LA PHILOSOPHIE
Il n*y a, il ne peut y avoir en philosophie que deux systèmes :
le Matérialisme ;
le Spiritualisme.
A ces deux systèmes se rattachent tous les autres dont il est inutile de parler, si les deux premiers sont suffisamment connus et compris.
Nous ne ferons pas aux sceptiques, aux indifférents, l'honneur de les considérer comme relevant d'un principe quelconque. Le scepticisme est une marque d'impuissance; c'est une abdication intellectuelle et morale, et rien de
plus.
MatériaHstes et Spiritualistes ont la prétention de nous donner la clef du problème important entre tous, celui de notre origine et de notre destinée.
De l'idée que nous nous faisons de notre origine et de notre fin dépend notre vie tout entière.
Si notre origine est purement animale, comme le prétendent les matériahstes, si le trou où l'on nous enterre est la fin de tout, la vie ne nous apparaît alors que comme un éclair entre deux néants; je me demande à quoi elle correspond, à quoi elle sert, si pour nous elle vaut la peine
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d'être vécue, et j'en tire cette conclusion que, tout finissant avec la vie, nous devons tout sacrifier aux jouissances qu'elle peut procurer : jouissances des sens pour le plus grand nombre, jouissances de l'intelligence et du cœur pour l'élite.
Si notre origine, au contraire, est divine, comme l'affirment les spiritualistes, si le corps n'est que l'enveloppe d'une substance immatérielle, issue du monde des esprits vers lequel elle doit retourner, alors le sens de la vie change complètement. Le but de l'existence n'est plus de jouir, mais de fuir les jouissances matérielles, la servitude des sens et de l'animalité, pour s'élever vers une vie supérieure, dans une union permanente avec ce pur Esprit qui est la fin dernière de toute chose créée.
De cette divergence profonde entre les deux philosophies quant à l'origine et à la destinée de l'homme, nous verrons résulter une divergence aussi profonde dans la conception de la moralité de la vie.
Celui dont l'intelligence refuse de dépasser les limites du monde matériel ne peut comprendre la distinction entre le bien et le mal ; pour lui nos actes ne sont ni bons, ni mauvais, ils sont indifférents, étant déterminés par les lois de notre nature physique. La liberté humaine n'existe pas, non plus que la responsabilité. Ce qui est moral, c'est ce qui est utile à l'humanité et à l'individu; ce qui est immoral, c'est ce qui leur est nuisible.
Les spiritualistes ne nient pas que la loi morale concorde avec le bien-être de l'homme, mais ils voient le développement complet de l'homme et son bonheur ailleurs que dans l'obéissance aux lois fatales, inéluctables de la nature physique; ils proclament qu'aucun acte humain n'est fatal, qu'entre la vérité et l'erreur, entre le bien et le mal, l'homme se sent libre de choisir. Sa destinée est, non
pas de descendre au plus bas des jouissances matérielles, bien qu'il soit libre de le faire, elle est de monter toujours, et de son propre effort, vers la loi divine de l'Esprit.
Ces réflexions suffisent à montrer de quelle importance pratique est le choix entre l'une et l'autre philosophie, puisque la vie est la mise en acte de l'une ou de l'autre. Chaque homme fait son choix, presque toujours inconsciemment et sans s'en rendre compte; ce n'est pas souvent l'étude et la réflexion qui le déterminent, ce sont les circonstances, le tempérament, les habitudes acquises, le milieu ambiant et les conditions même matérielles de la vie. Que de gens marchent, sans savoir quel chemin ils suivent et où ils vont !
Aussi devons- nous étudier ces questions avec un esprit
d'extrême indulgence pour ceux qui ne partagent pas nos
idées, car nous voyons les doctrines qui nous paraissent les
plus erronées défendues par des hommes éminents et dont
* personne n'a le droit de suspecter la sincérité.
C'est à un philosophe grec qu'est due la première exposition du système matériaHste. Démocrite (420 av. J.-C), a posé les principes de la conception mécanique de l'Univers avec une netteté et une précision magistrales. La théorie du maître sur les atomes fut reprise et complétée
par Épicure, puis par Lucrèce, le poète du matérialisme
antique.
Au moment même où Lucrèce chantait l'éternité de la matière, le Christianisme naissait, apportant au monde la philosophie spiritualiste de l'Évangile. En fait, le Spiritualisme avait toujours été, et dès la plus haute antiquité, la
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