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I.a raison de celte impuissance du symptôme à fournir une Connaissance réelle de la maladie se rapporte à ce fait que la maladie est un mode et non une entité. La manifestation extérieure peut jusqu’à un certain point caractériser une entité tixe et déterminée; elle ne peut caractériser le mode isolé. Celui-ci doit, avant tout, être distingué dans la substance même qui le supporte; il faut définir, au préalable, l’existence à laquelle il est attaché; là est le premier et essentiel caractère, surtout alors qu’il s’agit du mode d’une activité spontanée. Spécifier celle activité est l'indispensable préliminaire pour spécifier le mode qu’elle émet. Or, que prétendent ceux qui veulent trouver la connaissance réelle de la maladie dans la connaissance du symptôme? Quel but se proposent-ils en excluant la cause morbifique pour s’attacher au seul phénomène morbide? Ce but, qu’ils le sachent ou non, est de délaisser l’entité, la substance, la vie qui supporte le mode

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morbide, et en livre la raison d’être, pour s’en tenir au mode exclusif, au symptôme délivré de ses attaches vitales, et faire de l’apparence la réalité même. Et au bout de ses prétentions qu’y a-t-il ? Le mécauicisme organique sous ses formes diverses, parce que jouer eu phénomène est un jeu insoutenable, et que la science a pour hut de substituer à ce jeu puéril de plus sérieuses préoccupations.

Le mécanicisme organique apparaît donc sous le nom de cause expérimentale pour donner à la maladie symptôme, sinon la réalité, du moins un mensonge de réalité. Nous avons jugé plus haut la valeur philosophique et pratique de cette cause expérimentale ; nous savons, en particulier, ce que vaut l’idée chimérique de prêter à un phénomène, à un symptôme, il une apparence les attributs et la puissance causale. On ne se résout, du reste, à çette œuvre impossible qu’alors que toute autre ressource manque; on ne s'arrête à celte ombre dp mécanicisme qu’autanl qu’un mécanicisme plus défini fait défaut. Le phénomène réputé producteur est réservé pour les maladies sans lésion appréciable; on le considère comme une opinion d’attente, Le dogme logique est celui de la lésion attachée comme cause aux phénomènes morbides. « Si le Symptôme sans lésion de texture appréciable, dit M. le professeur Monneret, peut être regardé parfois comme la maladie même, il est plus cunfprme à la grande majorité des faits de q’y voir que la représentation, le signe de la muladie, et, par conséquent, de chercher toujours à remonter jusqu’aux lésions du solide et du liquide. »

Sera-ce alors il la lésion considérée en elle-même, et indépendamment de la cause réelle qui la produit, qu’il faudra demander la connaissance et la raison de la maladie? Sans aucun doute, répondront les organiciens, la lésion, quand elle existe, fournil la plus précieuse connaissance sur la maladie, et, sur ce sujet, les organiciens entraînent avec eux la foule des médecins. Rien ne semble plus satisfaisant. Voir la

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maladie, la loucher, la sonder de ions ses sens, n’esl-ce pas la meilleure manière de la connaître? Oui, cela sérail si nous connaissions par les sens; mais les sens n’apportent qu’une perception, el nul, même parmi les plus fervents sensualistes, ne s’en déclare entièrement satisfait. Les médecins qui croient connaître la maladie par la lésion, prennent la lésion pour cause, et la regardent comme principe d’un dérangement organique, lequel amène la maladie d’après les errements mécanicistcs. Or, nous n’avons plus à combattre toutes ces assertions erronées; il nous suffit désormais île les mettre en évidence à mesure que l’examen des questions les ramène devant nous.

La lésion est donc aussi impuissante que le symptôme à nous mettre en possession des réalités morbides, quelque rang d’ailleurs qu’elle occupe dans l’évolution jwthologique ; qu’elle soit antérieure à l’impression morbifique, c’est-à-dire, véritable occasion morbide, fait physique et occasionnel par rapport à la maladie, ou qu’elle soit l’un des effets de la perturbation vitale et pathogénique, et résultat de l’activité morbide. Dans le premier cas, nous savons que l’examen de l’occasion morbide ne permet pas de passer directement à la cause et à la maladie, car la vie est entre les deux, avec ses modalités infinies qui rendent le rapport entre l’occasion et la cause incertain et aussi mobile et variable que la vie elle-même. Dans le second cas, la lésion, effet de la perturbation el de la réaction vitales, ne saurait fournir la notion complète de celles-ci, ni déterminer, à elle seule, la maladie; d’abord, parce qu’elle n’est qu’un effet isolé, sans valeur .absolue par lui-même, ne contenant pas tous les effets morbides, par conséquent ne représentant pas l’activité entière qui les produit; vu ensuite que les effets, considérés en dehors de la cause qui les engendre, n’ont aucune signification assurée, la cause seule les amenant à être comme à signifier quelque chose. La lésion, qui ne représente pas une cause, est, par

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rapport à la maladie, une ombre aussi vaine que le plus vide symptôme.

Et cependant il semblait, en établissant sur la lésion la connaissance dtjs maladies, qu’on édifiait sur le terrain solide «les faits, et que désormais on devait échapper aux incertitudes, aux disputes interminables, auxquelles tant de préjugés nous condamnent depuis l’origine de la science. I.a lésion, a-t-on dit, c’est enfin le point fixe dont nous avions tant besoin ; dans les maladies où elle se rencontre, elle ofl’re un refuge assuré, une règle invariable. Ces assertions, que l’on émettait avec confiance, ont reçu le plus cruel et le plus soutenu des démentis. Les lésions sont devenues une source éternellement nouvelle de contradictions, d’affirmations et de négations opposées. Un accord durable n’a pu se faire, même sur un seul point, et entre des médecins professant les mêmes principes. Chacun a interprété la lésion à sa façon, lui a accordé opinidtrément tel ou tel rôle; on a labouré, en tous sens, le champ des hypothèses mécanicistes sans pouvoir y tracer une ligne immuable de ralliement. « Les uns, dit Fréd. Bérard, accusent toujours sans hésiter une lésion organique que les autres disculpent complètement avec la même assurance, parce qu’ils représentent des cas dans lesquels la même lésion n’a été suivie d’aucun des effets que les premiers lui attribuent, et il faut convenir qu’alors même qu’on ouvrirait des cadavres pendant mille ans, on ne terminerait pas les discussions de ce genre tant qu’on se servirait de la même logique. Ainsi, par exemple, les uns pourraient rapporter exclusivement la manie à une lésion du cerveau ou de ses méninges, les autres à une lésion des viscères abdominaux, et certains pourraient avancer que les difformités même les plus remarquables de la tête ne sont pour rien dans l’idiotisme, comme l’a fait M. Pinel. »

§ cxxx.

C’est doue la cause, et non la lésion ni le symptôme, qui domine et essentialise la maladie. Mais ait poursuivre cette cause et comment s’en saisir? Elle est la vie affectée et trou* blée. Or, cela se traduit-il autrement que par des symptômes et des lésions ? Il faut, en conséquence, revenir aux symptômes et aux lésions pour avoir cette cause, et avec elle la maladie. Oue signifient donc nos défenses si pressantes de chercher la maladie dans les symptômes et les lésions ? Ces défenses ne sont? elles pas levées par la force des choses et de notre aveu même ? N’est-ce pas, en définitive, dans les lésions et dans les troubles des organes que réside tout ce qui a directement trait à U maladie, la cause morbifique surtout, qui est la maladie même dans son principe effectif? Ne sommes*nous pas ainsi amenés et contraints à reconnaître, dans nos assertions, des contradictions que nous voudrions en vain cacher? Nos affirmations ne se heurtent-el|es et ne se détruisenUelles pas les unes les autres? Tel est le sens des objections que les sensualistes qui se piquent de raisonnement, portent d’ordinaire envers ceux qui prétendent placer plus haut que les lésions et les symptômes la raison et l’essepce des actes morbides, Pouvez-vous, nous disentils, voir au delà des organes, au delà de leurs troubles matériels et fonctionnels; pouvez-vous agir autrement que sur eux et par eux; pourquoi donc ne pas vous y tenir?

Sous cette forme ou sous une autre, ce sont là les difficultés les plus délicates de notre science : contre elles, toujours présentes et insidieuses, vient échouer la logique roide et vulgaire de ceux qui ne comprennent dans les choses que nombre et quantité. Oui, les symptômes et les lésions ne peuvent nous faire connaître une réalité morbide ni la cause qui la constitue , et pourtant c’est par ces mêmes symptômes et lésions que nous devons atteindre à la connaissance de la cause morbifique,

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et par suite à la possession de la maladie elle-même. Et la raison en est la même que celle qui, dans l’établissement des sciences, rend alternativement stérile ou féconde l’interrogation des faits et des phénomènes. 11 s’agit toujours de savoir si l’on abordera les faits à l’aide exclusif des sens, ou à la lueur des vérités premières; si l’on emploiera les méthodes analjr tiques pures, ou si, soutenu par les méthodes synthétiques, on s’appuiera sur les hases de l’immuable.

Dans le premier cas, les faits ne parlant qu’aux sens, restent muets sur la force qui les anime; les symptômes et les lésions ne trahissent pas l’insaisissable force, la cause génératrice; ils nous traduisent une pluralité sans unité, une phénoménalité sans puissance constituante, des agglomérations fictives et que rien ne garantit d’une infinie dissolution. De quelque manière que l’examen analytique associe les symptômes, groupe les lésions, jamais il ne les réunira en un tout cohérent, en une entité déterminée; il ne pourra atteindre qu’à une association temporaire, accidentelle, chancelante dans le domaine incertain de la sensation. Perçus dans la seule extériorité, par les seules qualités sensibles et physiques, les symptômes et les lésions sont naturellement rattachés à l’ordre physique; on les soumet hypothétiquement aux uniques lois de cet ordre, pour les soustraire au désordre d’une phénoménalité sans règle. Le inécanirisine organique reparaît comme l'inévitable aboutissant.

Mais, en faisant intervenir l'entendement et ses facultés propres dans l’interrogation des symptômes et des lésions, en allant à eux avec l’idée féconde de causalité et de force, on saisit, à travers eux, la réalité, et on les constitue en une entité positive et répondant à la force ou cause perçue par l’entendement. Un ne demande plus aux apparences et aux désordres physiques une existence pathologique entière et réelle qu’ils ne sauraient fournir, mais seulement l’élément phénoménal de celte existence. Et cet élément on le pénètre, à l’infini, de l’élément causal; on imprègne le relatif et le mobile de l’ab-

PRINCIPES DE PATHOLOGIE GÉNÉRALE, solu et de l’immuable; on jette mie unité au sein de celle multiplicité symptomatique; on établit une modalité déterminée de l’être vivant, une essence morbide en un mol.

La recherche de la cause en médecine reproduit donc fidèlement les conditions générales de toute causalité : elle est l’œuvre essentielle de l’entendement et échappe à l’inquisition des sens. Dans les sciences physiques, la sensation, à y bien regarder, n’atteint pas davantage à la cause réelle. Cependant la cause, dans ces sciences, semble s’incarner en un fait sensible; on la tient volontiers pour un fait qui précède et parait en occasionner un autre. La causalité ainsi rattachée au monde physique, à un point fixe et mesurable, y emprunte une sorte de netteté et d’évidence qui la fait accepter sans hésitation par ceux qui fondent tonte croyance sur l’observation sensible et directe. La cause, en médecine, manque de celle précision apparente, de cette attache extérieure et certaine. Parfois, il est vrai, les conditions occasionnelles lui donnent une certitude en quelque sorte accidentelle et d’emprunt. Ainsi, par exemple, le virus variolique ou le syphilitique s'isolent, se touchent, s’expérimentent et donnent à l’impression variolique et syphilitique, causes morbifiques réelles de la variole et de la syphilis, un cachet indélébile qui les manifeste comme si elles étaient des objets saisissables. Aussi, que de médecins ne distinguent pas, dans ces cas, l’occasion de la cause, et sans y penser plus, considèrent le virus comme la cause réelle, et l’impression morbifique et la maladie comme des effets nécessaires ! Ils suppriment la vie, son consentement et sa spontanéité, et passent sans transition du virus occasionnel, élément extérieur et physique, à la maladie causée, fait intérieur et vital. Ces conceptions sont un écho des préjugés organiciens. 11 faut l’éloufTer et bien savoir que les causes morbifiques, les spécifiques comme toutes les autres, demeurent étrangères au domaine et aux atteintes des sens. C’est notre esprit seul qui les voit et les juge. Rarement il peut évaluer une cause

UE l’étiologie.

avec les données calculables, et le genre de certitude que comportent les sciences physiques. Quoique les occasions virulentes en approchent par suite des caractères fixes de l’occasion à laquelle elles se rapportent, elles restent néanmoins soumises aux déterminations intérieures, à la vie qui peut les accepter, les modifier ou les refuser tout à fait. Dans les circonstances ordinaires, la condition extérieure, l’occasion est douteuse ou inaccessible aux sens, ou absolument inconnue, et la cause demande à être jugée sans secours étranger, à travers la phénoménalité et l’enchainement pathologiques.

Cette cause, que seul l’entendement aperçoit au sein des faits sensibles, est dune essentiellement un jugement, une abstraction. Elle ne tombe en rien sous nos moyens d’analyse expérimentale, et la préciser par des images physiques, c’est certainement la défigurer. Elle doit synthétiser, désigner sous le rapport causal un ensemble spécial d’actes, l’eu importe le nom que dans ce but on lui donne, pourvu que ce nom ne rappelle rien de visible et de mesurable, pourvu du moins que la tradition ou les conventions reconnues lui aient enlevé le sens des choses concrètes, pour lui attribuer clairement celui de cause abstraite et distincte, le but est atteint, la cause est connue, et la maladie constituée dans ses nécessaires réalités.

Cette manière d’être de la cause en médecine, et la connaissance que nous pouvons en acquérir, dépendent de ce fait primordial, que la cause morbifique est essentiellement d’ordre vital, qu’elle est une modalité spéciale de la vie, une affection en nh mot. Or, nous le savons, rien dans l’ordre vital ne surgit en tant que fait mécanique ou chimique. La vie, comme cause et comme force, est absolument fermée au monde physique ; tout y est impression, afl’ection, intussusception, génération, modes d'activité dont le mystère sensible, loin de pouvoir être fouillé par nous, n’existe même pas, puisqu’ils sont d’un autre milieu et d’un autre ordre que le milieu et l’ordre sensibles. La cause morbifique et la maladie ne

pouvaient, pas plus que l’essence même à laquelle elles appartiennent, nous être révélées sous une figure physique, quelque vague et éthérée qu'on l’eût imaginée.

Qu’on ne pense pas toutefois que pour être une simple abstraction, la cause morbifique en soit plus obscure, et que nous ayons à envier la causalité plus apparente et maniable «le l’ordre physique. Non, telle qu’il nous est donné de la concevoir, la cause morbifique est appropriée aux effets quelle domine, et nous les fait comprendre dans leur sens véritable. Désirer une autre modalité causale, pour comprendre ces mêmes effets, serait un souhait d’enfant. Abstraction, la cause peut nous représenter sainement la maladie; désignation concrète, la cause impliquerait de la maladie un jugement erroné. Que l’on s’essaye, pur exemple, à préciser physiquement la cause du rhumatisme. Irons-nous en chercher les caractères dans les conditions extérieures d’humidité et de froid? Mais d’abord celles-ci sont communes à bien d’autres maladies; elles peuvent manquer et le rhumatisme naître ; et ensuite elles ne livrent que l’occasion alors qu’on les rencontre ; elles ne sont pas la cause. Celle-ci est l'impression spéciale ressentie par la vie et qui va donner lieu à toute l’évolution morbide. La peut-on traduire par une expression phénoménale caractérisant le fait morbide d’après l’aspect physique? Une tentative paredle, si elle était rigoureusement menée et si l'on s’attachait sérieusement à ses résultats, ne se résumerait-elle pas en la plus grossière des erreurs? Comment donc désigner la cause spéciale de cette maladie et la maladie elle-même? En employant un terme abstrait, rhumatisme : la cause conçue comme rhumatismale a de la sorte été distinguée de toutes les autres causes morbifiques, et n’a été sacrifice à aucune idée systématique, à aucun préjugé chimialrique. Ainsi dénommée, la cause nous est aussi connue dans son essence que ce qu’il nous est donné de connaître une cause quelconque. Pour avancer dans la connaissance spéciale de celte cause et en

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pénétrer la nature, il suffit d’en poursuivre les caractères multiples à travers les effets et les phénomènes qui s’y relient essentiellement.

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