PREMIÈRE EXPÉDITION DE CHAMPLAIN.—COMBAT
Le vingt-neuf juillet, vers les dix heures du soir, comme les canots s’avançaient lentement et sans bruit, l’on rencontra, au détour d’un cap, un parti d’Iroquois qui allaient lever des chevelures. Les deux bandes saïsirent leurs armes, au milieu de cris effroyables; les Hurons et les Algonquins poussèrent leurs canots vers le large, tandis que les Iroquois se jetaient au rivage, où ils commencèrent à abattre des arbres pour se retrancher. A la suite de quelques messages de part et d'autre, l’on convint d'attendre le lever du soleil pour livrer le combat. Les alliés des Français passèrent la nuit dans leurs canots, chantant et échangeant avec les ennemis des bravades et des injures comme s’en adressaient les héros d’Homère sous les murs de la ville de Troie.
Aux premiers rayons du soleil, les Hurons et les Algonquins descendirent à terre, ayant soin de cacher les trois Français au milieu de leurs rangs. Environ deux cents Iroquois s’avancèrent à leur rencontre, marchant ‘‘ au petit pas, avec gravité et assurance.” A leur tête étaient trois chefs, reconnaissables aux longues plumes qui leur servaient de panaches. Les deux partis étant en face, à peu de distance l’un de l’autre, les alliés ouvrirent leurs rangs, et Champlain s’avança seui jusqu’à trente pas des Iroquois. Lorsque ceux-ci le virent, ils s’arrêtèrent et contemplèrent avec surprise cet homme vêtu d’une façon si étrange pour eux ; mais, après un moment d’hésitation, ils s’'ébranlèrent de nouveau pour l’attaque. Champlain, portant à l'épaule son arquebuse chargée de quatre balles, fit feu sur un des chefs, qui tomba mort avec un de ses compagnons, tandis qu’un troisième Iroquois était mortellement blessé.
Au milieu des cris et des hurlements de toute la bande, une grêle de flèches fut lancée des deux côtés. Les deux autres Français s'étaient jetés derrière des arbres avec quelques sauvages ; en ce moment l’un d’eux céchargea son arquebuse sur les ennemis. Ceux-ci s’apercevant que leurs boucliers, faits de bois recouvert d'un espèce de coton, ne pouvaient les garantir des
1 SoIr, balles, furent épouvantés et s’enfuirent dans la forêt, où
bruit, ils furent vivement poursuivis.
oquois La victoire était gagnée ; outre les guerriers tués sur
les sai- le champ de bataille, les Iroquois perdirent en cette
s; les rencontre dix ou douze hommes, qui furent faits prison-
ts vers niers, ét qu’on réserva pour les plus horribles tour-
rivage, ments ”? (FERLAND.)
our se
part et | MORT DU PÈRE DE BRÉBEUF,
l pour
rent la Nos chers confrères avaient même été conduits au
vecles fort Saint-Ignace, aussitôt après leur prise ; on les avait adres- dépouillés entièrement de leurs vêtements, accablés a ville d'injures, et meurtris de coups de bâton.
L Quand le Père de Brébeuf se vit entouré de beaucoup
et les de chrétiens qu’on destinait au supplice, il se jeta à acher | genoux, et baisa avec respect le poteau auquel il allait nviron D tre attaché, puis levant les yeux au ciel, il fit avec eux e, Mar- une courte prière, et se mit à les consoler et à les forti- A leur fier par l'espérance du paradis.
pngues Il parlait avec tant de liberté, que quelques infièles X par- P ctsurtout queiques apostats, transportés de colère, et re, les NN poussés prr une atroce cruauté, lui coupèrent : :s lèvres a seu: cetune partie de la langue, pour l’empècher ce , ‘êcher. K-c1 le Le voyant continuer à leur adresser la parole, et à les rpris € encourager par ses signes, ils multiplièrent ses tourmais, H ments. Ils lui firent un collier de haches rougies au feu e nou- D cten le passant à son cou, ils tournaient la foi en dérile son NH sion,et lui disaient : “Tu as dit aux autres que, plus in des à on souffrait en cette vie, plus la récompense de l’autre s, tan- vie serait grande. Remercie-nous donc, nuisque nous
blessé. j embellissons ta couronne.”
‘128 APPEX ICE.
Le P. de Brébeuf avait baptisé sous leurs yeux beaucoup de prisonniers : ses bourreaux, en haine du ba tême, lui jetèrent plusieurs fois de l’eau chaude sur la tête. Ils perçaient ses mains avec des alênes rougies au feu, et lui brûlaient les reins et surtout les aisselles avec des écorces enflammées. Ils lui enlevaient des morceaux de chair, les grillaient, les mangeaient devant iui, et se livraient à mille cruautés dignes de l’enfer. La dernière fut de lui couper la peau de la tête en forme de couronne, et de la lui arracher.” (LE P. BRESSANY, S. J.
traduit par le P. Martin, S. |.)
N° 11 (pages 67 et 79).
Narration fabuleuse.
lueu siffle LE CONTREBANDIER. U s'éla La cabane.
‘ Georges, pourquoi cet air sombre et pensif ? pour- Ec quoi tous les soirs ce départ précipité ?... Depuis quel- lepr -que temps tu n’es plus le même. Ma voix... la voix de ossi
ta mère, n’a plus d’empire sur ton cœur! ‘lu ne réel: m'aimes plus Comme autrefois. Oh ! je suis bien mal- d'un. heureuse !... mon Dieu !” forte Georges tressaillit. noir ‘6 O ma mère, je vous aime toujours ! mais... ence —Mais... Georges, tu me caches quelque chose. temp Mon bon Georges, n’as-tu plus confiance en ta mère? au lo tu ne réponds point... tu désires t’éloigner de moi! four Partir ce soir, Ô mon Dieu ! mais entends donc le vent: bare? vois donc, le ciel est couvert ; nous allons avoir du gros “int à temps !... et partir ! Oh ! rappelle-toi qu’il y a un an, ai su
Kk beau- 1 bapsur la gies au es avec
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EXEMPLES. 129 par une nuit horrible comme celle-ci, on rapporta ici ton père mourant...la tempête l'avait jeté contre les rochers, lui et sa barque... Tu ne peux faire ce soir une bonne pêche, reste avec moi, car situ périssais, que devenir? Oh ! oui, je t'en prie, reste avec moi ”.…
Georges essuya une larme.
‘Je ne puis, ma mère... J'ai piumis... Depuis longtemps j'ai rêvé fortune. L'état de pêcheur ne rapporte point assez... Je veux m'enrichir ! Point de questions, ma mère, adieu ! fa
Il sauta sur sa carabine, prit une torche, et s’élança hors de la cabane.
Il courait avec vitesse.
Bientôt le bruit de ses pas devint de plus en plus faible, puis se perdit tout à fait dans la vallée.
Sa mère parut sur la porte; elle regarda, et à la lueur d’un éclair, elle vit Georges s’acheminer, en sifflant, vers le château qui s'élevait sur la montagne.
Une idée lui vint à l'esprit : celle de le suivre, Eile s'élança dans le sentier.
La barque.
Il était dix heures du soir. Le vent venait par rafales s'engouffrer sous les voûtes ue longtemps silencieuses du château, les éclairs -inaient en traits de feu la face imposante des touis) ser ruines, puis tout retombait dans l'obscurité d'une nuit profonde, et les vastes restes de l'antique forteresse n'apparaissaient plus que comme un point noir qui se découpait sur un horizin plus sombre enccre. Une flaque d’eau, gouffre terrible pendant la tempête, faisait entendre sa grande voix, qui, répétée au loin par les rochers, se confondait aux éclats de la foudre ; la pluie tombait par torrents, lorsqu'une bargne qui avait tenu l'ancre tout ic reste de la journée, jat avorder en louvoyant dans une petite anse située a: sud.
Au même instant, un feu blanchâtre s’éleva du bord de la barque, et une flamme vive y répondit de l'ancienne tour sud-est, Bientôt la côte fut sillonnée par des torches qui remuaient, se croisaient, s’entre-croisaient, et descendaient du côté de la mer.
Une voix forte hêla le vaisseau.
La chaloupe fut mise en mer, et vint à terre.
‘ Eh bien !dit un homme d’une cinquantaine d'années, au regard dur et sévère, est-ce prêt là-bas ?
—Oui, fit la voix d’un jeune homme de vingt ans.
—Eh bien ! à l'ouvrage.”
La ‘ne alla et revint plusieurs fois. À chaque voyage, hommes déposaient avec précaution des
marchandi.es à terre.
Bientôt la barque ne revint plus.
Les ruines du chateau.
Les mêmes hommes qui avaient déposé des objets sur le rivage, les portaient avec soin vers le château.
Ils montaient silencieusement le défilé, lorsqu'ils virent sur une hauteur, à la lueur douteuse des torches, un être vivant sur les bords d’un ravin.
‘ Nous sommes perdus, dit une voix.
—C'est un douanier, dit un autre.
— Amis, préparons-nous au combat,” dit un troisième.
Un quatrième, silencieux, armait sa carabine.
Le coup partit, et un bruit sinistre que fit la chute d’un corps lourd au fond de l’abîme, le suivit de près.
‘ Bon voyage, mousieur le douanier,” dit le jeune tireur.
Ils arrivèrent enfin dans la tourelle isolée, et là ils déposèrent leur fardeau dans un caveau souterrain, puis ils s’en allèrent.
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années, ans.
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Retour,
Il était minuit.
Un jeune homme vint frapper à la porte de la cabane : personne ne répondit.
Il frappa deux coups, trois coups... Point de réponse.
“Ma mère, ma mère ! c’est mor... c’est Georges.”
Les échos des rochers seuls répétèrent ses paroles.
“ Elle dort.” Et il redescendit à pas précipités la vallée.
Arrivé sur le rivage, 1l hêla la barque du vaisseau.
La barque vint et retourna avec un nouveau passaver.
Le lendemain matin, la chaloupe remit à bord le mystérieux passager. Celui-ci montait la cavée, mais un souvenir lui revint à l'esprit : le souvenir du douanier qu'il avait tué ; il regarda machinalement au fond d'un ravin, il y vit une femme morte et baignée dans son sang.
Cette femme, c'était sa mère.
N° 12 (page 80).
Légende.