‹ Principes de métaphysique et de psychologieChapitre 35 sur 58 · II · texte numérisé non relu

II

322 LIVRE SIXIEME. — LIDEALISME

rait-il, en ctTet, du néant, du 0 auquel quelques philosophes allemands ont ramené l'origine des choses? Que devient alors Fidéalisme? et la prétention de tout expliquer par le sujet, par la pensée? Ce fond obscur et inconnu ne seraitil pas aussi bien et beaucoup mieux appelé matière qu'esprit? Ne reviendrait-on pas par là à la notion de cho^e que Fichte avait anathémalisée dans son Introduction à la Doctrine de la science? Ou plutôt n'est-ce pas un concept encore inférieur à celui de chose, puisqu'il ne contient rien, absolument rien?

La notion de sujet-objet ne peut donc se conserver que si on l'entend d'une manière positive, c'est-à-dire comme contenant à la fois tout le réel de la pensée et tout le réel de la nature ou de l'être, l'essence de l'une et de l'autre. Mais où prendre le type de cette identité essentielle de la pensée et de l'être, dans laquelle ni l'être ne précède la pensée, ni la pensée l'être; où le prendre, dis-je, si ce n'est dans la conscience qui nous fournit le seul type réel et elTectif d'un être qui est à la fois sujet et objet? La conscience finie ne peut avoir sans doute la prétention de produire la nature, qui lui est extérieure, et dans laquelle elle-même est apparue un jour. Mais il n'en est pas de même de la conscience infinie, de ki conscience absolue. C'est de la conscience qu'est parti l'idéalisme allemand pour parvenir à la notion de sujetobjet; mais, arrivé là, il supprime la conscience comme un état inférieur. Mais alors que reste-t-il que l'on puisse appeler pensée dans le terme supérieur où l'on est arrivé, et n'est-ce pas encore une fois revenir de l'esprit à la chose? L'idéalisme, s'il est conséquent, doit donc aller jusqu'à la conscience absolue, jusqu'à l'identité de l'intelligible et de rintelligence, jusqu'à la pensée de la pensée, c'est-à-dire à l'union de la pensée subjective et de la pensée objective- Or, c'est là la définition même de l'esprit. Le terme suprême où se consomme l'identité des deux termes inférieurs est donc l'esprit absolu.

Uans ces termes nous ne voyons rien qui nous empêche

d'accepter la thèse de l'idéalisme, qui se confondra, selon nous, avec le spiritualisme. Tout sera le produit de l'esprit absolu, qui, sans rien perdre de son essence, trouvera dans la nature et dans l'esprit une double expression de lui-même et sera par conséquent le lien des deux mondes. Rien n'empêche alors d'entendre la nature, avec Schelling, comme l'esprit endormi, éteint, aspirant à se réveiller, et le moi, au contraire, comme une nature qui s'éveille. La nature ne sera pas une matière morte, abstraite, ne disant rien à l'âme; elle sera l'enfance de l'àme, l'âme à l'état naïf et innocent, souverainement aimable ; de plus, elle sera raisonnable sans le savoir, étant une image de la raison ; elle nous garantira toute sécurité et toute certitude, parce qu'elle est une logique en même temps qu'une poésie. L'esprit, à son tour, ne s'écartera pas de la nature, ne cherchera pas à la nier, à en douter, à en gémir, à la mépriser; car il semble qu'il est lui-même nature et que la vie de la nature est en lui. 11 cherchera donc dans la nature un point d'appui pour s'élever plus haut.

Il nous semble donc que l'on peut conserver toutes les belles conséquences, toutes les belles pensées, toutes les grandes vérités de l'idéalisme allemand, tout en éclaircissant les équivoques dans lesquelles il s'est sans cesse enveloppé, parlant tantôt comme David Hume, tantôt comme d'Holbach, tantôt comme Plotin, tantôt comme Spinoza, tantôt comme Jacques Bœhm. Défini et limité avec précision, il peut être considéré comme le développement légitime et enrichi de la philosophie de Platoffet d'Aristote, de Descartes et de Leibniz. Il n'a rien de contraire à un théisme vraiment philosophique, celui de tous les grands métaphysiciens et de tous les grands théologiens. Notre thèse est donc qu'à leur terme le plus élevé l'idéalisme et le spiritualisme ne font qu'un. Hegel va rejoindre Malebranche et Platon.

Page 1