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L'IDEALISME DE KANT. — LA PERCEPTION EXTERIEURE

légitime au siibjectivisme de Kant, nous devons dire dans quel sens nous l'entendons. Ce subjectivisme implique-t-il qu'il faille renoncer à tout objeclivisme? L'idéalisme est-il exclusif de tout réalisme?

Dans tout acte de perception il doit y avoir, avons-nous dit, une part faite à l'objet et une part au sujet.

Dans l'école de Descartes, et même dans l'école de Locke, cette part était faite de la manière suivante : les qualités secondes sont subjectives, les qualités premières sont objectives; et c'est à peu près la théorie reçue aujourd'hui dans la physique moderne. Selon Kant, au contraire, il semble que ce soient les qualités premières qui sont subjectives, et les qualités secondes qui sont objectives; ou du moins, car ces deux mots sont équivoques, les qualités premières sont formées par l'esprit qui les apporte avec lui, les qualités secondes sont reçues par l'esprit en tant qu'il en est affecté.

Ces deux solutions ont leurs inconvénients : 1° à la première Berkeley oppose que les qualités premières sont perçues dans et par les qualités secondes et participent par là à leur subjectivité; 2° à la seconde on peut opposer que les qualités secondes, quoique données du dehors, sont, de l'avis de tous, et en particulier de l'aveu de Kant, subjectives en tant qu'elles ne font qu'exprimer l'état de conscience du sujet. Dans les deux hypothèses, tout se ramènerait au sujet, rien ne viendrait de l'objet.

Reprenons la question à notre point de vue.

Kant, au lieu de distinguer les qualités premières et les -qualités secondes, a distingué la matière et la forme.

Or, si nous prenons la matière seule, nous y trouverons des deux éléments réunis : sujet et objet.

En effet, pour le sujet, d'abord, tout le monde est d'ac- -cord : couleur, chaleur, son, saveur, odeur, ne sont que des modifications de nous-mêmes ou de nos organes. Jusqu'ici point de débat; mais ce qui est moins accepté, c'est la part ^'objectif qui se trouve ici mêlée à la sensation. Nous n'avons

ici qu'à rappeler l'analyse faite plus haut*. Quand je dis : « Je vois une couleur, j'entends un son, » il y a deux choses : la vision et la couleur, l'audition et le son. La couleur n'est pas l'acte delà vision, c'est son ohjet; autrement il faudrait dire : K Je vois une vision; j'entends une audition, » Dans la sensation même il faut distinguer l'acte de sentir et le terme de cet acte, sa matière, que nous distinguons de nous-mêmes; car, après tout, nous ne sommes pas le spectre solaire, nous ne sommes pas la gamme. C'est le sentiment de cette vérité qui avait conduit l'école écossaise, trop dédaignée, à distinguer profondément la sensation de la perception ; mais elle avait eu tort de voir là deux faits essentiellement distincts, tandis que nous n'y voyons que les deux aspects d'un seul et même fait. Il y a hien de pures sensations, telles que le plaisir et la douleur, et encore cela n'est pas certain; car môme le plaisir et la douleur sont toujours localisés dans quelque organe, et représentent par là quelque chose d'ohjectif. Mais il n'y a pas de pures perceptions, et toute perception est accompagnée de sensation. Ce qui est plus exact, c'est de dire que dans la sensation il y a une part alTective et une part représentative, et qu'elles sont en raison inverse l'une de l'autre, ce que le philosophe llamilton a résume en ces termes : « La sensation est en raison inverse de la perception. »

A la vérité, Maine de Biran nous apprend que c'est par le déploiement de notre activité que se mesure la part de la perception dans chacune de nos sensations. D'où il suivrait qu'encore ici ce serait le sujet qui mesurerait l'ohjet; mais ce ne serait pas là une conclusion exacte, car il va de soi que la connaissance de l'ohjet est en raison directe de la connaissance du sujet, puisque plus le sujet se connaît luimême, plus il se distingue de ce qui n'est pas lui. L'idée de lohjet lui vient précisément de ce qu'il s'aperçoit qu'il y a (juelque chose qui ne dépend point de lui; cela ne prouve nullement que l'objet soit le sujet.

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