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CXLV

Les modes divers que revêt l’unité affective impriment à la maladie des caractères correspondants, et parfois si particuliers, que sans cette notion souveraine, l’observation s’égarerait fatalement. Telles sont, par exemple les manifestations pathologiques à succession interrompue ou éloignée. Seule, l’idée plus ou moins avouée d’unité empêche de les isoler et les constitue en un tout harmonique. Les questions cliniques les plus importantes relèvent ainsi du dogme que nous exposons. Nous allons en faire juger rapidement, en mentionnant les principales de ces questions, celles qui reparaissent à chaque

instant clans la médecine pratique, et y deviennent le fondement de la lliérapeutique.

Remarquons, en premier lieu, que l’unité affective ne se trahit pas inévitablement en une pluralité symptomatique appréciable. Kilo peut demeurer immobile au sein de la vie, existant alors en puissance, capable sous la moindre excitation ou par un élan de sa spontanéité d’entrer en action, mais jusqu’alors ne se traduisant par aucune œuvre sensible. Ce fait semble contredire ce que nous avons avancé dans notre étude de l'étiologie médicale. Ne considérant alors la cause morbifique qu’en tant qu’agissante et causante, nous avons conclu qu’elle se développe nécessairement en une série d’effets toujours en rapport avec elle, et à travers lesquels elle manifeste sa nature propre. La cause en soi, séparée de l’évolution morbide qu'elle détermine, n’amenant plus ses effets adéquates, n’est, pour ainsi dire plus cause, et se résout dans l’idée de puissance pure, de force latente, d’unité affective cachée. Mais cette idée d’affection, de maladie en puissance et qui ne se développe pas en acte, cette idée n’est pas sans application; elle éclaire au contraire l’observation de faits nombreux et considérables, et est pratiquement démontrée par cette meme observation. Une affection, en effet, peut demeurer latente pendant un temps plus ou moins long, et souvent même durant toute une vie, celle-ci arrivant à son terme par d’autres atteintes, sans que le germe affectif se soit jamais développé; elle peut se manifester par une première série de phénomènes, puis s’é'.eindre en apparence, pour ensuite reparaître en un nouvel enchaînement de symptômes, et pendant tout ce temps n’en pas moins occuper les profondeurs memes de la vie organique.

A l’aide de ces notions, se conçoivent le type et la succession des actes d’un grand nombre de maladifs. A l’unité affective qui se tait et parle tour à tour, il faut attribuer l’intermittence spéciale et périodique des fièvres d’accès, l'intermittence plus

UE l’unité et de la phénoménalité dans les maladies. 345 ou moins irrégulière îles accès d’épilepsie, d’hystérie, de goutte et de tant d’autres affections. En dehors de la manifestation actuelle de l’accès de lièvre, le malade ne reste-t-il pas fébricitant en puissance? L’épileptique ne demeure-t-il pas épileptique dans l’intervalle de ses attaques, tout comme le goutteux dont van Helmont disait : Podagricus extra do/orem, sine jmoxysmum , est quoque morbosus. L’hvstérique ne voit-elle pas se réveiller les désordres de son système nerveux au moindre choc moral ou sensible ? Y a-t-il de plus profonds sommeils de l’unité affective, que celui dans lequel s’ensevelit parfois la syphilis? J’ai vu l’un de ces sommeils durer plus de trente ans, et le réveil se faire au milieu d’une santé florissante, par une série de troubles graves, inexplicables d’abord, et dont des exostoses multiples donnèrent ensuite la clef. Comment l’organicisme avec la négation de l'unité morbide, ou avec une unité morbide physiquement réalisée par le siège, peut-il fournir l’intelligence de ces échéances symptomatiques si diverses et parfois si éloignées les unes des autres?

Au reste, les modes affectifs, quels qu’ils soient, se rangent par nature en deux classes : les uns temporaires, accidentels, s’effaçant bientôt sous les efforts conservateurs de la vie réagissante; les autres inhérents, pour ainsi dire, à la vie qui les supporte, personnels et permanents, ne suscitant que des réactions imparfaites et difficilement curatrices. Nous ne tracerons pas en ce moment le tableau, même succinct, de ces deux modes affectifs principaux. Nous le produirons de préférence lorsque nous étudierons les lois et l’action de la force médicatrice. Cependant, afin de montrer un des aspects les plus saisissants de l’unité morbide, nous préciserons ici le sens de l’unité dite dialhésiquc, ou simplement de la diathèse, mot qui exprime plus particulièrement le dernier de ces modes.

La diathèse, dirons-nous, est l’unité affective qui relie des manifestations morbides multiples, le plus souvent semblables

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entre elles ou en apparence étrangères, offrant des formes organiques différentes, mobiles, se succédant à intervalles plus ou moins éloignés, se remplaçant mutuellement, se maintenant souvent en un balancement réciproque d'un appareil à l’autre; de ces actes divers qui embrassent souvent toute une vie, elle fait un tout pathologique déterminé, reconnaissant une même cause morbifique, immanente et incarnée dans l’organisme, le plus souvent héréditaire, pouvant s’amoindrir devant une heureuse fermeté ou une excitation synergique des forces vitales, mais ne s’effaçant jamais entièrement, et toujours prête à reparaître sur le terrain vital où elle a germé.

Cette conception empêche le praticien d’isoler des faits morbides en une fausse indépendance, et de s’égarer à la poursuite de chacun ; elle ne lui permet pas de s’adonner au seul traitement de manifestations locales, mais' le conduit au traitement de l’unité diathésique, règle de cette longue évolution pathologique. Cette conception est donc aussi féconde en pratique qu’étroitement attachée au dogme traditionnel de l’unité. Aussi les médecins organiciens qui, en face des malades, conservaient quelque sentiment de la vérité, ont-ils essayé de sauver une notion sans laquelle toute saine clinique s’évanouissait. Mais ils ont été conduits malgré eux à amoindrir, à déguiser sous les mois le sens des choses, pour éviter l’expression directe de la notion d’unité en définissant la diathèse. Fermés aux vues doctrinales, ils ne pouvaient que bien faiblement entrevoir les rayons que la doctrine projette sur les faits. Ainsi, par exemple, Chomel définit la diathèse : « Une disposition en vertu de laquelle plusieurs organes ou plusieurs points de l’économie sont à la fois et successivement le siège d’affections spontanées dans leur développement et identiques dans leur nature, lors même qu’elles se présentent sous des apparences diverses. » Cette disposition est-elle en dehors de la maladie, ou fait-elle partie de la maladie, est-elle la maladie elle-même? Qu’est-elle par rapport à la notion de maladie?

de l’unité et de la phénoménalité dans les maladies. 347 quYst-elle enfin quant aux organes ou aux points de l'économie qui sont successivement atteints en vertu d’elle 1 Là est toute la question, et c’est celle que Cliomel n’aborde pas, enchaîné qu’il est par les habitudes sensualistes, dont il garde les formes et souffre les atteintes, alors même qu'il en renie obscurément le fond.

De méiue que les diathèses, il faut subordonner les métastases à l’unité morbide, pour avoir de ces faits pathologiques une interprétation simple et saine. Si la question dite des métastases a semblé pleine d’obscurités et de doutes, c’est qu’on ne la concevait qu’à travers des explications de niécanicisme organique ou de chimie humorale, explications fausses et qui entraînaient avec elles les vérités pratiques auxquelles elles s’adressaient. La question s’éclaircit d’elle-méme lorsque l’on considère les phénomènes métastatiques comme opérés sous l’influence active de l’unité morbifique qui, sollicitée plus ou moins ouvertement, transporte d’un point sur un autre ses déterminations propres, et change ainsi brusquement les manifestations locales de la maladie. La métastase n’est donc pas un transport de matière ni une illusion née d’une simple coïncidence, mais un déplacement et une transformation souvent instantanés des concentrations phénoménales de l’activité pathogénique. La notion vraie de l’acte mélataslique conduit à en instituer le traitement légitime : maintenir ou rappeler sur le point qu'elle occupait 1 activité morbide, donllasuhile migration sur les organes nobles offre un danger pressant.

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