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CXLIV

Ile l'affection.

L’unité delà maladie a reçu, dans le langage médical, un nom caractéristique, celui d 'affection. L’école de Montpellier reconnaît le sens traditionnel et vrai de l’affection; et toute œuvre de pathologie générale devrait le consacrer. Mais, il faudrait au préalable que la pathologie générale daignât s’occuper de déterminer les conditions de l’unité de la maladie, et comprit les réalités de ce dogme. Or, ces recherches sont délaissées par l’enseignement actuel ; par suite on n’attache aucun sens précis au terme affection.

Les uns, comme Chomel, font de ce mot un synonyme du mot maladie, et rejettent toute nuance de distinction entre les deux. D’autres donnent à l’affection le sens unique de viciation générale de l’économie, comme dans les maladies infectieuses ou constitutionnelles, et disent dogmatiquement affection typhoïde, affection scrofuleuse. Mais pourquoi restreindre le mot maladie à un certain ordre de faits, et appeler affections certains états morbides plutôt que d’autres? D’ailleurs, comment fixer, dans l’énumération des maladies, celles qui reviennent à l’affection, ou à la maladie proprement dite? Quelle est, nous venons de le démontrer, la maladie qui n’est pas une atteinte générale portée à l’économie? Pourquoi attribuer seulement le mot d’affection aux maladies infectieuses et aux constitutionnelles, et quel rapport entre lesunesetlesautrespourles ranger sous une dénomination commune? Quel rapprochement spécial exisle-t-il entre la fièvre typhoïde et la scrofule, puisque ces maladies sont prises pour type? Le mot affection a un sens général et une valeur synthétique qui l’enlèvent aux accep-

lions particulières. Il faut chercher l’affection dans toutes les maladies, et non la restreindre, sans motif, à désigner certaines maladies.

D’autres pathologistes, M. Bazin entre autres, déclarent réserver le nom d’affection «à l’élat local, à la lésion organique, et consacrer le nom de maladie à l’espèce morbide, à l’unilé affective qui engendre, dans son évolution, la lésion locale. Dans les maladies dialhésiques de la peau, l’affection ne sera plus, comme la tradition cl la raison philosophique le veulent, la cause diathésique elle-même, l’unité affective qui gouverne la manifestation cutanée, mais sera celte seule manifestation Le sens des mots est ainsi détourné de son cours légitime : pourquoi cela, et à quel axantage? Affaire de convention, répondra t-on ; d’arbitraire, prétendons-nous. Les conventions ne sont valables en science, que lorsqu’elles répondent à la nature des choses, et qu’elles concernent des distinctions motivées. Le mol affection exprime de soi le mode d’unité conçue par l’économie vivante; il ne saurait appartenir (ju’à la vie , et se montre inapplicable à tout autre ordre d'existence. Un tissu n’est jamais primitivement ou directement affecté; hormis les cas où il subit une atteinte extérieure, et ces cas ne sont pas de l’ordre médical; un tissu est lésé ou altéré ; et l’altération de tissu est un effet , et toujours succède à une affection : la lésion ne saurait donc être affection. La vie seule est affectée dans ses impressions propres, dans sa spontanéité, dans ses déterminations actives et fonctionnelles. Vie affectée, affection, c’est tout un; et c’est là un langage simple, droit, directement conçu sur l’homme malade. L’unilé morbide est à proprement parler l’unité affective. L’affection, c’est la maladie envisagée dans sa conception vivante, dans sa cause vraie, dans sa raison adéquate, dans son principe prochain : la maladie, c’est l’affection se développant en symptômes et en lésions, évoluant suivant sa nature, et marchant à sa fin. Entre l’affection et la maladie les liens naturels sont donc tels, que

DE L’UNITÉ ET DE LA PHÉNOMÉNALITÉ DANS LES MALADIES. 3iJS ces deux expressions, laces diverses d’un même étal vital, peuvent être souvent employées comme synonymes : les distinctions résident toutes dans l’entendement qui peut vouloir ne considérer que la cause, abstraction faite des effets.

L’affeclion, toutefois, ne se sépare pas, en fait, de la force réactive qu’elle suscite, soit que la manifestation affective demeure prédominante, soit que la réaction recouvre entièrement et domine l'affection. Affection et réaction sont deux termes dont le rapport est infiniment variable, et déterminé à chaque cas par l’espèce affective d’abord, et ensuite par l’économie elle-même, à la fois affectée et réagissante. Telle affection, tel organisme, telle réaction : ces trois termes se lient étroitement, et de celte intime fusion riait la maladie avec ses caractères propres et sa tendance. L’affection isolée de la réaction qui lui répond, est une pure abstraction que commande l’analyse de la constitution de la maladie, mais qui ne se soumet jamais à l’observation directe. Aussi, dans le langage clinique, lorsqu’on traite des affections ou éléments constitutifs des maladies, on comprend sous ces mots l'affection ou l’élément tel que le donne la nature souffrante, affectif et à la fois réactif, produit indissoluble d’une nécessaire union.

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