CXLIX
La centralisation de la maladie est variable au plus haut degré, suivant les cas, et celle variation a donné lieu à des distinctions importantes dans l’histoire des maladies. Nous allons
rappeler en peu de mots les principales de ces distinctions, afin
de montrer leur attache aux points de doctrine que nous traitons en ce moment.
La centralisation morbide, lésion d'organe ou trouble fonctionnel, peut être prédominante, et le concours général de l’économie peu apparent. La maladie semble alors se rapprocher d’un état purement local ; elle paraît siéger ; d’où la maladie dite locale. La pathologie organicienne admettait un nombre considérable de ces maladies; les procédés analytiques récemment conquis en multipliaient incessamment les espèces. Mais à mesure que la synthèse médicale reprend ses droits, et que les vérités doctrinales inspirent de nouveau l’observation, la plupart des maladies s’effacent comme locales; celles-ci rentrent dans le sein commun des maladies de toute la substance se traduisant par des lésions spéciales, fixes ou mobiles. Qui ne connaît les travaux de synthèse entrepris au sujet des maladies dites cutanées, que l'on considérait comme locales par excellence? Avec quel intérêt toujours croissant ne suit-on pas l’enseignement vraiment médical de M. Bazin, enseignement qui tend à renouveler cette partie de la pathologie, sous l’inspiration de saines idées médicales?
Le centre organique de la maladie peut être, au contraire, faiblement établi, peu manifeste, ne répondant pas, en importance, au soulèvement vital du tout vivant. La maladie est, dans ces cas, tenue pour générale : et comme si alors elle était d’une tout autre nature, et affranchie des prétendues lois qui la subordonnent à la lésion, on l’a appelée essentielle. La maladie essentielle fut considérée par les médecins organiciens comme une anomalie, une exception aux règles ordinaires ; et l’on s’acharna pendant longtemps à en discuter l’existence. Les uns la nièrent, prétendant qu’il y avait, en toutes ces maladies, une lésion, et que celle-ci suffisait à rendre compte des symptômes successifs ; les autres la subirent comme une nécessité imposée jusqu’à nouvel ordre ; tous méconnaissaient ainsi le vrai sens du mot essentiel. Toute maladie qui n’est pas symptomatique,
DE l’iNITÉ ET DE LA PHÉNOMÉNALITÉ DANS LES MALADIES. 355 qui ne se dévclop|je pas sous la dépendance d’une autre maladie; en un mot, toute maladie qui existe par soi, est essentielle, quelle que soit d’ailleurs l’importance que, dans son évolution, on attribue à la lésion.
Knlreces extrêmes, entre la localisation apparente de l’activité morbide sur un seul point, et le soulèvement d’ensemble et général de la vie affectée, s'étend une longue série dp maladies qui tiennent des unes et des autres.
Ces maladies offrent un appareil de réaction auquel concourent toutes les fonctions générales de l’organisme, et en même temps une concentration morbide sur un organe pari iculier : telles sont les phlegmnsies fébriles. La pathologie moderne considère ces maladies connue locales, et défigure, pour en arriver là, leur palhogénie tout entière. On pourrait, à meilleur litre, les désigner sous la qualification de maladies générales centralisées ou localisées.
Mais, répélons-le, quelles que soient les maladies que l’on envisage, étroitement centralisées, ou maîtresses avérées des fonctions générales de la vie, elles doivent toutes se concevoir sous la même notion d’unité affective engendrant une phénoménalité successive, mobile et changeante à la surface, mais au fond toujours soumise à l’unité qui la gouverne.