‹ Principes de morale sociale [microform]Chapitre 5 sur 20 · II · texte numérisé non relu

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doctrine des esprits religieux; il était enseigné par les prêtres de l'Egypte, et, de leurs temples, passa dans les écoles grecques. Pythagore, Socrate, Platon, Aristote furent les précurseurs du Spiritualisme chrétien.

Ce dernier régna sans conteste de Théodose à la Renaissance. Dans le vaste désert qu'avaient fait les invasions des Barbares, toute science avait disparu, et l'Église était trop puissante alors pour qu'une doctrine opposée à ses dogmes pût s'établir.

Il fallut la Renaissance païenne du xvi^ siècle pour ressusciter, avec l'antiquité classique, ses théories matérialistes et sensualistes.

Avec la liberté de penser, la Science se développa. Ses progrès inattendus, inconcevables, à notre époque surtout, ont paru prêter aux matérialistes un appui dont ils ont su habilement tirer parti; il semble que ce soit un droit pour eux de se réclamer de la Science. Grâce à ce patronage, sur lequel il y a lieu de faire toutes réserves, les partisans de la conception mécanique du monde et de la morale indépendante ont pu donner à leurs doctrines un essor comparable à celui qu'elles avaient pendant les derniers siècles du paganisme.

La thèse matérialiste est celle-ci :

Il n'y a dans la nature que de la matière et du mouvement, tous les deux sans commencement connu et indestructibles, donc éternels.

Les phénomènes de la vie chez les animaux et chez l'homme ne présentent également à notre examen que de la matière et du mouvement. L'on parle bien d'âme, d'esprit.

mais aucun physiologiste n'en a jamais rencontré sous son scalpel. Si les phénomènes biologiques sont réductibles à la matière et au mouvement, rien n'empêche de penser qu'il en soit de même des forces psychiques, de quelque nature et de quelque forme qu'elles soient. Tout nous invite, au contraire, à penser que les forces physiques et les forces psychiques sont identiques.

C'est un fait acquis, et sur lequel il n'y a pas à revenir, que la vie psychique a pour condition première le jeu des organes. L'homme se meut par les muscles, il dirige ses mouvements par le cervelet; il sent, perçoit, se souvient, juge et veut par le cerveau; dans le cerveau toute faculté psychique a son organe; sans le cerveau l'homme, c'est-àdire un corps animé et dirigé par une âme n'existe plus.

Bien plus, il y a entre les opérations psychiques et les actions physiques du cerveau et de l'organisme tout entier une corrélation de forces telle que la dépense des unes occasionne une dépense équivalente des autres. Ainsi un travail d'esprit trop intense amène l'épuisement de l'activité cérébrale, une altération de la substance grise; l'abus des plaisirs sensuels cause également cette altération, et si profonde parfois, qu'elle va jusqu'à l'idiotisme des gâteux, c'est-à-dire la destruction de l'intelligence. Une affection organique affaiblit les forces volontaires, et réciproquement une dépense excessive d'énergie, un effort prolongé de volonté, le chagrin, amènent des affections organiques. Ces opérations et ces actions sont comprises dans la grande oxydation totale de l'organisme ; plus les unes absorbent de forces, moins il en reste pour les autres.

Si les organes matériels sont la condition essentielle de la vie psychique, si les opérations psychiques et les actions physiques sont à ce point dépendantes les unes des autres qu'elles paraissent identiques dans leurs effets, l'on peut dire

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qu'il n'y a point de vie en dehors de la matière : de là l'exactitude rigoureuse des propositions suivantes :

Le cerveau digère les pensées comme l'estomac digère les aliments. (Cabanis.)

La vertu et le vice sont des produits comme le sucre et le vitriol. (Taine.)

La pensée est un mouvement de la matière. (Moleschott.) Ces propositions ont fait bondir d'indignation les spiritualistes, mais elles n'ont pas été réfutées. En effet, qui peut déterminer les limites de la matière brute et de la matière vivante ? Q.ui peut dire où commencent la sensibilité et l'intelligence dans l'échelle des êtres ? Il n'y a point entre les corps organiques et les corps inorganiques de différences fondamentales de forme ou de structure, ou de matière, ou de force; la vie nous apparaît donc comme la simple résultante des mouvements et des propriétés de la matière, et il en est de même de l'âme et de ses diverses manifestations.

L'âme n'existe pas en soi. On appelle de ce nom l'ensemble des fonctions du système nerveux. « Ces fonctions, dit C. Voigt, subissent toutes les modifications que leur impose l'état du système organique dont elles relèvent. L'organe est-il détruit, la fonction cesse aussitôt. Le corps meurt-il, l'âme finit également. L'histoire naturelle ne connaît pas de survivance individuelle de l'âme après la mort du corps

« De même que chaque muscle se met en mouvement chaque fois qu'il est excité, de même la substance cérébrale de chacun de nous doit produire telle ou telle pensée, chaque fois qu'elle est excitée de telle ou telle manière...;.

« La liberté n'existe pas, et avec elle disparaît aussi la responsabilité. L'organisme ne peut se dominer lui-même, ce qui le domine, c'est la loi de sa structure matérielle. »

Et maintenant si de l'homme nous portons nos regards

sur le vaste univers, nous voyons qu'il se présente à nous comme un immense système matériel dans lequel les forces s'équilibrent constamment. Rien ne se créée du dehors, rien ne se détruit au dedans : les destructions apparentes servent aux créations de demain, les forêts disparues dans les cataclysmes antérieurs nous donnent la houille, avec ses milliards de calories, créatrices de mouvement et de lumière. De même les détritus organiques de toutes sortes, et enfin l'animal, enfoui en terre, disséminent dans le sol des éléments matériels qui donneront naissance à l'herbe, et cette herbe nourrira d'autres animaux, et les récoltes, absorbées et digérées continueront l'humanité en de nouveaux êtres.

Les forces constitutives de l'univers se conservent donc, tout en suivant une série merveilleuse d'évolutions, et l'on ne voit point que pour justifier chacune de ces évolutions ni que pour expliquer la conservation de Ténergie cosmique, il soit nécessaire de faire intervenir une force extérieure, Dieu ou âme. Une telle intervention aurait précisément pour résultat de remettre tout en question. Si la volonté de Dieu peut modifier à tout moment les lois naturelles, si la fantaisie d'une âme qui se prétend libre peut provoquer des actes humains contraires aux tendances et à la nature du corps qu'elle habite, autant dire de suite adieu à la science, à la méthode scientifique et à la certitude qu'elle apporte avec elle.

Or rien n'est plus antiscientifique que d'affirmer l'existence d'un être mystérieux dont on avoue ne connaître ni l'origine, ni la nature, et de déclarer que cet être incompréhensible est sa propre loi à lui-même et la loi de tout ce qui existe. La matière incréée se suffit à elle-même, ses lois sont accessibles à notre intelligence, nous les connaissons chaque jour de mieux en mieux, et, devant les

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progrès de la Science, les mystères disparaissent peu à peu, Tout ce qui ne relève pas de la Science relève de l'imagination, de la fantaisie, de l'erreur.

Telle est, dans ses lignes essentielles, la théorie matérialiste.

Cette théorie a l'avantage de la simpHcité. Elle est scientifique sous ce seul rapport qu'elle rejette, ou paraît rejeter ce qui est en dehors du contrôle et de l'expérience; elle suggère néanmoins les réflexions suivantes :

Qu'est-ce que la matière ? Quelle est son origine ? Quelle est sa nature ? Les philosophes peuvent-ils nous en donner une connaissance claire et précise ? Non. Il se trouve que la notion de la matière est, de toutes, la plus obscure ; ce que nous appelons de ce nom est un ensemble de perceptions. Nous ne connaissons la matière que par nos sens, et pas autrement. Or, d'une part, nos sens nous trompent; d'autre part, quand ils ne nous trompent pas, leur témoignage est incomplet.

Ainsi je vois un objet coloré, mais la couleur ne fait pas partie de cet objet, mon voisin perçoit également une sensation de couleur, et qui n'est pas mathématiquement la même parce que son cerveau n'est pas conformé mathématiquement comme le mien. Il en est de même pour la chaleur, pour le son, pour le goût. Nous attribuons donc aux corps des qualités qu'ils n'ont pas. Ce qui appartient à l'objet, ce qui lui est inhérent, c'est la propriété d'impressionner! Quant à l'impression produite, elle dépend dans sa qualité et sa quantité de h disposition organique du sujet; c'est ainsi que le même corps produit sur ks organes de chacun de

nous des impressions qui varient dans des limites infinitésimales peut-être, mais assez cependant pour que nous ne puissions pas attribuer une valeur scientifique à nos sensations.

Il en résulte que ne connaissant la matière que par les sensations, nous pouvons nous appuyer sur ces sensations pour l'étude de certaines propriétés relatives des corps, mais nous ne pouvons en tirer la notion de la nature intime de la matière, ni savoir ce qui en constitue l'essence.

Les philosophes n'ont pu nous donner la définition de la matière, les physiciens et les chimistes seront-ils plus heureux et nous apprendront-ils ce que c'est qu'un corps ?

Un corps est un composé de molécules, et les molécules elles-mêmes sont des composés d'atomes. Chaque corps représente un système défini d'atomes, résuhant de leur nature spécifique, de leur nombre, de leur arrangement.

Très bien; mais personne n'a jamais vu d'atomes; ils ne tombent pas sous le sens, et je comprends le grand chimiste, J.-B. Dumas, disant : « Si j'en étais le maître, j'eflfacerais le mot atome de la Science, persuadé qu'il va plus loin que l'expérience. » Ainsi la dernière analyse que nous puissions faire de la matière, ou des corps, nous conduit à l'atome, c'est-à-dire à quelque chose dont nous ne pouvons constater expérimentalement l'existence, et . dont nous

ignorons la nature.

L'existence de Tatome est une hypothèse. Dès les premiers pas que l'on fait dans l'étude du matérialisme, l'on se trouve donc en face d'une hypothèse, celle des atomes éternels.

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C'est supposer ce qui est en question. Rien n'est plus contraire à l'esprit et aux règles de la science.

Dans la Rmie des Deux-Mondes du i"' juillet 1902, je lis les lignes suivantes :

«... Nous venons de dire que personne n'a vu un atome ou une molécule. Mais cela ne préjuge rien contre leur existence, car, lors même qu'elle serait parfaitement réelle, nous ne pourrions encore nous en assurer par la vision, ni directement, ni indirectement.

«... L'expérience et le témoignage des sens ne peuvent donc rien, et ne pourront rien, éternellement, pour nous assurer d'une structure de la matière que nous n'en considérons pas moins comme étant hors de discussion. » (A. Dastre.)

Or, puisqu'il paraît scientifique à des savants d'affirmer comme étant hors de discussion une structure de la matière que ne nous révèlent ni l'expérience, ni le témoignage des sens, nous considérerons comme scientifique, au même degré, d'affirmer l'existence de Dieu et du monde des esprits, que ne nous révèlent pas davantage l'expérience, ni le témoignage des sens.

L'auteur de l'article nous dit ailleurs que les molécules et les atomes n'ont qu'une existence logique. Cela veut-il dire qu'ils n'ont pas de réalité objective? Alors, comment déclarer comme hors de discussion une structure de la matière qui n'existe pas réellement, mais seulement logiquement.^ Nous sommes là en pure logomachie.

Si, au contraire, lés atomes et les molécules sont des entités existantes, le raisonnement de M. Dastre appliqué à la

matière est également applicable à l'esprit, et signifie qu'en dehors de nos moyens d'investigation, en dehors de toute possibilité de les étendre, il est un monde de connaissances que nous ne pouvons atteindre qu'en vertu des lois de notre esprit : idées nécessaires, idées innées, idées révélées. C'est cela même qu'affirme le spiritualisme chrétien.

Il est juste d'ajouter que la théorie atomistique, après avoir servi de base à la philosophie matérialiste depuis le iv*^ siècle avant Jésus-Christ jusqu'à nos jours, semble avoir fait son temps ; elle ne répond certainement plus aux données de la science moderne, et c'est la théorie de l'énergie qui est aujourd'hui en faveur.

Il y a deux manières d'envisager cette théorie : la mathématique et la fantaisiste.

Ce n'est pas le Heu, et je n'ai pas la compétence de discuter les théories mathématiques sur la nature matérielle ou immatérielle de l'éther, de la chaleur, de la lumière, de l'électricité, sur l'explication cinétique de l'attraction de la matière par la matière, qu'on appelle cohésion ou affinité en physique, et gravitation universelle en astronomie, sur la conservation de l'énergie considérée comme réalité objective distincte de la matière, éternelle et indestructible comme elle. Ce qui paraît certain, c'est que la conception mécanique de l'univers, fondée sur le mouvement et la matière, est incapable d'expliquer un grand nombre de phénomènes de la nature, sans tomber dans des contradictions ou des non-sens qui déroutent les plus subtils mathématiciens.

L'un d'eux, M. W"' Thomson, parlant de l'éther, déclare que, « malgré ses efforts, depuis cinquante ans, il n'a pas

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réussi à comprendre ce que c'est » que cette substance qui remplit tout l'espace, qui n'offre cependant aucune résistance aux mouvements des corps qui y sont situés, qui lui-même est capable d'entrer en vibration, sorte d'agent (probablement immatériel) de transmission dts énergies.

Un autre savant, M. Raoul Pictet, dit, de son côté, que : « La cause du mouvement qui tend à rapprocher les corps ne peut être représentée par aucun mouvement de matière connue. »

M. Van Boys, après avoir étudié l'attraction, conclut : « C'est un pouvoir mystérieux que personne ne peut expliquer. »

Avant d'adopter les théories matérialistes, avant de déclarer que rien n'existe en dehors de la matière, qu'elle est éternelle et se suffit à elle-même, il est donc prudent d'attendre que la science nous fournisse la preuve de ces affirmations, en nous démontrant la réalité objective et personnelle de la matière, la réalité objective et personnelle de l'énergie, et l'explication, par le jeu de ces deux réalités, de tous les phénomènes de la nature.

En même temps que des théories mathématiques, j'ai parlé des théories fantaisistes de la conception mécanique de l'univers. J'en trouve un exemple dans l'ouvrage d'une savante, M"'^^ Clémence Royer, ouvrage qui soulève bien des discussions, mais qui a reçu assez d'approbations d'esprits distingués pour qu'on puisse en parler à l'égal de beaucoup d'autres.

Nous venons de voir que certains auteurs étayent la philosophie matérialiste sur la réalité objective de la matière

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et de la force. La force n'existe pas par elle-même, dit M™^ Cl. Royer ; il n'y a pas de force sans matière ; l'union des deux termes est absolue, et la seule signification qu'on puisse lui donner est : action de la matière. L'homme est le récepteur des actions de la matière, il enregistre toutes les actions des milieux qui l'enveloppent. Les énergies auxquelles nous sommes soumis sont multiples ; nous en percevons toujours plusieurs à la fois et à des degrés divers d'intensité. Ces différences constituent non seulement des différences de sensations pour nous, mais des différences dans le genre de vie, si nous les envisageons à un autre point de vue : vie cosmique, terrestre, minérale, végétale,

animale.

Toutes ces vies sont de même source ; elles ne diffèrent que par leur degré de perfection, selon qu'elles sont susceptibles de percevoir l'énergie sous un plus ou moins grand nombre de formes, ou de la transformer plus ou moins complètement jusqu'à la forme dernière que nous connaissions : la pensée.

Ces considérations nous amènent à comprendre ce que sont les corps. Ce sont les groupes que nous percevons sous une même forme d'énergie, dans l'espèce, soit énergie lumineuse, soit énergie tangible. Une opération de l'esprit nous fait, par suite, admettre que ces groupes sont séparés, indépendants les uns des autres, mais nous savons qu'il n'en est rien, que les corps concrets font partie d'un même tout

continu.

Ces corps nous apparaissent sous plusieurs formes, notamment en gazeux, liquides, soHdes. D'où provient cette différenciation ? De la quantité d'énergie qu'ils nous transmettent. La forme gazeuse, étant la plus active, a dû, sur notre globe, précéder toutes les autres qui en sont successivement dérivées. En effet, l'étude intime de la terre nous

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montre qu'elle n'a pas cessé de se refroidir depuis sa formation, et la lune, qui est dépourvue de gaz et de liquides, nous montre simplement un état plus avancé que le nôtre.

De là l'explication de la formation de l'énergie vitale. Sous l'effet de différences de potentiel infinies et infiniment variées, ces actions réciproques des divers centres d'énergies provoquèrent des transformations insensibles d'abord, puis allant croissant sans cesse. La lutte des énergies s'accentua, chacune d'elles se développant au détriment des autres, et ce combat, qui date de la première heure de la tormation de notre monde, c'est la Vie.

Les êtres vivants de toutes catégories s'acharnent sur les cadavres solides des luttes passées, ils en absorbent sans cesse le peu d'énergie qui leur reste et s'en ioiit des instruments nouveaux de transformation pour accroître leurs capacités absorbantes et reculer de plus en plus le moment tatal où le vainqueur enfin périra, n'ayant plus rien à dévorer.

A ce moment suprême, l'énergie pensante aura acquis son maximum d'acuité; toute la somme des énergies premières sera réunie en elle ; sa puissance sera à son sommet au moment même ou son action deviendra impossible par la disparition du champ ou elle pourrait s'exercer. Le dernier homme, à son dernier soupir, pendant un temps infiniment court, sera Dieu.

J'ai emprunte ce résumé de l'ouvrage de M""^' Cl. Rover à une étude publiée par M. Paul Clemenceau dans la Gramk Revue. Pour moi, cette salade d'aperçus ingénieux et d'hypothèses abracadabrantes, qui aboutit à déclarer que l'homme deviendra Dieu pendant un temps infiniment court, n'a pas d'autre but que de nous débarrasser scientifiquement de ce qu'on appelle : l'hypothèse Dieu.

Dieu n'existe pas, mais il existera pendant un temps très

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court, et ce Dieu, résumé de toutes les énergies cosmiques, sera le dernier homme, au moment de son dernier soupir ! Il serait injuste de prendre les hypothèses fantaisistes de M"'® Clémence Royer comme l'expression du matérialisme scientifique; ce n'en est que la contrefaçon.

Ainsi, l'on prétend que nos relations avec le monde extérieur sont l'origine de toutes nos pensées, que les phénomènes de notre vie morale ont pour cause unique nos sensations, que des réactions purement physiques donnent naissance à l'idée, aux sentiments, à la volonté. Telle lésion du cerveau, nous dit-on, produit toujours une altération de l'intelligence ou de la volonté ; donc, entre la masse du cerveau et telle ou telle manifestation intellectuelle ou volontaire, il y a un rapport de causalité. Vous voulez, chez un homme, supprimer la faculté du langage (et peut-être la mémoire), supprimez tel lobe de la troisième circonvolution frontale gauche; si vous obtenez l'effet, et vous l'obtiendrez toujours, nierez-vous la cause ? Nierez-vous que telle partie du cerveau et la mémoire soient à ce point identiques que supprimer l'un, c'est supprimer l'autre ?

Je ne nierai pas que le cerveau puisse être l'organe de notre vie intellectuelle, et que, si je détruis une partie de l'organe, je lui enlève la possibilité de fonctionner, ce qui ne veut pas dire que le sujet de la fonction soit détruit.

Dans une dynamo, si je m'avise d'enlever les- balais, je ne supprime pas l'électricité, mais je lui enlève la possibilité de se manifester comme éclairage ou comme force. Je ne dirai pas pour cela que les balais sont la cause du fluide électrique et doivent être identifiés avec lui.

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Il est nature] que la constitution et la conformation de organe entrent, pour une large part, dans l'explication de état supér,eur ou inférieur de la vie psychique; mais, en ra, onnant comme ils le font ci-dessus, certains physiologistes sortent de eur rôle m cp n,^ . sophes. montrent mauvais philo-

Us confondent les rapports entre les phénomènes organ ques et les phénomènes psychiques et font d'une coïncidence ou d une concomitance nécessaire, une identité. Des cond t,o„s ne sont pas des causes. Il est aussi sensé de dire que le cerveau secrète la pensée qu'il le serait de dire que œ, secrète la vue, et l'oreille le son. Aucune expéne n est venue prouver que la pensée n'existe pas par ellenu-n,c c est-à-dire en dehors des sens ou du cerveau Ce sont deux choses dissemblables.

La substance grise du cerveau est un corps et elle en 1 les propr,étcs multiples : l'étendue, le poids, la couleu; l' saveur; a-t-on jamais mesuré l'étendue ou le poids o^ la

co^dcur dune pensée? La pensée e.st une, sim le, mdivisible. Comment cela peut-il produire ceci ?

Avant d'affirn,er l'identité de la matière et de nos sentiments ou de notre volonté, les matérialistes devraient bien nous exphquer par quelle série de transitions nous passons à une .sensation aux idées les plus abstraites; quell s sont par exemple es réactions physiques qui nou,;ol donni e^ nouons de l'absolu, de l'i„fini, de l'essence, de la sub.stan et autres abstractions.

Je voudrais savoir aussi à quelles vibrations moléculaires nous devons les sentn.ents de justice, ou d'or.ucil ou

^--ur. Je voudrais enfin ,ue l'on ni'expose par 'nue processus ce ,ui est étranger à la conscience' devin -nsa c ,3, , .,.^^ ^ quel n.on.ent et en vertu de

quelles Ioks la matière prend conscience d'elle-même

Tant que je n'aurai point réponse à ces questions, je ne reconnaîtrai pas à la philosophie matérialiste le droit de s'imposer au nom de la science.

Comment se fait-il que le matérialisme trouve ses défenseurs les plus ardents et les plus convaincus parmi les savants adonnés aux sciences expérimentales ?

Cela tient à ce que les études spéciales sur la matière et l'observation constante, presque exclusive, des phénomènes amènent une certaine fascination de l'esprit, qui s'habitue à ne rien voir en dehors de ces phénomènes (E. Méric). L'homme des sciences expérimentales n'admet comme définitivement acquis que ce qui est constaté, contrôlé, vérifié ; et il a raison, car le progrès scientifique est à ce prix. Mais l'étude des phénomènes sensibles donne-t-elle le droit de conclure qu'il n'en existe pas d'autres ? L'observation du monde des corps permet-elle de conclure que le monde des esprits n'existe pas ? Il y a là, tout au moins, un manque de logique.

Le corps se pèse, il est vrai; l'âme ne se pèse pas. La matière peut se traduire par des chiffres; les faits intellectuels, les sentiments moraux ne s'expriment pas par des équations. Ce n'est pas une raison pour ne tenir compte que de ce qui se pèse ou se chiffre, et nier tout ce qui dépasse le cercle des expériences de laboratoire.

Où ai-je pris l'idée d'une âme, d'un principe immatériel, SI cela ne correspond à rien, absolument à rien, et si, en dehors de la matière, il n'existe rien qui soit accessible à mon intelligence. Où ai-je pris l'idée de l'infini ?

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