LETTRES DE REFUS
d'impuissantes bergeries parmi les loups. Ce sont des bergeries de gendarmes qui tombent sur les loups au moment donné, et la paix coule de là comme l’eau d’une fontaine.
Encore une fois, je vous en prie, mon très honoré Frère, donnez à tout prix le secours demandé. Ce sera le Frère de l'Univers, et je serai heureux d’avoir servi à procurer ce bien, grâce à votre bénignité pour moi.
Votre très humele, très fidèlement et très anciennement dévoué serviteur.
Louis VEUILLOT A MME DE MONTSAULNIN.
1er décembre 1852.
Je viens à vous, Madame, tout couvert d’encre. Je me suis battu ce mois-ci sans relâche et sans délassement. J'ai une petite vie de sainte à écrire, our laquelle je vous demande le secours de vos prières.
On me hait bien, Madame, j'en aieu la preuve claire et multipliée durant cette campagne. Quand je lis dans les journaux que je suis en horreur au genre humain, mon cœur se tourne vers vous, et je me dis que pourtant vous êtes du genre humain, et même d’un genre humain assez distingué. Je vous assure que je me console très bien avec cela.
Adieu, Madame et amie.
N° 27 (page 99).
Lettres de refus.
Louis VEUILLOT A M. D, CARRIÈRE,
13 octobre 1846.
Mon pauvre ami, j'aime bien à recevoir de vos nouvelles, et je suis désolé toutes les fois que je vois arriver une lettre de vous, car je devine que je vais être encore
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une fois obligé de vous confesser que l’Uxivers repousse la poésie, même la vôtre. Vous ne savez pas tout ce qui nous pleuvrait de poèmes, stances, épiîtres, odes, chansonnettes, £tc., etc., si nous laissions passer par mégarde le noindre quatrain. Députés et pairs de France se mettraient de la partie, sans compter les directeurs de séminaires. Que voulez-vous répondre à ces potentats, lorsqu'ils objecteront au refus poli et tout trouvé que nous avons adopté dans le commencement, qu'on a bien reçu les vers de M. Carrière? Leur dira-t-on que les vers de M. Carrière sont bons et que les leurs ne valent rien? Ils n’en croiront rien, et se désabonneront, en nourrissant de noirs et furieux projets contre nos jours. Pour l’armour de Dieu, mon bon petit Carrière, au nom de votre fille Jeanne et de ma fille Marie, prêtez-vous à la nécessité. S'il y a au monde un homme qui désire vous être agréable, c’est votre serviteur. Ce désir a chez moi toute la violence du remords, car je n'ai pas la conscience en repos sur le curé de Valneige, dont je devais parler et dont je n'ai rien dit ; mais l'Unirers est innocent de mes crimes, et je re peux pas lui mettre dans le ventre les chants de cent poëtes ou leurs colères sur le dos. Ah! que je voudrais que vous fussiez à ma place et moi à la vôtre, vous à Paris et moi à Mirecourt, donnant le dernier coup de lime à quelque volume nouveau qui attendrait mon loisir! ft. il possible qu’un homme aussi heureux que vous l’êtes tourmente un pauvre diable comme moi ?
Faites votre volume bien tranquillement. Envoyezle moi avec un bon article de quelqu'un de Nancy, et ne me laissez que le plaisir de le lire. Voilà ce que j'ai obtenu de Gabourd et ce que je sollicite de vous, qui ne m’aimez pas moins, j'espère, que ne fait le chevalier de la Légion d'honneur (vous en serez, mon pauvre Carrière ; mais que voulez-vous? nous sommes tous mortels). Est-ce entendu? Allons, dites oui, et ne m'en voulez pas. Hélas ! si vous saviez quel métier je fais ! et combien tous ces refus me coûtent |... J'ai
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