‹ Principes de pathologie généraleChapitre 110 sur 180 · CXXXVII · texte numérisé non relu

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L’unité morbide n’étant rien par elle-même, et se confondant avec l’idée de phénoménalité, c'est-à-dire avec l’idée d’étendue et de mesure, la maladie d’ailleurs étant désordre ou lésion, il en résultait que toute maladie doit avoir un siétje. L’apparition de ce mot en tête de l’ouvrage célèbre de Morgagni annonçait une déviation de l’esprit médical. Peu à peu ce mot nouveau est devenu l’inspiration nouvelle ; il résume aujourd'hui la science et exprime le dogme essentiel de l’organicisme, la localisation des maladies.

La chose allait de soi : la maladie, trouble fonctionnel, se rapporte à une fonction troublée ; celle-ci, de son côté, se rapporte à un organe ou à un appareil organique ; le trouble fonctionnel est ainsi localisé. Le. maladie, lésion, trouve son siège plus directement encore ; elle l’occupe sous la perception de nos sens. Les maladies dites générales n’échappent pas à ces conditions de siège, à ces déterminations locales; nous venons de voir qu'on a su les y ramener en les reliant à la lésion d’un appareil, d’un tissu, d’un liquide répandu par toute l’économie. De la sorte elles sont locales et tout à la fois générales.

Telle est la confession de la science moderne. « S’il est un axiome en médecine, dit M. le professeur Bouillaud, c’est assu-

DE L’UNITÉ ET DE LA PHÉNOMÉNALITÉ DANS LES MALADIES. 329 rément cette proposition, savoir, qu’il n’cxistc point de maladie sans siège, ou, ce qui revient au même, sans lésion d’un organe ou d’un élément organique. Soutenir le contraire, ce serait soutenir implicitement qu’il peut exister des fonctions sans organes, c’est-à-dire une palpable absurdité.

» Ce n’est pas seulement dans les organes et appareils proprement dits (solides et fluides compris), c’est dans les éléments, dans les principes immédiats des organes euxmêmes qu’il faut quelquefois chercher le siège des maladies. Cette localisation en quelque sorte intime et moléculaire ne peut d’ailleurs être constatée que par la méthode d’exploration connue sous le nom d’inspection microscopique.

i A l'étude du siège des maladies se rattache la fameuse question des maladies locales et générales, question qui a été la source de nombreuses controverses. On verra la fin de ces disputes vraiment surannées lorsque les médecins ne se serviront que de termes parfaitement définis, et qu’ils apporteront à l’examen du sujet dont il s’agit un esprit attentif et libre de toute opinion préconçue. Nier les maladies générales, ce serait nier les systèmes ou appareils généraux, tels que l’appareil sanguin et l’appareil nerveux. Une maladie quelconque qui, primitivement ou secondairement, affecte ces systèmes tout entiers, est nécessairement générale, puisque partout il y a du sang et des vaisseaux d’une part, des nerfs et un influx nerveux d’autre part. » L’auteur de la Nosographie continue en disant qu’il exposera par la suite le mécanisme par lequel se développent primitivement ou consécutivement ces affections universelles, ces états morbides généraux ou constitutionnels. Nous avons déjà donné une idée de ces explications mécaniques et de l’éloignement dont elles témoignaient pour les conceptions hypothétiques; éloignement en paroles, embrassement en fait ; exact ou hypothétique, positif ou arbitraire, ces mots sont de véritables équivalents dans une certaine science.

Cependant tous les observateurs modernes ne sont pas aussi

convaincus que M. Bouiliaud d’avoir atteint au véritable siège des maladies; ils avouent que la plupart des tentatives faites pour localiser les diverses maladies laissent beaucoup à désirer ; mais ils ne mettent pas en doute pour cela le principe même, l’idée de siège. Us ne se demandent pas si cette idée, exprimant une erreur, ne conduit pas à une œuvre impossible; ils y croient aussi fermement que les plus ardents localisateurs; ils approuvent les tentatives même exagérées de localisation, et se bornent à émettre des réserves sur les localisations opérées qui, à leurs yeux, ne sont pas irréprochables. « Nous nous en tenous aux apparences, dit M. le professeur Monneret, et nous nous contentons de peu quand nous faisons de la fièvre typhoïde une lésion des plaques de Peyer; de la rougeole et de la scarlatine, des exanthèmes; de l’albuminurie, une maladie des reins; du scorbut, de la chlorose et de l’anémie, une maladie du sapg. Sans doute, cette localisation atteste un progrès dans notre science, puisqu’elle nous fait connaître l’organe pins spécialement affecté et un peu le mode suivant lequel il l’est; mais il y a loin de là à la découverte du véritable siège du mal. La preuve que nous ne touchons encore qu’à la superficie des choses avec notre prétention à la rigueur des sciences exactes, c’est que nous n’avons pu encore trouver le siège même apparent des maladies générales, et le nombre en est grand, puisqu’elles forment plus de la moitié de la pathologie. Souvent, quand nous croyons avoir découvert le siège de certaines maladies, nous n’avons aperçu que le gros des lésions. Savons-nous quel est l’élément altéré dans la cirrhose, la dégénérescence des reins, dans la formation d’un grand nombre de produits homologues et surtout hétérologues? Nous approuvons toutefois les tentatives même exagérées de localisation, parce qu’elles forcent l’observateur à remonter autant que possible jusqu’à la molécule vivante qui est affectée, et à ne pas se contenter d’un à peu près qui doit être banni des sciences naturelles. »

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DE l’üNITÉ ET DE LA I’HÉNOMÊN alité dans les maladies. 331

L’éminent professeur fait plus ici que reconnaître un siège à toute maladie; il place si haut ce principe qu’il eq loue même les mauvaises applications ; il préfère l’erreur à l’absence de localisatiop. Cette erreur, il l’appelle dans la science comme un progrès ; elle y devient le chemin à la vérité. Une localisation grossière n’est pas un à peu près, mais apprend, au contraire, à ne pas se contenter de l’à peu près. Singulière fortune d’un dogme qu’on le tient pour utile, même alors qu’il se réalise à faux! Il serait bon pourtant, avant de se rendre à ces assertions, de peser d’une main équitable toutes les funestes conséquences qu’ont eues ces tentatives de localisation dites exagérées. Peut-être deviendrait-on moins indulgent pour ces exagérations qui sont, à bien dire, la destruction de la science et de l’art. Le prétexte de forcer l’observateur à remonter jusqq’à la molécule affectée et de bannir l’à peu près, est celui que met en avant la chimiatrie pour étouffer, dans les creusets, l’observation de l’activité vivante. Cela devrait suffire pour en faire juger la valeur.

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