L'ABBÉ PÉREYVE A UN AMI
Je n'ai pas besoin de te dire combien ta lettre nous a apporté de peines et de regrets. Je voudrais être auprès de toi pour te donner quelques-uns de ces témoignages d'ami qui adoucissent les chagrins trop douloureux.
Ta mère recueille maintenant les fruits de sa vie pieuse, douce, bienfaisante ; et si Dieu lui permet de tourner encore quelque chose de son cœur vers la terre, tu sais, mon mi, que c’est vers toi, autour de toi, et pour toi que ce cœur vit et veille avec amour. Ne dis plus que tu es sans famille ; ta famille, ton père, ta mère sont plus haut que la terre, mais ils vivent, ils t'aiment, ils te voient. Quand tu leur parles, avec la la permission de Dieu ils t’entendent, et leur cœur dépense pour toi plus d'amour que s'ils avaient vécu plus longtemps ici-bas.
La cité de la terre est la cité de l'illusion, du rêve, du doute ; les réalités vraiment dignes de ce nom sont dans un monde meïlleur...... On ne perd pas ceux
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qu'on aime, quand ils sont endormis dans le Seigneur, et le nom d'orphelin n'est pas un mot chrétien.
.…... Laisse-moi le dire, mon bon ami, quand tu entendras dans ton âme l'écho d'un bon désir, d'une bonne inspiration, d'une résolution généreuse, écoutele: “C'est la voix que tu aimais. Quand tu seras tenté de mal faire, de jouir des choses défendues, si un reproche, si une religieuse crainte s'élève en toi, écoutela: C'est la voix que tu aimais.
Si, un jour, cette voix te disait de revenir plus tendrement à ce Dieu qui a béni ton enfance, si elle te reprochait de t'éloigner un peu de l'autel de ta première communion, si elle te rappelait ces souvenirs qui font pleurer et qui triomphent toujours des beaux et bons cœurs, alors, mon ami, alcrs surtout écoute cette VOIX ses Oh! sas bien quelle voix te dirait ces CROSES since dosrsseutr ess ces
LACORDAIRE A MME SWETCHINE
Rome, 13 mars 1837.
Je vous écris un mot par une occasion, chère amie, afin de vous témoigner la peine que je ressens des aflictions que Dieu vient de vous envoyer par la mort de ce pauvre prince Gagarin. C’est un des moments où j'ai le plus regretté mon éloignement de vous. De loin, on ne peut rien pour consoler ses amis. La plume est trop froide et trop brève. Je suis sûr que ma présence vous aurait fait du bien, et je crains, au contraire, que mes lettres n'aient ajouté à vos tourments. C’est bien contre ma volonté. Je vous ai dit les choses comme je les ai senties, et je crois qu'entre amis, il n’y a pas d'autre moyen de maintenir une douce confiance, même quand on dit des choses qui attristent. Si je pouvais causer avec vous, j'éclaircirais bien vite tous ces nuages. Mais je suis honteux ce vous parler encore de moi pendant que je veux ne vous parler que de vous-même.
J'ai vu M. Ballanti, à qui j'ai demandé tous les détails possibles sur la situation de Madame votre sœur, afin de savoir la grandeur de vos inquiétudes. Mais c'est avec vous-même surtout que j'ai été. J'attends avec impatience votre prochaine lettre, car rien ne n'est venu depuis longtemps qu’un billet contenant un extrait de ce bon M. Laborie…..
Adieu, chère amie, mes respects au général, et à vous, tout ce qu'il y a de plus capable au monde de vous faire plaisir et d'adoucir vos peines. A bientôt.
Louis VEUILLOCT A MME DÉSIRÉ CARRIÈRE.
Juin 1853
Je vous remercie, Madame, de la bonne lettre que vous avez bien voulu m'écrire. Si je n'avais craint d’être indiscret, je serais venu m'affliger auprès de vous et avec vous d’un malheur dont je connais l'étendue. Je sais quelles larmes on verse devant de tels tombeaux, je sais aussi combien toutes les consolations humaines sont impuissantes. Elles deviendraient odieuses, si elles pouvaient consoler. Il faut s’incliner devant Dieu, il faut bénir sa main qui brise ces nœuds après les avoir formés. Il faut se dire même alors que Dieu fait bien ce qu’il fait, et qu’il fait tout par un conseil de sa miséricorde et de son amour.
Foblant m'avait appris la mort de Désiré, et j'avais prié pour lui. Quoique nous ne fussions pas en rapports très fréquents, je le comptais du petit nombre de mes vrais amis. Je ne pensais guère à lui sans me réjouir de son bonheur, et tout ce bonheur vous était dû, Madame. Dieu lui avait donné en vous tout ce qu’il lui fallait : du repos, de l'affection, un guide. Aucun poète n’a fait un plus doux rêve et ne l’a vu mieux réalisé. Dans votre douleur, félicitez-vous du moins d’avoir rendu si véritablement heureux un homme si excellent. Vous avez été sa première récompense, et le
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Je prierai Dieu pour lui et pour vous de tout mon cœur, Madame ; j'ose vous prier d'en faire autant pour moi. J'ai perdu, comme vous, tout mon bonheur. Ma femme était digne d’être votre amie. Vous savez que cinq pauvres petites filles sont en déuil avec moi autour de cette tombe si cruellement ouverte ; et, pour faire face à tant de chagrins et de devoirs, il me faut des secours que je ne sais pas suffisamment mériter.
Je suis avec respect, Madame, votre très humble et très obéissant serviteur,
Louis VEUILLOT.
Louis VEUILLOT A M. SEGRÉTAIN.
Mon cher ami, Jeudi, octobre 1855.
Nous venons d'apprendre avec consternation l’accident qui vous est arrivé. Nous voudrions bien avoir de vos nouvelles. Faites-nous écrire un mot par n’importe qui. Vous ne pouvez pas nous laisser dans linquiétude où nous sommes. Dites-nous si cette opération dont parle le journal vous laissera l'usage de la main. J'espère que vous pourrez toujours écrire : c’est une grande consolation, et qui fait oublier bien des infortunes. j
Adieu, cher ami. Bon courage! Ma sœur va être bien affligée quand je lui donnerai cette triste nouvelle. Personne n'est plus attristé que moi.
Votre bien dévoué, Louis VEUILLOT.
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Louis VEUILLOT A M. DE GRANGENEUVE.
Monsieur, 3 janvier 1855.
J'ai appris par M. Nicolas que vous avez perdu un de vos enfants. Perdu est un mot de ce monde, et il n’ex-
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prime pas les sentiments que nous devons avoir, nous qui savons que le ciel gagne ce que nous perdons ainsi. Je sais cependant ce que de tels gains coûtent de larmes, et le souvenir de Mme de Grangeneuve est bien intimement lié à ce cruel souvenir de ma vie. Je n'ai pas oublié qu’elle était là, bonne, pieuse et compatissante, quand ma petite Thérèse me fut enlevée par un cou soudain, prélude d’un autre plus terrible. Elle à fait auprès de ma femme, qui allait mourir bientôt aprés, l'apprentissage de cette douleur maternelle, près de laquelle toute autre n’est rien. Elle sait aussi que Dieu lui garde son enfant ; et vous, Monsieur, dont les sentiments sont si purs et si chrétiens, vous la consolere par un surcroît d'affection et de respect. La bonté de Dieu, toujours plus grande que nous ne pouvons le comprendre, nous purifie par la douleur. Nos cœurs doivent devenir meilleurs à mesure qu'ils sont frappés. Par ce que nous souffrons, nous devons juger de ce que souffre une mère, et, lorsqu'elle a perdu son enfant. l'épouse qui ne nous était que chère doit nous devenir sacrée.
Adieu, Monsieur. Gardez-moi votre bon souvenir, et parlez à Mme de Grangeneuve de ma reconnaissance, de mon respect et de ma profonde et douloureuse sympathie.
Votre bien dévoué serviteur, Louis VEUILLOT.
N° 24 (page 97).
Lettres d'adieu.