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L'ARGUMENT ONTOLOGIQUE DANS KANT

l'a dit Leibniz. Cette nécessite signifie simplement que, tant qu'on retient le sujet, on ne peut supprimer l'attribut, car alors il y aurait contradiction; mais si on supprime à la fois le sujet et l'attribut, il n'y a plus de contradiction. Si vous dites : « Dieu est tout-puissant, » vous ne pouvez supprimer l'attribut sans supprimer le sujet; car un Dieu qui n'est pas lout-puissant n'est pas un Dieu. Mais si vous dites : « Dieu n'est pas, » vous supprimez à la fois le sujet et l'attribut; il n'y a là nulle contradiction, ni interne ni externe.

A la vérité, on pourrait dire qu'il y a des sujets qui ne peuvent pas être supprimés; mais c'est ce qui est en question. Il y a un cas, dit-on, oii le sujet ne peut être supprimé : c'est le cas de l'être nécessaire ou de l'être parfait, car celuici contient l'existence. Vous ne pouvez supprimer l'existence sans contradiction.

A cette instance, Kant répond de la manière suivante. Ou bien cette proposition : Dieu existe, est anal //tique, ou elle est synthétique. Si synthétique, l'attribut peut être supprimé sans contradiction; si analytique, vous ne pouvez afflrmer la réalité dans l'attribut que si vous l'avez affirmé déjà dans le sujet. Vous avez donc posé un être réel; c'est-à-dire que vous êtes parti de ce qui est en question.

Mais Kant presse encore plus l'argument et va jusqu'au cœur de la difficulté, en disant que l'existence ne peut pas faire partie de la compréhension d'un sujet quelconque; en d'autres termes, que l'attribut peut être un attribut logique, mais non un attribut réel. C'est ce que Gassendi avait déjà vu dans sa polémique contre Descartes, lorsqu'il avait dit que l'existence n'est pas une perfection. Kant développe cette pensée sous une autre forme en disant que l'existence n'est pas un attribut. Il ne peut pas y avoir, dit-il, un attribut de plus dans la chose existant que dans la chose pensée, autrement la pensée ne serait plus adéquate à son objet, puisque celuici aurait quelque chose de plus. Cent thalers réels ne contiennent rien de plus que cent thalers pensés; autrement ce ne seraient plus seulement cent thalers, mais cent thalers

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plus quelque chose : ridée ne serait donc pas l'exacte représentation de l'objet.

Qu'est-ce donc que l'existence? C'est /<^//;os?//o?i de la chose avec tous ses attributs; mais ce n'est pas un attribut. Il faut donc sortir du concept pour affirmer l'existence. Pour les objets des sens, nous avons l'expérience; mais pour les concepts purs, nous n'avons aucun moyen de distinguer le réel du possible. En un mot, la réalité n'est jamais qu'un fait.

Cette argumentation de Kant est très saisissante ; cependant elle nous semble échouer sur un point. Elle ne nous explique pas ce que c'est que l'existence; car dire que c'est la position de la chose, c'est ne rien dire; position veut dire existence, et rien d'autre. Gassendi disait une formo; mais une forme est un ensemble d'attributs ; ce serait accorder précisément ce que l'on veut nier.

Kant, qui a si bien démêlé les fautes logiques de ses adversaires, en commet lui-môme une très grave : c'est de confondre la copule logique est avec l'existence réelle. Il s'exprime ainsi : « Quand je dis : Dieu est tout-puissant, le mot est n'ajoute aucun attribut au sujet; de même quand je dis : Dieu esV^je n'ajoute aucun attribut nouveau. » Mais dans ces deux propositions le mot est n'a pas le môme sens. S'il avait le même sens, il faudrait dire que le second jugement est un jugement sans attribut, ce qui est absurde, ou bien que, dans le premier cas, je pose en fait la toute-puissance et que je dis : Dieu existe tout-puissant, ce qui est faux; car un athée peut accorder la toute-puissance à Dieu sans accorder l'existence; et d'ailleurs est, comme copule logique, ne veut pas dire exister. Autrement quand je dis : Pégase est un cheval ailé, ce serait dire que Pégase existe, ce qui est faux.

J'accorde que l'existence n'est pas un attribut; mais ce n'est pas non plus une copule logique. Que l'existence d'ailleurs soit ce qu'elle voudra, elle n'en est pas moins pour celui qui la possède un grand avantage. Pour moi, par exemple, ce n'est pas une petite alfaire que d'exister ou ne pas exister; et Kant reconnaît (|ue cent écus dans ma caisse est

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