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Pourrait-on reconstituer la maladie et lui trouver une unité en invoquant les principes du mécanicisme ou du chimisme, suivant les cas? L’unité sefail-elle inscrite dans un dérange-
DE L’USITÉ ET DE LA PHÉNOMÉNALITÉ DANS LES MALADIES. 337 ment initial des solides, dans un premier trouble chimique des liq uides; l’un amenant à sa suite le dérangement successif des autres parties de la machine, l’autre une série de compositions et de décompositions anomales, de réactions et de produits chimiques, se commandant mutuellement, et se poursuivant jusqu’au retour de la composition physiologique? Nous avons déjà jugé ces tentatives d’explication ; nous avons montré à l’œuvre ce mécanisme pathogénique, en étudiant, au point de vue de l’organicisme, le rôle et l’action de la cause prochaine des maladies. Nous ne déroulerons pas de nouveau ce tissu de fictions. I.es solutions fictives du problème manquent d’ailleurs plus souvent qu’elles ne sont émises. Le roman de ces fausses unités est dans bien des cas impossible à construire. Le niécanicisme organique ou le chimisme imagineront-ils, par exemple, une unité pour le rhumatisme, la scrofule, l’herpélisme, la syphilis, et tant d’autres maladies? Comment faire un pas dans cette voie sans y heurter le sens commun?
Où donc les médecins voués au sensualisme rencontrerontils une raison de la maladie et de l’unité morbide ? Peu suivent SL le professeur Piorry jusqu’au bout de scs négations. La plupart encore acceptent la maladie comme un ensemble, comme une succession de phénomènes, se développant sous une iniluence supérieure, et formant un tout cohérent et distinct. Quelle est la source où ces médecins puisent une notion si opposée à leurs principes? à vrai dire, nous n’en connaissons aucune rationnellement avouable. 11 faut descendre jusqu’à l’empirisme pour y surprendre quelques fragiles appuis de l’une des plus hautes notions médicales.
Oui, l’habitude de voir des étals organopathiques réunis et se succédant, est ici la seule raison, ou mieux le seul préjugé qui soutienne l’antique idée de maladie. D’ordinaire tels et tels étals organopathiques se rencontrent et évoluent ensemble; pourquoi et comment, on l’ignore ; et sans en donner la raison,
on les rassemble en une maladie, on en compose une espèce, une unité morbide. Cela plaît ainsi ; on ne va pas plus loin, et l’on se garde des interrogations subtiles ; on ne s’inquiète pas s’il y a une règle à ces associations d’états, si tous les' étals conjoints forment ou non une maladie. On en décide suivant qu’y poussent des perceptions de phénomènes plus ou moins répétées et semblables. Est-ce là de la science? L’habitude a-t-elle une autorité valable pour établir un dogme général et absolu? Peut elle dépasser l’ordre contingent et conduire au nécessaire? D’ailleurs, avec la sensation pour juge, que devient cette habitude, que d’exceptions ne souffre-t-elle pas? Combien dans une même unité morbide, dans une même maladie, varient l’association et le nombre des étals organopalhiques! Presque chaque cas offre de nouvelles alliances, et apporte un démenti aux affirmations fondées sur l’habitude, à celle prétendue règle que les exceptions enfreignent incessamment. Peut-on établir la pathologie sur des bases aussi mouvantes? 11 n’v a pas à prolonger de trop faciles réfutations. Le sensualisme a malheureusement introduit dans notre science des assertions si vaines, des enseignements si dénués de consistance, que l’on a souvent à craindre, lorsqu'on en vient à l’examen, de descendre soi-même et de demeurer trop longtemps dans ces abaissements. Il faut garder une mesure et ne faire que loucher à certaines opinions.
L’habitude seule ne suffirait pas, cependant, à expliquer comment des médecins qui identifient la maladie et le symptôme, et placent l’unité morbide dans l’unité des lésions, croient encore à la maladie, et lui trouvent au-dessus des lésions et sous des inspirations inconnues, une unité supérieure. Outre l’habitude, il y a ici la force cachée des vérités évidentes qui commande l’inconséquence. La plupart des médecins ne savent pas où conduisent les assertions en apparence banales, qu’ils admettent sans les sonder sérieusement et sur la seule foi des sens. Ils les soutiennent d’abord, et ensuite les
DE L’UNITÉ ET DE LA PHÉNOMÉNALITÉ DANS LES MALADIES. 33tt abandonnent spontanément au spectacle de la nature vivante; et d autant plus volontiers qu’ils conservent en eux les restes obscurs, mais vivaces, d’un instinct medical qui proteste. Ils renient dans ses conséquences extrêmes un pbilosophisme qu'ils subissent plutôt qu'ils ne le professent. Ils ne perçoivent pas que l’unité morbide, ce dogme primordial, se dissout sans retour dans l’exclusive phénoménalité à laquelle ils prétendent rester fidèles; ils ignorent que l’analyse et le phénomène donnés pour base à la science ne reconnaissent d’autres régies qu’eux-mêmes, et nous livrent au vertige des apparences; oui, ils méconnaissent ces vérités premières et tout ce qui en relève directement ; mais, en pratique, ils jugent et décident souvent comme s’ils obéissaient à ces vérités. Elles sont leur guide, alors même qu’ils se sont efforcés d’amasser autour d’eux les ténèbres. C’est ainsique les plus systématiques sacrifient à l’idée de maladie et d’unité, et que nul ne demeure absolu dans des négations qui anéantiraient la science. Les plus hardis succombent parfois aux tentations incessantes du vrai; et il ne nous serait pas difficile de surprendre M. Piorry lui-même professant et agissant d’après les notions qu’il croit avoir étouffées en lui.