humaines (à civilisation compliquée, vieillie, et de plus en plus artificielle), à l’effet d’y pro-
duire dans l’ordre économique, sans monade dirigeante, sans préméditation ni conscience aucune, cette parfaite subordination des parties au tout, des organes élémentaires à l’organisme complet, qui -se refuse à nos explications et qui n’en excite que plus notre admiration, lorsque nos yeux et nos études se portent sur les phénomènes de l'organisme vivant. Les sociétés humaines ont en plus grande partie dépouillé les caractères d’un tel organisme, lorsqu’elles sont arrivées aux phases dans lesquelles l’économiste les considère ; et pour donner des bases à ses constructions rationnelles (2), il les en suppose dépouillées plus qu’elles ne le sont actuellement, plus qu’elles ne le seront peut-être jamais.
Il faut donc mettre ici de côté toute idée d’un concert organique, instinctif, mystérieux, pour ne recourir qu’à l’idée d’un accord ou d’un ajustement mécanique, opéré par des lois d’une nécessité mathématique ou rationnelle , comme celles d’où résulte le bel ordre des mouvements astronomiques, ou (s’il est permis de comparer de si petites choses à de si grandes) comme celles que nous indiquions dans une autre partie de cet ouvrage, à propos des transports de valeurs d’une place à l’autre (138). Il faudrait prouver par le raisonnement et le calcul l’existence d’un tel accord : et non-seulement la démonstration n’a pas été fournie, mais on peut être sûr qu’elle n’existe point, puisqu’au contraire il est aisé de combiner des hypothèses ou de citer des cas réels pour lesquels l’accord prétendu n’a pas lieu.
246. — L’homme civilisé se moque du sauvage qui abat l’arbre pour avoir le fruit : mais à cet égard, l’homme le plus civilisé iient encore beaucoup du sauvage. Quand il a découvert les forêts où errait auparavant le sau-
vage, il les a brûlées, non pour cueillir des fruits, mais pour retirer des cendres quelques quintaux de potasse. Dans ses anciennes demeures, lorsque le bois a acquis une valeur suffisante, il abat la forêt pour vendre à grand prix le produit de la coupe, pour faire ensuite pendant plusieurs années, sur le sol livré à la culture, des récoltes abondantes, sans souci du temps à venir, où le sol appauvri deviendra une lande, où les pluies le ravineront, le dénuderont et transformeront en un roc aride cette montagne boisée qui entretenait dans toute une contrée des pluies fécondantes et la protégeait contre la dévastation des eaux torrentueuses. S’agit-il d’un dépôt fossile récemment découvert? Les premiers exploilateurs gaspilleront la trouvaille plutôt que de s’imposer les frais nécessaires pour en faire profiler des générations éloignées. Le marin harponne la baleine dans les mers polaires, sans s’inquiéter s’il eu aura bientôt détruit l’espèce. Quelles que soient les limites auxquelles doivent se restreindre et auxquelles se restreigne en effet la sollicitude des Gouvernements en pareille matière (235), elle ne peut guère manquer de se trouver en conflit avec l’intérêt particulier.
Mettons de côté la circonstance d’un épuisement certain ou possible, et considérons le cas d’un aménagement régulier. Les personnes versées dans l’économie forestière nous paraissent avoir bien établi que l’aménagement d’une forêt, le plus propre à donner le plus grand produit annuel en .mètres cubes de bois, et par conséquent le plus utile à la société, le meilleur au point de vue de l’exploitation des forces naturelles et des ressources de l’atmosphère et du sol dans 1 intérêt de l’homme, est un aménagement séculaire dont aucun
particulier ne pourrait s'arranger : parce que, faisant (comme il doit le faire) la part de l’escompte, son revenu annuel, apprécié en argent, se trouverait de plus en plus réduit, tandis que le produit matériel croîtrait de plus en plus. Rien n’est plus facile que d’expliquer ce paradoxe apparent et l’origine du conflit entre l'intérêt général et l’intérêt privé. Un particulier hérite d’une forêt et il la trouve aménagée en taillis, comme *le veut l’intérêt privé, ou en futaie, comme le voudrait l’intérêt général. Si c’est en taillis, le sol est loin de rendre tout le produit annuel qu’il pourrait rendre par un pluslong aménagement; mais, pour passer d’un aménagement à l’autre, il faudrait ajourner à long terme la perception d’une grande partie du revenu, et faire un calcul d’intérêt composé pour comparer ce revenu éloigné au revenu actuel : le résultat du calcul est de prouver au propriétaire que, dans l’intérêt de sa descendance comme dans le sien (à supposer que l’intérêt de sa descendance le touche autant que le sien propre), il vaut mieux ne pas changer d’aménagement. Si au contraire la forêt se trouve déjà à cet état d’aménagement qui donne annuellement le plus grand produit en bois, le propriétaire calculera, par la formule de l’intérêt composé, ce que doit valoir à sa descendance le capital qu’il peut actuellement réaliser par une coupe extraordinaire, en abrégeant l’aménagement. De toute manière, l'avantage général devra céder à un avantage particulier; et cet avantage général restera très-distinct de la somme des avantages particuliers de tous les propriétaires, en y comprenant l’Etat lui-même, s’il administre ses propres forêts en propriétaire ou en financier, plutôt qu’en vue de l’économie générale de la société.
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Si l’on va au fond de la difficulté, on voit qu’elle tient précisément à ce que le capital réel ne peut suivre, comme le capital fiduciaire, la loi d’accroissement en progression géométrique (50). Si l’économiste pouvait calculer comme le banquier ou le marchand (240), il serait de l’intérêt général, aussi bien que de l’intérêt privé, de faire coupe blanche des futaies : car le produit de la coupe se Convertirait en un capital réel, sous forme de fer forgé, de poutres, de bordages, lequel capital réel' en produirait un plus grand au bout d’un an, un plus grand encore au bout de deux ans, et ainsi de suite, en progression géométrique. Nous procurerions ainsi à nos arrière-neveux, en abattant actuellement nos futaies, une prospérité fabuleuse. C’est à quoi répugne la nature des choses : le capital réel, pas plus que la population, ne saurait s’accroître en progression géométrique. Ce sou placé à intérêt composé depuis l’origine de l’ère chrétienne et les sommes étourdissantes qu’il produit, sont un jeu d’esprit, bon à laisser daDS nos classes de mathématiques.
A l’exemple choisi, si l’on voulait en éplucher et en critiquer les termes, il serait facile d’en substituer d’autres. Que d’entreprises agricoles, industrielles, commerciales, sont arrêtées uniquement par des calculs d’escompte et d’intérêt composé, de la nature de ceux présentés ci-dessus! Si donc le loyer des capitaux est l’une des conditions nécessaires de notre organisation économique, il a certainement pour résultat possible de mettre en conflit l’intérêt général et l’intérêt particulier.
247. — Il en faut dire autant du rôle économique des métaux précieux. On découvre une mine d’argent, un placer d’or, au grand avantage, économiquement
parlant, des auteurs de la découverte ou de ceux qui l’exploitent : mais le bénéfice qu’ils font est compensé par la perte que cause la baisse de valeur de la réserve métallique entre les mains de tous ceux qui en détiennent des parcelles (141). Qu’y a gagné le monde civilisé? Directement, rien du tout. Au contraire, on a f’inconvénient de manier un instrument plus lourd ; et le surcroît de production métallique a consommé du travail, des denrées, des ressources naturelles qui auraient pu être appliqués à des productions réellement utiles. Si le prisme vraiment magique de Kirclihof nous montrait l’or présent partout, et que cet or pût être recueilli avec avantage pour l’industrie privée, il faudrait briser le prisme, ou que les nations s’entendissent pour proscrire cette industrie désastreuse. A la vérité (116), quelques avantages indirects peuvent résulter de tout ce qui stimule l’activité de l’homme, même dans un but mal choisi; en cherchant la pierre philosophale, les alchimistes ont préparé l’avénement de la vraie chimie qui rend aujourd’hui des services incontestables : toutefois, ce n'est pas une raison pour remettre en honneur l’alchimie et la pierre philosophale.
248. — Que le monopole mette souvent en contradiction l’intérêt particulier et l’intérêt général (61,154), c’est ce qu’on ne nie guère et ce qui rend raison de la défaveur, parfois outrée, dont le monopole et les monopoleurs ont toujours été l’objet : mais on applique souvent (nous l’avons vu) le terme de monopole hors de propos; et les théoriciens qui, sans mauvaise intention, ont baptisé la propriété du nom de monopole naturel (65) n’ont pas pris garde que c’était un moyen de jeter sur la propriété et sur le propriétaire la défaveur
qui s’attache au monopole et au monopoleur. En effet, la propriété, la possession de l 'avantage naturel qui donne lieu au phénomène économique de la rente foncière, peut mettre en contradiction l’intérêt du propriétaire et l’intérêt général, sans que le mode d’exploitation adopté par le propriétaire ait aucune influence sensible sur le prix, et par conséquent sans qu’il se rattache à un véritable monopole.
En général, le propriétaire foncier qurhe cède pas à des inclinations philanthropiques, à des goûts agronomiques, ne s’occupe que du produit net ; il repoussera les innovations les plus propres à augmenter considérablement le produit brut, dès qu’elles doivent avoir pour lui le fâcheux résultat d’entamer tant soit peu le produit net; et pourtant il serait déraisonnable d’affirmer que dans tous les cas ce léger dommage surpasse, pour le corps de la société, l’avantage résultant d’une grande augmentation de produit brut (237). Ce serait reproduire, sous une autre forme, la doctrine insoutenable de l'école physiocratique (35).
Voilà un pays où la population est rare, où la propriété du sol est concentrée dans un petit nombre de mains : les grands propriétaires trouvent que leur intérêt bien entendu consiste à ne pas entreprendre à grands frais des défrichements, des assainissements, des constructions de bâtiments pour l’exploitation rurale, et à se contenter du loyer (relativement modique) que leur payent les propriétaires ou les conducteurs de troupeaux transhumants. Ils peuvent avoir parfaitement raison, même abstraction faite des cas auxquels s’applique le calcul d’escompte dont nous avons déjà parlé (246) ; et si quelque autre principe d’action, quel-
que force directrice ou coercitive n’interviennent, le pays restera à tout jamais dans les conditions de désert mal sain où les circonstances l’ont mis, et qui apparemment ne sera pas réputé le meilleur, même au point de vue économique.
Voilà, d’autre part, un pays où (comme dans nos provinces de l’Est) la terre est extrêmement morcelée : de sorte qu’une exploitation agricole (un domaine, comme on dit) dont ie fermage en grains vaut un millier de francs, comprendra deux cents lambeaux de terres et de prés. Cette dissémination est cause que le charretier, le semeur, le moissonneur font en pure perte une dépense de temps, de travail et de forces vives qui eût pu être utilement appliquée à la même superficie de terres contiguës. Les chances de procès, avec les frais et les pertes de temps qu’ils entraînent, en sont considérablement accrues. Chose plus fâcheuse encore, l’éparpillement met obstacle à la meilleure exploitation, à l’introduction de la plupart des perfectionnements agricoles consistant en fumures, en assolements, en élève de bétail. Or, ou attendrait vainement du libre jeu des intérêts individuels le changement de cet état de choses; quelques adoucissements de droits fiscaux, pour encourager l’échange des parcelles, seraient sans efficacité réelle; il faudrait, pour changer la situation, plus qu’une de ces lois comme le pouvoir social en fait journellement dans l’organisation actuelle des sociétés.
249. — D’ailleurs, s’il y a dans le monopole un principe de désaccord entre l’intérêt particulier et l’intérêt général, il y en a un autre dans la concurrence , qui ne frappe guère moins aujourd'hui les yeux de la foule. Quand l’aiguillon de la concurrence pousse à avilir les
prix, et notamment le prix du travail, jusqu’à amener le malaise des producteurs et à vicier les organes de la production, il ne nuit pas seulement à ceux qui en souffrent immédiatement; il devient nuisible au corps social tout entier, quelque avantage apparent qu’il donne pour le moment à d’autres classes de la société : de même que le corps vivant tout entier souffre de l’embonpoint d’un organe qui dérobe à d’autres organes les sucs nourriciers. Si de plus la concurrence pousse à altérer les qualités, à séduire les consommateurs par l’apparence d’une économie mal entendue, à produire plus que les débouchés ne peuvent écouler, ce qui ramène périodiquement des crises commerciales, ses inconvénients, pour le corps social comme pour les producteurs euxmêmes, seront encore plus évidents; et pourtant il ne l’est pas moins que la libre concurrence doit amener de tels résultats. Puisque, sous l’empire de la concurrence indéfinie, chaque producteur en particulier n’a aucune influence sensible sur les prix et sur la production totale, aucun d’eux ne peut conjurer les suites fâcheuses de l’entraînement général; et s’il y voulait résister pour son propre compte, il ne ferait qu’ajouter un dommage particulier et actuel à la part qui lui incombera plug tard dans le dommage général. En présence d’inconvénients si palpables, dus à la libre concurrence, comment ne se produirait-il pas des systèmes d’association, de discipline et de réglementation ? Comment s’étonner des grèves, des coalitions d’ouvriers, des pactes entre les chefs d’industries, qui sont autant de protestations contre l’état d’indépendance et d’isolement, autant de tentatives pour [enrégimenter et discipliner les différentes catégoriesde travailleurs?
Les avantages et les inconvénients du monopole ont plus d’affinité avec la condition du propriétaire : les avantages et les inconvénients de la concurrence ont plus d’affinité avec la condition du travailleur. Quant au capitaliste qui met ses capitaux au service du propriétaire et du chef d’industrie, il va sans dire qu’il recherche le placement le plus productif et le plus sûr, sans s’inquiéter autrement de l’emploi qu’on en fait, et sans se soucier de savoir si cet emploi (le plus avantageux apparemment à celui qui fait usage du capital) est le plus avantageux au corps de la société. Soyez l’ami d’un banquier puissant, d’un habile agent de change, et ils trouveront bien le moyen de faire rapporter à votre argent beaucoup plus que vous n’en pourriez tirer en le prêtant, sans procédés usuraires, à un propriétaire rural ou à son fermier, Et, quoi qu’on en dise, les risques ne seront pas beaucoup plus grands d’un côté que de l’autre. Cependant, sans vouloir contester les services que peut rendre en temps opportun la spéculation sur les fonds publics, sur le report et le change (72), on ne sera pas tenté de soutenir qu’il est d’un intérêt général que les capitaux ne se portent vers l’agriculture qu’après que la spéculation sur les affaires de Bourse et de Banque en est saturée. La plus grande fluidité des capitaux fiduciaires ou réels, par comparaison avec les autres instruments ou organes de la production, est bien cause qu’ils cèdent plus facilement à la direction que veut leur imprimer l’intérêt particulier, mais ne saurait faire qu’ils aient plus d’aptitude à se diriger d’eux-mêmes là où il serait plus avantageux au corps social qu’ils se dirigeassent.