CXXVIII
Ilu rrtlc et de la reeherehe de la panai- marhinque.
Représentons-nous mainlenant le rôle dévolu à l’ctiologie dans la connaissance des maladies, et demandons-nous d'abord à quel élément étiologique nous devons le rapporter. Sera-ce à l’occasion morbide? Non, évidemment ; l’occasion morbide, nous le savons, ne conduit à rien d’absolu ni de certain touchant la nature et l’espèce de la maladie qui se déclare à son approche. Four les maladies virulentes elles-mêmes, la seule connaissance du contact virulent ne donne ni la certitude de la nature du mal, ni surtout une exacte notion des modalités individuelles sous lesquelles le mal appareil. D’ailleurs le virus occasionnel, vu en soi, ne donne en rien à présager la maladie dont il est l’occasion. C’est l’observation de la maladie occasionnée qui révèle la nature de l’occasion spécifique ; et celle révélation acquise, et livrée ensuite pour caractère direct à l’occasion, comme si elle en provenait, il n’en faut pas moins que l’observation du mal vienne confirmer les indices plus ou moins formels fournis par l’agent occasionnel. L’occasion est et demeure en dehors de la maladie ; elle ne peut donc nous livier l’essence morbide, ni en éclairer les caractères fondamentaux. Son rôle ne peut être qu’accessoire, et, à vrai dire, extérieur : le rôle intérieur et constitutif appartient seul à la cause morbifique.
L’intuition de la cause morbifique est le fondement réel de la science des maladies : c’est une vérité que la pathologie générale est condamnée à reproduire sans cesse, car elle est le centre et l’aboutissant de toutes les vérités médicales. Oui, sans la connaissance de la cause et son application à chaque fait particulier, on ne peut atteindre qu’à une histoire naturelle des caractères physiques de la maladie, et dans l’art, qu’à un empirisme grossier; et comme celte histoire naturelle et cet
PRINCIPES l)E PATIIOLOME liENÉRALE.
empirisme ne sont avoués dans leur nudité par aucun médecin, il s’ensuit, nous l’avons déjà établi, qu'ils ne cachent que les interprétations sensualistes d’un mécanicisme plus ou moins savant et déguisé.
Et, en ellét, à quoi pourrait-on demander une connaissance réelle de la maladie? En dehors de la cause il n’y a que les symptômes et la lésion. Ira-t-on demander les caractères effectifs d'une maladie à la réunion muette de ses symptômes considérés en eux-mêmes, et indépendamment de la cause qui les suscite? Pour faire juger des illusions auxquelles conduirait cette interrogation du symptôme, nous n’avons qu’à rappeler ces faits traditionnellement connus de tous et formulés comme loi par M. le professeur Monnerct, à savoir, qu’il u’est pas un seul acte morbide, un seul trouble fonctionnel, nu seul symptôme, une seule maladie avec altération d’organe, qui ne puisse être provoqué également, ou tout au moins simulé, sans altération d’organe et par le seul fait de la lésion fonctionnelle. Peut-on se flatter de connaître une maladie par le symptôme, alors que celui-ci prèle à d’aussi radicales confusions? Lorsque l’on connaît la mobilité, l’inconstance symptomatique des maladies, que l’on sait sous quelles formes différentes s’ollre un même étal morbide, et quelles formes semblables peuvent revêtir des maladies opposées, on ne peut imaginer d’après quelles règles et quel critérium on prétendrait donner le symptôme pour élément essentiel et pour équivalent de la maladie.
Même au point de vue descriptif et graphique, le symptôme est insuffisant, on ne peut extérieurement et avec certitude caractériser par lui la maladie , comme on caractérise un végétal ou un composé physique. « Dans les sciences physiques, dit à ce sujet Fréd. Bérard, les caractères extérieurs des objets dont ces sciences s’occupent sont nombreux, lixes, nécessaires, toujours les mêmes ; et l'on peut dès lors déterminer, reconnaître et distinguer ces objets d’une manière
DE l/ÉTIOLOfilE.
sure el précise. Ainsi un métal a dns caractères toujours ins mêmes, el il n’y a pas lieu à méprise; une plante même, un animal, considérés comme objets d’histoire naturelle, conservent toujours les mêmes signes distinctifs. Mais, en médecine, il n’en est pas ainsi : il n’y a pas de relation constante, nécessaire, entre les phénomènes extérieurs des choses, entre les symptômes, par exemple, et les maladies elles-mêmes, ou les états morbides et les modifications cachées qui seules les constituent; de telle sorte qu’on ne peut pas les reconnaître d’une manière aussi directe, aussi simple, aussi facile que les objets des sciences physiques et d’histoire naturelle. Il n’y a pas plus de relation nécessaire entre les symptômes el les maladies qu’entre les causes » (il faut comprendre ici sous ce mol les occasions morbides) » et les maladies, comme nous l’avons vu, et toujours par les mêmes raisons, par la nature même de l’objet et des lois fondamentales qui lui sont propres. Qu’on \ fasse bien attention, nous ne disons pas qu’il n’y ait pas de rapport entre les symptômes et les maladies, ou que ces rapports sont inappréciales, quelque moyen qu’on emploie. Si cela était, il n’y aurait pas de science médicale existante ou même possible. Nous disons seulement que ces rapports ne sont pas nécessaires, absolus, el qu’ils doivent être déterminés par des méthodes particulières.
* En effet, il n’y a pas de symptôme pathognomonique à proprement parler, du moins unique, absolu et constant, quoique la plupart des pathologistes mécaniciens, el beaucoup qui ne croient pas l’être, aient répété le contraire à satiété. Il n’est pas de symptôme, quelque significatif qu’il soit d’ordinaire, qui ne puisse manquer complètement dans certains cas; pas de symptôme ordinairement insignifiant qui ne puisse, au contraire, acquérir une grande valeur par sa persistance, par son concours avec d’autres symptômes qui, pris isolément, ne signifient rien. Dans d’autres cas, qui ne sont même que trop communs, quoi qu’on en dise, presque tous, ou même tous les
symptômes significatifs d’une maladie peuvent manquer. D’un autre côté, les symptômes les plus insolites, les plus opposés aux symptômes ordinaires et naturels des maladies, peuvent masquer un état morbide et tendre à donner complètement le change sur sa détermination. Voyez aussi combien se sont égarés les nosographes qui sont partis de l’idée essentiellement erronée que les maladies étaient analogues à des objets d’histoire naturelle, et qu’elles devaient être déterminées par le groupe positif des mêmes symptômes. Nous pourrions donner pour exemple de ce genre d’erreur fondamentale toute la Nosographie de Pinel, et surtout ce qui concerne les fièvres en général, et notamment les fièvres adynamique et ataxique, les inflammations aiguës, et principalement les inflammations chroniques. »