CHAPITRE IV
APERÇU GÉNÉRAI. DU MÉCANISME ECONOMIQUE ET DU JEU DES FORCES ■ PRODUCTRICES. — DÉFINITION DE L ÉQUIVALENCE ÉCONOMIQUE. — DU CONCOURS DU TRAVAIL ET DES FORCES OU DF.S RESSOURCES NATURELLES.
29. — Nous allons passer à des considérations d’un autre ordre; et au lieu de mettre en parallèle la jurisprudence et la science économique, nous rapprocherons celle-ci de la science qui traite des forces mécaniques et de leurs effets. Déjà nous avons esquissé ailleurs 1 les principes de cette dynamique supérieure dont Leibnitz a eu 1 idée, et qui nous montre, dans les lois qui gouvernent le travail de nos machines, un exemple propre à faire concevoir les lois bien plus générales sous l’empire desquelles s’effectue la perpétuelle conversion des forces naturelles les unes dans les autres : on peut de même établir une comparaison entre le phénomène de la production économique et le travail des machines, de manière à rendre sensibles les analogies qu’ils présentent.
Figurons-nous une machine à vapeur qui élève sur un plateau un grand volume d’eau : cette eau mise en réserve pourra ensuite être utilisée comme moteur, et régénérer par sa chute la force vive qui a été dépensée pour l’élever à la hauteur voulue, sauf un déchet que le perfectionnement du mécanisme atténuera de plus en plus, et dont il convient de faire d’abord
1 Traits de Venrhainement des idSes fondamentales , livre II, chap. ".
abstraction pour la commodité du raisonnement (2). Le même volume d'eau pourra être sacrifié comme source de travail mécanique, mais en recevant un emploi non moins utile, s’il sert à abreuver les habitants d’une ville, à y entretenir la salubrité, ou si, dans une exploitation agricole, il sert à étancher la soif des bestiaux, à augmenter par l’irrigation la fécondité de la terre. Enfin, il arrivera quelquefois, que ce volume d’eau aura été élevé avec une grande dépense de force, ou de combustible générateur de la force, uniquement pour charmer les yeux du spectacle de jets d’eau, de cascades : il y aura eu, non-seulement dépense ou consommation de force vive, au point de vue du mécanicien ou de l’ingénieur, mais consommation improductive, dans le sens économique du mot.
30. — De même, lorsque l’on suit le travail d’une usine, d’une manufacture, on voit qu’elle consomme sans cesse des provisions de matières premières, de combustible et de denrées de toutes sortes; mais, la valeur de toutes les matières consommées doit se retrouver et se retrouve dans la valeur des nouveaux articles que l’établissement industriel livre au commerce, sans quoi il est trop évident qu’il fabriquerait à perte et qu’il ne pourrait se soutenir. Les ouvriers employés ont consommé pour leur propre usage et pour celui de leurs familles, des aliments, des vêtements, du combustible, mille choses nécessaires à la vie, dont il faut bien que la valeur se retrouve dans celle des articles fabriqués, puisqu’elles ont été payées avec des salaires payés par les maîtres de l’établissement, et que la population ouvrière disparaîtrait si ses salaires ne lui fournissaient de quoi suffire aux consommations obligées des ouvriers