COMPAGNES
Ma chère Aurélie,
C'est aujourd'hui congé et nous ne faisons pas de
romenade parce qu’il pleut ; je profite de ce temps bre * pour t’écrire. Voilà déjà trois semaines que je uis rendue au couvent, je m'y plais beaucoup, je commence à m'habituer à la règle et au travail. Franchement, ma chère amie, la vie est sérieuse ici. Tu ne saurais t'imaginer comme nous sommes occupées. On nous donne tout juste le temps de prendre nos repas et deux heures de récréation. A part cela, c’est de l’étude, de la classe ou de la prière, et du matin au soir. ‘Tu sais que, à l’école, j'étais souvent la première de ma classe, ici je n'ai pas encore eu cet honneur, j'ai pourtant fait de mon mieux. Je me trouve avec des élèves qui ont beaucoup de talent et qui sont habituées à l'étude ; mais, avec le temps, j'espère m'y habituer comme elles, je n’'abandonne pas la partie, sois-en sûre. Ma bonne cousine Emélie réussit très bien, cela m'encourage.
Les jours de congé, nous faisons une longue promenade lorsque le temps est beau, et le soir, à la récréation, nous dansons toutes, c’est comme un tourbillon, la maison en tremble. Les grandes jouent du piano, et elles jouent très bien.
Maman n’est pas encore venue me voir, je l’attends dimanche prochain avec ma petite sœur. C’est long trois semaines sans voir sa mère, Prie bien pour moi, ma chère Aurélie, et sois certaine que je ne t’oublie pas. Ne manque pas non plus de m'écrire bientôt et de me donner des nouvelles de ta famille, de l’école, de tout ie monde enfin. Mais écris-moi cela proprement, fais de ton mieux, car la Supérieure lit toujours nos lettres.
Je te baise sur les deux joues et je te souhaite une bonne santé.