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306 LIVRE SIXIEME. - L'IDEALISME

et qui part aussi de l'idée de l'infini, non pas de cette idée considérée en elle-même comme idée, mais de l'idée considérée comme fait de conscience, comme mode de l'esprit.

Voici la preuve à priori, telle qu'elle est donnée par Descartes :

Tout ce qui est compris dans l'idée d'une chose appartient à cette chose. Or l'existence est comprise dans l'idée de Dieu. Donc l'existence appartient à Dieu.

Le nervus prohandi est dans la mineure, à savoir que l'existence est comprise dans l'idée ou définition de Dieu : ce que Descartes prouve de deux manières :

l°Dans l'idée de Dieu est comprise l'idée d'existence nécessaire (car Dieu, étant un infini, est un être nécessaire). Donc Dieu existe nécessairement.

2° Dans l'idée de Dieu (à savoir l'être qui contient toutes les perfections) est comprise l'idée d'existence, qui est une perfection.

Mais ces deux arguments peuvent être réfutés. 1° Le premier confond la modalité de l'attribut avec la modalité du verbe ; exemple :

Dieu — est — existant nécessairement.

Dieu — est nécessairement — existant.

Sans doute dans l'idée de Dieu est contenue celle d'existence nécessaire. Cela veut dire que, s'il existe, il existera d'une manière nécessaire et non contingente : ce que tout le monde accordera. Mais il peut ne pas exister du tout; dans ce cas, il ne sera ni nécessaire ni contingent; il ne sera rien. 2° Le second argument suppose à tort que l'existence est une perfection.

Ces deux arguments deviendront plus clairs et plus intelligibles par l'exposé de la critique de Kant.

Kant accorde que l'idée d'existence est contenue dans l'idée de Dieu; mais il nie que de la nécessité logique on puisse conclure à la nécessité réelle. Autre chose est la nécessité d'un jugement, autre chose la nécessité d'une chose. La nécessité logique n'est jamais qu'une nécessité conditionnelle, comme

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