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De la tradition dan» la derlrlne étiologique.
Ceux qui n’ont jamais dépassé les horizons fermés de la médecine sensualiste seront peut-être portés à accuser de nouveauté la doctrine étiologique que nous venons d'exposer. — Si l’accusation était fondée, elle nous condamnerait, à bon droit. Car, nouvelle, une doctrine étiologique serait nécessairement fausse. En effet, la doctrine des causes est, en médecine, la source de toute vérité, de toute saine détermination : or, admettre comme possible un enseignement étiologique vraiment nouveau, c’est implicitement déclarer que, depuis Hippocrate, la médecine et l’art existent en dehors de toute condition de vérité, et que l’enseignement traditionnel est une longue suite d’erreurs. Ces déclarations ont pu être faites de nos jours, mais elles ne sont jamais parties des rangs dans lesquels nous voulons compter. Oui, dans cet exposé d’étiologie médicale, notre but a été de continuer la tradition, de la continuer et de l’agrandir, de la dégager de toutes les confusions et de toutes les obscurités amoncelées autour d’elle. Surtout nous avons voulu traduire les sentiments qui ont de tout temps inspiré les maîtres de l’art, et sous l’influence desquels pensent et agissent les praticiens adonnés à l’étude de la vie affectée et réagissante. Nous avons cherché à présenter dans leur évidence et dans leur immuable simplicité, à étendre dans leur
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application les vérités premières de la doctrine des causes; mais sans prétendre en rien ajouter à la doctrine elle-même. Il nous serait facile d’en fournir et multiplier les preuves. Nous retrouverions partout, souvent même dans les ouvrages des médecins systématiques, la distinction plus ou moins claire de l’occasion morbide ou cause occasionnelle, et de la cause morbifique réelle ; et nous montrerions que cette dernière, entrevue souvent comme appartenant tout entière à la vie, est tenue pour la véritable cause de la maladie.
Mais donner à cette démonstration historique tous ses développements, surprendre dans l'antiquité reculée l’apparition première de ces vérités, interpréter le langage et la philosophie enveloppée de nos pères, nous entraînerait loin et surchargerait ce travail. Nous nous bornerons donc à citer quelques écrivains modernes parmi ceux qui ont le plus clairement exprimé les conditions essentielles de l’étiologie médicale.
Nous avons déjà pu faire apprécier Frédéric Bérard ; c’est l’un des médecins de ce temps dont les aspirations sont le plus médicales. Dans sa courte vie, et au milieu d’une génération entraînée par un génie aussi ardent qu’égaré, il entrevit souvent la vraie et éternelle médecine. Voici sa pensée au sujet de l’étiologie médicale : < Il faut, écrivait-il, distinguer avec le plus grand soin les causes occasionnelles des causes essentielles : ces dernières seules peuvent servir à distinguer les maladies, comme seules elles déterminent leur nature. Les premières provoquent indifféremment des maladies variées, et elles n’ont que des rapports superficiels et accidentels avec l'affection qu'elles excitent. Les causes vraiment productrices des maladies n’agissent qu’en introduisant dans l’organisme une modification constante, dont la maladie elle-même n’est que le dernier développement. Ainsi il faut moins considérer les effets immédiats et primitifs de leur action que leurs effets secondaires éloignés et durables; c’est ce qu’on a méconnu trop souvent dans l’étiologie des maladies pour ne tenir
compte que de l’effet direct et de l’action du moment. L’étude des causes des maladies est sans contradiction la partie la plus imparfaite de la médecine, celle où l’on sent le plus fortement le besoin d’une réforme générale et complète, opérée à l’aide d’une philosophie sévère et d’une connaissance approfondie des lois de l’économie vivante, saine et malade ; c’est celle où l’on retrouve le plus de préjugés de toute espèce et d’erreors de tout genre. »
Il y a bien dans ces paroles quelques faiblesses de langage. Dire que les causes vraiment productrices des maladies agissent en introduisant dans l’organisme une modification constante dont la maladie est le développement, c’est donner à entendre que ces causes sont quelque chose en dehors de l’organisme, qu’elles peuvent lui être étrangères jusqu’à ce qu’elles aient agi sur lui ; c’est tout au moins ne pas exprimer que ces causes vraiment productrices naissent au sein de la spontanéité vivante, qu’elles ne sont que cette spontanéité aiïectée, modifiée, concevant en elle le développement morbide. Malgré ces taches, on ne peut méconnaître dans ces lignes un vif sentiment des vérités essentielles de l’étiologie, et surtout une intuition des préjugés qui dénaturent cette partie capitale de la science.
Avant Frédéric Gérard , et au sein de la même école, Demorcy-Peleltre suivait un pareil courant d’idées. Ce médecin, esprit éclairé, tout nourri des larges traditions vitalistes, écrivait en tête de la seconde édition du Cours des fièvres de Grimaud une introduction étendue et bien supérieure au discours préliminaire que Dumas avait composé pour cette même œuvre. Dans cette introduction, étude générale sur les fièvres, Demorcy-Delettre précise en quelques mots la nature des causes véritables des maladies. « Parmi les objets, dit-il, que l’on range ordinairement au nombre des causes des maladies, il faut distinguer les causes véritables ou essentielles des circonstances qui n’ont d’autre effet que d’exciter, de préparer
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ou de modifier l’action de ces dernières. Ces circonstances qui comprennent ce que les auteurs appellent causes éloignées, occasionnelles ou excitantes, et causes prédisposantes et formelles, peuvent exister sans que la maladie s’ensuive nécessairement; tandis que l’on ne doit regarder comme essentielles que les causes dont la présence suffit pour entretenir la maladie. Les plus connues de ces causes sont celles que l’on nomme causes matérielles. Mais en dernière analyse, les airections des facultés vitales sont les causes les plus réelles » (les seules réelles), « puisque c’est d’elles que dépendent essentiellement tous les phénomènes de l’économie animale. Les circonstances qui peuvent exercer une influence quelconque sur ces phénomènes, les causes matérielles elles-mêmes demeureraient sans effet si leur action n’affectait plus ou moins vivement ces facultés ; car assurément les plus funestes de ces circonstances ou de ces causes ne produisent jamais sur un cadavre rien qui ressemble à une maladie. »
Assurément voilà le germe de toutes les distinctions que nous avons établies. E‘ourquoi, cependant, ces distinctions demeurent-elles stériles, et pourquoi au lieu de notions justes, déduites avec fermeté, embrassant la nosologie tout entière, voyons-nous reparaître sans cesse la confusion entre l’occasion, condition physique de la cause, et la cause morbifique ellemême? Pourquoi laisse-t-on ainsi s’obscurcir tous les faits et tous les rapports , toutes les relations de la médecine avec les sciences anorganiques? C’est que les vérités sont rarement acceptées simples et naïves, et que le faux savoir les a bientôt surchargées d’interprétations, d’additions contraires; de la sorte, elles sont défigurées d’abord, bientôt incomprises, enfin niées. »
C’est ainsi que le galénisme qui allait si bien aux faiblesses et aux vanités de l’esprit humain s’est implanté sur le terrain hippocratique de la vie et de ses spontanéités génératrices; le
galénisme, c’est-à-dire l’esprit d’hypothèses, d’explications
physiques, chimiques, mécaniques, superposé aujc vérités conçues sur l'observation simple et intuitive de l'organisme vivant, de ses forces propres, de son unité, de ses sympathies mobiles, de ses synergies réglées, doses relations incessantes avec le monde extérieur. C’est de ce mélange de vrai et de faux qu’a vécu la médecine, jamais dégagée d’erreur, jamais étouffée par elle.