II
(les faits : il y a la valeur des faits, et la valeur des faits n'est pas un fait. Il y a donc une autre échelle que celle des faits et des propriétés physiques. Il y a une échelle morale qui suppose un terme de l'ordre moral, comme l'échelle physique suppose un terme de Tordre physique.
En un mot, au-dessus des modèles réels et humains que nous pouvons trouver dans les sages et dans les héros, il y a un modèle supérieur à l'homme : car oii ces héros, où ces saints auraient-ils pris leur propre modèle? D'un autre côté, on ne peut concevoir et aimer ces perfections relatives, si l'on n'admet pas une perfection absolue, s'il n'y a pas un type suprême auquel ces perfections se rapportent et dont on peut faire dériver le modèle humain que nous admirons et cherchons à imiter dans nos actions. Peut-on admettre des différences de valeur et d'excellence entre les choses, s'il n'y a pas en soi une excellence absolue? Cette preuve de l'existence de Dieu est ce que les écoles scolastiques désignaient sous le nom de via eminentiœ. On peut y arriver plus directement en disant que s'il y a un absolu (ce que nous supposons et avons d'ailleurs établi plus haut), cet absolu doit l'èlre non seulement en existence, mais encore en contenu et en qualité; or, c'est cela même que nous appelons Dieu. Donc l'idée du devoir, dans sa source comme dans son objet, dans sa cause comme dans son but, n'a de raison, n'a de fondement que dans l'idée de Dieu. Au fond, la morale et la métaphvsique ne sont qu'une seule et même chose.