‹ Principes de logiqueChapitre 9 sur 27 · JI · texte numérisé non relu

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L*enfant en agissant malgré lui, se reconnaît, par observation directe ou interne, comme être actif. Or, reconnaissant une certaine analogie entre d'autres objets et lui, il vient à admettre que ces autres objets sont également doués d'activité. Et , par cette conclusion, il ira souvent si loin , qu'il attribuera aux objets , non-seulement l'activité, mais même la personnalité (origines des fables, religions primitives, etc.)^

Du reste, connaissant l'influence puissante de V hérédité (voy. p. 6), nous ne saurions contester la possibilité que l'homme vienne au monde avec une vague conception, pour ainsi dire, un pressentiment des axiomes, ou du moins une prédisposition à y croire fermement. Ce serait d'autant plus naturel que son organisation est bâtie d'après ces lois, et que toutes ses fonctions s'accon^lissent selon ces lois. Ces lois sont donc écrites, pour parler ainsi, sur chaque fibre de son être.

Ce qiie nous venons de dire de l'hérédité à propos des axiomes, peut également s'appliquer à d'autres lois. Il est sûr que certaines personnes sont plus heureuses que d'autres dans la découverte des lois naturelles, et, qu'un penchant inné est, pour beaucoup, dans cette différence. Ainsi le génie des Kepler et des Newton entrevoyait des lois là où les hommes ordinaires ne voient que des faits vulgaires. Ne se pourraitril pas que l'hérédité joue un rôle dans ce génie*?

§ 69. La méthode pour rechercher comment les objets agissent en présence les uns des autres, nous sert de moyen pour contrôler les résultats de la recherche des causes des phénomènes, et vice versa. Croyant avoir trouvé les causes d'un phénomène, nous essayons de réunir ces causes. Si notre attente est juste, le phénomène doit se reproduire à moins qu'il n'y ait compensation. En vue de ce dernier cas, nous répétons le contrôle à des moments et en des lieux divers ; et la probabilité grandit avec le nombre de fois que le contrôle a été couronné

* Voyez sur celle queslion la Psychologie de M. IIagemann (Mûnsler, M. Russell).

* Sur rhéi*é(]ilé des qualités de l'âme en général, voy. le beau livre de M. Galton, inlilulé : Hcreditary genius (Londres, M. Mncmillan).

de succès. En revanche, ayant cru voir que la réunion de certains objets cause un certain phénomène, nous essayons de de les éloigner un à un. Si oh n'en peut éloigner aucun sans modifier ou détruire le phénomène, on- admet quo se sont, en effet, les causes du phénomène , à moins qu'il ne soit intervenu quelque cause étrangère. En vue de ce dernier cas, il faut répéter Texpérience à des temps et en des lieux différents.

De cette manière, les deux méthodes d'expérimenter se tendent mutuellement la main.

§ 70. Après avoir indiqué les moyens de construire la science, c'est-à-dire un ensemble d'idées qui nous mette à même de modifier le monde le plus profondément possible, il nous reste à en indiquer l'usage. Quel est en résumé le procédé à suivre pour modifier l'état du monde ?

11 faut d'abord, à celui qui veut y parvenir, une idée du nouvel état de choses qu'il désire créer. Or tout état de choses constitue un rapport d'objets. Celui qui aspire à modifier le monde doit donc se rendre compte des objets qui constituent ou qui entrent dans l'état de choses qu'il veut créer. Puis, il doit se rendre compte de la nature des rapports dans lesquels ces objets doivent se trouver pour répondre à son but, et des mouvements qu'il doit exécuter pour mettre ces objets dans ces rapports. En cas que ces objets appartiennent à l'entourage immédiat de son âme, ce n'est que par instinct qu'il pourra savoir comment fair^ pour les manier. Si, au contraire, ces objets sont plus éloignés de son âme, il interrogera la science pour savoir par quelle série d'objets ils se lient à l'entourage de son âme.

Les modifications que l'homme peut vouloir produire dans le monde sont de trois espèces. D'abord, il peut vouloir- produire un état de choses là où sans lui tout resterait dans son ancien état. Puis, il peut vouloir empêcher de se produire un état de choses qui sans lui se produirait. Enfin il peut réunir ces deux cas en voulant substituer un état de choses idéal à la réalité qui, sans son intervention, se produirait naturellement.

Dans le premier cas, Thomme doit mettre dans des rapports convenables les causes du phénomène qu'il doit amenerpour atteindre son but. Dans le second, il doit empêcher la réunion des causes qui produiraient un phénomène aboutissant à l'état de choses redouté. Dans le troisième cas, enfin, il commencera par éloigner autant qu'il sera nécessaire les causes dont l'action pourrait produire un résultat fôcheux, puis il agira comme dans le premier cas.

Pour empêcher un état de choses de se produire, il faut, comme nous venons de le remarquer, empêcher la réunion des causes qui le produiraient. Or ceci peut se faire de deux manières : d'abord on peut tenir à l'écart ces causes, ou au besoin les éloigner. Mais, au lieu de cela, on peut aussi neutraliser leur action en les mettant en présence de causes dont l'action est opposée à la leur.

Un auxiliaire puissant dans l'usage comme dans la création de la science, c'est le langage. C'est donc au langage que nous consacrerons le dernier chapitre de notre exposé.

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