‹ Principes de métaphysique et de psychologieChapitre 56 sur 58 · Voir plus haut, livre IV, leçon iv · texte numérisé non relu

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incompréhensible et inconnue. N"est-co pas là, après tout, la concepLion que Fénelon lui-même se fait des attributs divins, et avons-nous le droit d'être plus exigeants que Fénelon? « Je me représente cet être unique, nous dit-il, sous différentes faces, c"est-à-dire suivant les divers rapports qu'il a avec ses ouvrages : c'est ce qu'on nomme perfections ou attributs. Je donne à la même chose divers noms, suivant ses divers rapports extérieurs; mais je ne prétends point, par ces divers noms, exprimer des choses réellement diverses... Cette distinction des perfections divines n'est donc rien de vrai en lui;... mais c'est un ordre et une méthode que je mets, par nécessité, dans les opérations bornées et successives do mon esprit, pour en faire des espèces d'entrepôts dans ce travail, et pour contempler Tinfini à diverses reprises, en le regardant par rapport aux diverses choses qu'il fait hors de lui. » C'est en conformité avec cette doctrine que nous écrivions, dans nos Causes finales, ces paroles que M. Vacherot veut bien citer : « Nous avons trop le sentiment des limites de notre raison, pour faire de nos conceptions humaines la mesure de l'absolu. » Mais nous ajoutions : « Une telle hypothèse (à savoir celle de l'intelligence divine) peut bien n'être qu'une approximation de la vérité et une représentation humaine de la nature divine; mais pour ne pas être adéquate à son objet, il ne s'ensuit pas qu'elle lui soit infidèle ; elle en est la projection dans une conscience humaine, la traduction dans la lang-ue des hommes, et c'est tout ce qu'on peut demander à la philosophie. »

On voit par ce qui précède jusqu'où nous pouvons suivre la doctrine de l'immanence, ou, pour parler franchement, du panthéisme. Dieu n'est pas un être : il est l'Etre. Le monde et les créatures ne vivent et ne subsistent qu'en lui. Dieu n'est pas une personne : il est la source et l'essence de la personnalité. Les attributs divins ne sont que des symboles, des noms approximatifs par lesquels nous nous représentons ce qui correspond en Dieu aux diverses perfections dos choses. On ne peut accuser cette doctrine de trop d'anthropomorphisme.

Mais si nous saivonsle panthéisme jusque-là, nous l'abandonnons au moment oii , après avoir maintenu contre le théisme exclusif le privilège suprême deTinfinité et de Tétre, il abandonne et corrompt son propre principe en faisant du fini le mode d'existence nécessaire de la Divinité. Oui, l'infini est au fond l'essence, et, si l'on veut, môme, la substance du fini; mais faut-il admettre la réciproque? Le fini fait-il partie de l'essence de Dieu? Est-il sa manifestation nécessaire? Dieu vit-il dans et par le fini, comme l'âme ne vit que dans et par les phénomènes du moi? C'est de cette réciproque qu'il s'agit entre les théistes et les panthéistes. Je veux bien admettre que ce pavé est divin, comme disait Servet à Calvin; mais suis-je forcé d'admettre que Dieu soit un pavé, et qu'il ne puisse exister sans devenir pavé? Là est la contradiction incurable du panthéisme. 11 part de la plus haute idée de la Divinité; puis il la sacrifie à son contraire. Il craint d'attribuer à Dieu la personnalité même parfaite, de peur d'en faire un être fini, et en même temps il ne comprend pour lui d'autre vie que la vie finie indéfiniment répétée. Ainsi, placer la sainteté en Dieu, c'est de l'anthropomorphisme; mais placer en Dieu le crime, l'erreur, le doute, l'ignorance et la folie, dire qu'il est homme, animal, plante et pierre, ce n'est pas de l'anthropomorphisme, ce n'est pas du fétichisme. Je comprends qu'on dise : « Il n'y a pas de Dieu ; il n'y a que le monde ; il n'y a que la matière brute et ses lois, produisant par une série d'accidents la conscience et la volonté; » mais cela, ce n'est plus panthéisme, c'est athéisme. Pour avoir le droit de se dire panthéiste, il faut maintenir la notion de Dieu; et, nous l'avons vu, ce qui fait précisément la force et la beauté du panthéisme , c'est de maintenir cette notion très haut. Mais, dès lors, n'est-ce pas déchoir de ses' propres principes que de faire consister la vie divine dans la vie du monde, dans ce tâtonnement pénible et laborieux dont la loi sans doute est le progrès, mais dont les étapes sont le mal, la souffrance, la chute et la mort? Quel Dieu est-ce que celui-là?

Le vrai panthéisme ne sera donc pas celui qui absorbe Dieu

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