‹ Principes de littérature [microforme]Chapitre 97 sur 225 · LA SAINTE OMBRE · texte numérisé non relu

LA SAINTE OMBRE

Il y avait, à une époque bien éloignée, un saint si bon, que les anges étonnés venaient tout exprès du ciel pour voir comment sur la terre on peut ressembler tant au bon Dieu.

Et lui s’en allait simplement dans la vie, répandant la vertu comme l'étoile répand la lumière, comme la fleur répand le parfum, sans jamais s’en apercevoir.

Deux mots résumaient chacun de ses jours: 1l donnait, il pardonnait; et ces deux mots ne sortaient

GE apr — me =

jamais de sa bouche, mais ils se traduisaient dans son

sourire, dans son amabilité, dans sa condescendance, dans sa charité de toutes les heures.

Et les anges dirent au bon Dieu: ‘ Seigneur, accordez-lui le don des miracles.”

Et Dieu répondit : ‘Je le veux bien ; demandez-lui ce qu’il veut.”

Et les anges dirent au saint: ‘Voulez-vous que vos mains, en touchant les malades, leur rendent la santé ?

— Non, dit le saint ; j'aime mieux que le bon Dieu le fasse tout seul.

— Voulez-vous que votre parole convertisse les âmes coupables et ramène au bon chemin les cœurs qui s'égarent ?

— Non, c'est la mission des anges, ce n’est pas celle d'unr pauvre créature ; je prie, je ne convertis pas. —Vuulez-vous devenir un modèle de patience, attirant à vous par l'éclat de vos vertus, et faire ainsi glorifier le bon Dieu ?

— Non, répondit le saint ; si on s’attachait à moi, on se détacherait de Dieu. Le bon Dieu a bien d’autres moyens de se faire glorifier.

—Mais enfin, dirent les anges, que voulez-vous ? ”?

Et le saint souriant disait : Que puis-je vouloir ? Que Dieu me laisse sa grâce ; avec elle n’ai-je pas tout ? ”

Et les anges insistant: ‘Il faut pourtant que vous demandiez un miracle, ou nous vous en imposerons un de force.

! dit le saint, que je fasse beaucoup de bien s: sans le savoir jamais.”

Les anges, embarrassés longtemps, tinrent conseil, puis s'arrêtèrent à cette pensée: Chaque fois que l’ombre du saint se projettera ou derrière lui ou à ses côtés, de manière qu'il ne puisse l’apercevoir, cette ombre aura le privilège de guérir les malades, de soulager les douleurs, de consoler les tristesses. Et cela fut ainsi.

Et quand le saint marchait, son ombre, se dessinant ses côtés ou derrière lui, reverdissait les chemins ari-

ns son dance,

acCCOr- 1dez-lui

jue vos santé ?

Dieu le

es àmes qui S'é-

as celle pas.

attirant glorifier

moi, on d’autres

bus ? ”?

ir? Que put?” ue vous rons un

oup de

conseil, ois que DLL a ses it, Cette de sou- Et cela

ssinant ins ati-

des, fleurissait les plantes flétries, rendait l’eau limpide aux ruisseaux desséchés, aux petits enfants pâles les fraiches couleurs, aux mères en larmes la douce joie.

Et le saint s’en allait simplement dans la vie, répandant la vertu comme l'étoile répand la lumière, comme la fleur répand le parfum, sans s’en apercevoir.

Et les peuples, respectant sa modestie, le suivaient silencieux, ne lui parlant jamais de ses miracles, et peu à peu oubliant jusqu’à son nom, ne l’appelèrent plus que la sainte ombre.

Page 1