CXXXIX
Peut-on concilier les deux idées d'unité et de siège des maladies, en disant : les maladies ont un siège; mais par delà le siège, il y a une modification particulière du corps vivant, laquelle est le plus souvent inappréciable aux sens, et devient la cause première de la maladie locale, la véritable unité morbide. Mais alors ce que l’on appelle maladie locale n’est plus la maladie, mais un effef de la maladie réelle; celle-ci domine et est l’essentielle. Les choses se jugent dans leurs principes, et jamais contre eux. On ne peut dire que les maladies ont un siège, si la part causale, effective de la maladie, est sans siège. Sans doute, la maladie, dont la source est dans la modification imprimée à l’économie vivante, amène, dans son évolution, des manifestations localisées; mais celles-ci ne peu-
vent être tenues pour le siège de la maladie, pas plus que pour la maladie elle-même.
11 y a plus : même rejeté au second plan, ce mot de siège est incompatible avec les conditions d’activité qu’enlraine nécessairement la notion de modification spéciale du corps vivant comme cause première de la maladie. Cette modification, nous l’avons assez prouvé, est, en effet, toute vitale, et, par conséquent, activité, spontanéité nécessaires; elle fait donc de chaque phénomène, de chaque désordre fonctionnel, de chaque lésion, un acte de l’unité vitale, et un acte ne peut avoir un siège. Un acte s’accomplit par tel instrument ou tel organe; mais nul ne soutiendra que l’acte exécuté par un organe siège dans cet organe, attendu qu’un acte est une force en action, et n’a pas en soi cette étendue limitée, ces mesures matérielles qui sont solidaires avec l’idée de siège.